Je suis fier d’appuyer la coopérative

POINT DE VUE / Les entreprises aussi naissent et meurent. La seule différence avec les êtres vivants, c’est qu’elles ont la possibilité de s’adapter, se renouveler et nous survivre. Théorique on s’entend, parce qu’une entreprise est perpétuellement en danger et qu’elle est condamnée à négocier avec succès tous et chacun des virages que la route sinueuse de son existence lui présente. L’échec, c’est l’élimination, sans possibilité de seconde chance.

Les chaînes Bouclair et Rona sont des exemples qui font actuellement la manchette. Fondées au Québec, elles ont évolué au fil des ans depuis des racines de petits entrepreneurs familiaux. Bouclair vient d’annoncer la fermeture de 30 de ses 92 magasins au Canada et son inscription à la protection légale devant ses créanciers. Rona a quant à elle pris un virage avec la chaîne américaine Lowe’s qui l’a mise dans un dérapage dangereux, les voitures américaines ont des gros moteurs et de bonnes accélérations, mais ne sont pas nécessairement reconnues pour leur tenue de route en virages.

Le journal Le Soleil, pour sa part, a négocié une multitude de virages depuis les débuts de sa longue existence et celui qui est en cours est de loin le plus difficile. C’est un changement en profondeur des assises mêmes de la fonction journalistique qui est en cause, dans un virage en épingle technologique et social. En langage automobile, on appellerait ça un dérapage contrôlé : ça donne froid dans le dos, mais ça peut fonctionner et l’aider à s’en sortir sans prendre «le clos». À Québec, on a de bons réflexes de conduite hivernale sur des chaussées glissantes.

Comme personnes humaines, humbles mortels, nous savons tous que nous devrons passer le flambeau aux générations qui vont nous succéder et disparaître un jour, mais nous avons quand même une opportunité formidable de laisser dernière nous des institutions qui vont nous survivre et poursuivre leur chemin.

C’est pour cette raison que je suis fier et heureux de mettre quelques dollars de mon entreprise personnelle dans le projet de coopératives qui s’organise pour prendre la relève. Je ne suis pas Desjardins, bien sûr, mais je m’inspire de son fondateur qu’elle semble avoir oublié et j’invite tous les petits entrepreneurs vulnérables du Québec à faire de même et à compléter le montage financier coopératif pour faire en sorte que le journal Le Soleil et ses collègues, dans chacune des régions du Québec, nous survivent tous.