Jeux de la Francophonie : les Sherbrookois méritent mieux que du pain et des jeux

Depuis que le gouvernement Néo-Brunswickois a annoncé l’annulation des Jeux de la Francophonie de Moncton pour cause de dépassements de coûts, certains élus et commentateurs politiques tentent de convaincre les Sherbrookois, et les Québécois en général, que c’est à leur tour de jeter des dizaines de millions par la fenêtre. Il serait mal avisé de les suivre.

C’est d’ailleurs la première réaction qu’a eue le maire Steve Lussier lorsqu’un journaliste de Radio-Canada lui a demandé si Sherbrooke ressusciterait sa candidature pour l’obtention des Jeux. Pour reprendre ses mots, Sherbrooke n’a « rien budgété concernant les frais à venir, » et personne n’est prêt à assumer les millions de dollars en pertes que les jeux risquent d’avoir.

Il a raison de vouloir être prudent. De la même façon que la lumière attire les mites, les compétitions sportives internationales attirent les énormes dépassements de coûts. Sans même quitter le pays, trois exemples notables nous viennent en tête : les Jeux olympiques de Montréal et leurs coûts plus de huit fois plus élevés qu’initialement estimés, les Jeux panaméricains de Toronto et leur dépassement de coût de 342 millions de dollars, et, bien sûr, la candidature de Moncton-Dieppe pour les Jeux de la Francophonie qui est passée d’un estimé initial de 17 millions de dollars à 130 millions de dollars avant d’être annulés.

Lorsque Sherbrooke s’est portée candidate contre Moncton-Dieppe en 2015, le comité organisateur chiffrait le coût à 52 millions de dollars. Considérant que, si Sherbrooke fait revivre sa candidature, elle n’aurait que deux ans pour faire les préparatifs qui auraient normalement pris cinq ans, nous pouvons nous attendre à ce que les coûts estimés aient augmenté. Considérant cela, et la tendance des organisateurs de ce type à sous-estimer les coûts totaux, il est raisonnable de s’attendre à ce que le coût final soit beaucoup plus élevé. Tel que l’a dit le maire, le budget municipal ne dispose pas de la marge de manœuvre nécessaire pour financer les coûts de ces jeux, encore moins les inévitables dépassements.

En fait, aucun gouvernement n’est prêt à assumer les pertes associées à un tel événement.

Du côté du fédéral, le budget du gouvernement Trudeau s’enligne déjà pour présenter un budget déficitaire de près de 20 milliards de dollars cette année. La capacité de payer d’Ottawa est déjà dépassée depuis fort longtemps.

Du côté de Québec, le gouvernement provincial dépense déjà plus de neuf milliards par année en intérêts sur sa dette. Il nous semble que considérant cela, il serait plus sensé de chercher à réduire la dette gouvernementale au lieu de dépenser des millions de dollars dans un événement déficitaire.

Et au municipal, rappelons que la Ville de Sherbrooke vient de demander à ses citoyens un effort fiscal supplémentaire pour couvrir l’augmentation drastique des coûts de l’administration municipale. Les contribuables sherbrookois devraient être en droit de s’attendre à ce que leurs élus utilisent cet argent à meilleur escient que pour la tenue ponctuelle d’un événement déficitaire.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a eu raison de se désister lorsqu’il l’a fait. Sherbrooke ne doit pas faire l’erreur que les Néo-Brunswickois ont failli faire. Les Sherbrookois méritent une saine gestion financière. Ils ne méritent pas d’avoir à payer des millions pour du pain et des jeux.

Renaud Brossard
Directeur Québec, Fédération canadienne des contribuables

Une décision pour la majorité

Je veux saluer les membres du conseil municipal qui ont eu la sagesse de prendre le temps avant de se prononcer sur la tenue des Jeux de la Francophonie à Sherbrooke en 2021. Concentrons-nous sur les millions que nous devrons verser afin de pouvoir recevoir de la visite. 

Il y a plus de deux ans, la part qu’auraient eu à payer les contribuables sherbrookois afin de recevoir ces jeux était de 9,5 millions. Nul doute qu’aujourd’hui cette somme aura augmenté d’un, deux ou même trois millions. Tenons pour acquis que la présentation des Jeux de la Francophonie nécessiterait un montant de 12 M$ des résidents de la sixième ville en importance au Québec. Oublions les dizaines de millions qui nous viendraient du fédéral et du provincial. Soyons aussi humbles par rapport à la visibilité que nous apportera ce spectacle qui permettra à quelques personnes de sauter plus haut, courir plus vite et tirer plus loin que son voisin issu de la francophonie. 

Ne retenons que la somme de 12 M$ que vous aurez, par vos taxes, à financer. Une somme de 12 M$ bien investie dans des équipements récréatifs pouvant servir en toute saison et pendant des années à M. et Mme Tout-le-Monde est à mon humble avis très préférable à l’organisation d’un party de 15 jours qui supposément mettrait Sherbrooke sur la map. 

Nous possédons des équipements sportifs de grande qualité à l’Université de Sherbrooke, l’Université Bishop’s, au Cégep de Sherbrooke et ce, en plus des équipements municipaux. S’il est une ville qui est bien nantie en équipements sportifs, c’est bien la nôtre. Depuis quelques années Sherbrooke a su se doter de plateaux de détente qui font que notre ville est de plus en plus jolie. Je crois que nous sommes plusieurs à réaliser que notre argent devrait servir à bonifier encore et encore notre milieu de vie. 

Alors, M. le maire Lussier, s.v.p. choisissez le bien-être de l’ensemble des citoyens plutôt que le tape-à-l’œil de jeux réservés à quelques personnes (...). Soyez le maire des gens d’ici et non un ambassadeur du sport réservé à quelques athlètes de haut niveau.

Jean Chenay
Sherbrooke