Sarah Maggali Namoutiri  et ses enfants.

J'ai honte de mon pays

Samedi matin, je prenais connaissance de deux articles dans La Tribune concernant l'expulsion de madame Sarah Maggali Namoutiri vers la République du Congo, le vendredi 4 juillet. La photo montrant son jeune enfant de cinq mois dans ses bras avant qu'on le lui arrache. La larme sur la joue de l'enfant... qui dit tout.
Je me suis alors questionnée sur le sens des termes « société civilisée » dont nous nous targuons. J'ai cherché dans le dictionnaire le mot civilisé et j'ai trouvé quelques synonymes : amélioré, élevé, évolué, poli, sociable et policé (éduqué).
Avec du recul, il me parait évident que dans cette situation les autorités n'ont fait preuve d'aucune politesse ni de sociabilité. Également, elles n'ont aucunement démontré que notre société canadienne est évoluée et qu'on y a élevé le sens du respect de l'autre. Quant à parler d'amélioration, je ne sais guère à quoi on pourrait la relier.
Dois-je en déduire que nous vivons présentement dans une société non civilisée? Une société qui accepte qu'une mère de famille doive abandonner ses trois jeunes enfants dont un petit de cinq mois en raison d'une erreur administrative ne serait-elle pas plutôt une société barbare?
Je suis d'accord avec le fait que nous ayons des lois pour protéger notre société et que ces lois doivent être respectées si nous voulons éviter le chaos. Mais toute loi demande du discernement et de la jugeote, nous diraient nos anciens.
Nous renvoyons dans un pays déchiré par la guerre civile une femme vulnérable et malade parce qu'elle n'a pas renouvelé son visa ni celui de sa fille, faute d'argent. Pourquoi n'a-t-elle pas demandé de l'aide, lui demande-t-on? À qui cette femme fragilisée et sans racines, déportée sur cette terre nouvelle, aurait-elle pu demander de l'aide financière? Que ceux qui connaissent la réponse lèvent la main!
Dans sa grande logique, notre administration canadienne renvoie donc à ses frais (montant suffisant pour payer nombre de visas) cette nouvelle citoyenne dans la fosse aux lions. Le tout en cohérence avec les politiques canadiennes visant à favoriser la formation de médecins pour notre système de santé qui en manque cruellement. Car Pacôme Pika, son mari, étudie présentement en médecine à l'Université Laval. Côté empathie, il vient de recevoir une bien belle leçon des autorités!
Indignons-nous! Réagissons! Levons-nous! Si nous ne le faisons pas, nous mourrons, car la société que nous laisserons à nos enfants n'aura rien à envier aux sociétés barbares que nous décrions avec tant d'indignation.
Monsieur Pika, je m'excuse personnellement auprès de vous et de votre famille pour l'attitude de notre société. Mon coeur saigne pour vous. Je suis une citoyenne en deuil.
Lison Nicolas
Sherbrooke