Insuffissant

ÉDITORIAL / Avec la mise en vigueur dès 2018 de la norme « Véhicules zéro émission » (VZE) pour inciter les constructeurs automobiles à fournir davantage de véhicules à zéro émission de carbone ou à faibles émissions, le gouvernement du Québec fait un pas dans la bonne direction.

Mais il est douteux que cette initiative — fort louable — contribuera de façon significative à la baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la province.

D’abord parce que la cible de 100 000 véhicules électriques et hybrides rechargeables d’ici la fin de 2020, fixée en 2012 avec le programme de subvention « Roulez électrique », ne sera pas nécessairement atteinte puisque le Québec vient tout juste de franchir la barre des 20 000 véhicules électriques et hybrides rechargeables sur les routes.

Il est vrai que la nouvelle norme VZE, tout comme l’expansion du réseau de bornes de recharge, pourrait accélérer la progression des ventes et des locations de ces véhicules mais, à trois ans de la date butoir, la marche est haute.

Ensuite, parce que même si l’objectif de 100 000 véhicules électriques et hybrides rechargeables est atteint en 2020, cela ne représentera qu’une infime partie, à peine deux pour cent, du parc automobile québécois qui compte actuellement plus de 4,5 millions de voitures et de camions légers et qui est en forte croissance année après année.

Conséquemment, cela ne contribuerait qu’à une diminution très marginale des émissions de GES, alors que le secteur des transports est responsable de 41 pour cent de celles-ci.

On peut voir dans l’annonce effectuée lundi par la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, une volonté de placer le Québec à l’avant-garde des provinces canadiennes en étant la première à réglementer les constructeurs automobiles avec un système d’échange de crédits basé sur le nombre de véhicules électriques ou hybrides vendus ou loués.

De plus, le Québec se met ainsi au diapason d’une dizaine d’États américains qui ont adopté la norme VZE.

Mais malheureusement jusqu’ici, les actions du gouvernement Couillard en matière de lutte aux émissions de GES sont trop timides, éparses et sont bien souvent en contradiction avec d’autres politiques gouvernementales, comme la récente décision d’investir des fonds publics dans des projets d’exploitation d’énergies fossiles. Un non-sens en 2017.

On aura beau dire que le Québec est une province « verte », il s’agit malheureusement d’un mythe.

Le Québec a certes des objectifs ambitieux en matière de lutte aux changements climatiques avec une diminution de ses émissions globales de GES de 20 pour cent d’ici 2020 et de 37,5 pour cent d’ici 2030, par rapport à 1990.

Or, tout indique que ces objectifs sont hors de portée faute d’actions décisives et globales, qu’il s’agisse d’investir massivement dans les transports collectifs électriques, de taxer davantage les grosses cylindrées, ou de dire non une fois pour toutes à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures qui, de toute manière, n’ont pas l’adhésion de la population.

En attendant une vraie stratégie pour diminuer de façon significative la consommation de pétrole et les émissions de GES, ce ne sont pas 100 000 véhicules électriques ou hybrides qui vont y changer grand-chose.