Iran: une révolte à haut risque

ÉDITORIAL / On observe, de loin et avec des informations incomplètes, ces protestataires qui descendent dans la rue, dans plusieurs villes d’Iran, pour exprimer leur colère face au pouvoir dans cette République islamique.

Mais si le «Printemps arabe» nous a appris quelque chose, c’est qu’il faut être prudents avant de jeter de l’huile sur ce feu et d’alimenter des espoirs qui risquent de se transformer en piège. Le régime à Téhéran a l’appareil, les ressources et surtout n’aura aucun scrupule à écraser par la répression tout mouvement qui menacerait son emprise sur le pouvoir. 

Vu d’ici, il serait présomptueux de porter un jugement sur les motivations, les attentes ou les stratégies des manifestants. La grogne évoque plus ce qui s’est passé en Syrie que le soulèvement populaire qui a mis un terme à la dictature d’Hosni Moubarak en Égypte. 

Et dans un cas comme dans l’autre, la rébellion et le désordre créé n’ont pas suffi pour mettre fin au cycle d’oppression. En Égypte, l’armée a repris une place qu’elle n’avait jamais abdiquée, et en Syrie, Assad a préféré sacrifier des millions de ses citoyens plutôt que de faire quelque concession que ce soit.

Il serait irréaliste de croire que le pouvoir iranien se montrera plus libéral face à une telle contestation. Téhéran avait réprimé dans le sang le soulèvement du Mouvement Vert, qui avait suivi les élections de 2009 et l’investiture de Mahmoud Ahmadinejad. 

L’Iran est le pays qui a recours le plus fréquemment à la peine de mort. Plusieurs centaines de condamnés sont exécutés chaque année, et les milices qui ont participé à la guerre de Syrie seront certainement mises à contribution à l’intérieur du pays si la grogne gagne du terrain. La révolte touche certains hauts lieux de l’Islam, des régions qu’on aurait cru, de l’extérieur, conservatrices et favorables à l’ordre établi.

Mais le mécontentement semble d’abord alimenté par les conditions économiques difficiles d’une partie de la population. L’étincelle qui a mis le feu aux poudres est venue de nouvelles mesures incluses dans le budget présenté par le président Hassan Rouhani, une réduction de l’aide financière aux démunis, entre autres, alors que les dépenses militaires et les fonds consacrés aux organisations religieuses paraissent intouchables. 

Nous serions tentés de croire que ce mouvement pourrait mener à des changements au sein du pouvoir, mais ce serait prendre ses désirs pour une réalité. 

Le Canada, comme les autres pays, doit marcher sur un fil de fer. Rappeler le droit des Iraniens à manifester leur mécontentement et appeler le gouvernement à respecter ce droit, à ne pas recourir à la violence pour le réprimer. Comme nous avons bien peu de recours pour faire pression sur l’Iran, il serait irresponsable d’encourager un mouvement qui risque d’envoyer des centaines de citoyens croupir dans les prisons. 

Il ne manquera pas de vautours pour tenter de récupérer ce soulèvement, à commencer par le président des États-Unis, qui déclare son plus grand «respect» envers ceux-là mêmes à qui il a fermé les portes de son pays. Les États-Unis ne sont pas en position de faire la morale à qui que ce soit, encore moins d’encourager une escalade de la violence comme le fait le président.

D’autres comme Reza Pahlavi, le fils de l’ex-Shah, tentent eux aussi d’attiser les flammes. Ils savent trop bien que ce sont des innocents qui risquent de payer le prix de leur propre ambition.