Injuste et révoltant

ÉDITORIAL / La lourdeur des accusations portées contre une jeune femme de Sainte-Catherine-de-Hatley qui aurait heurté mortellement un signaleur le mois dernier à Bonsecours, contribuera-t-elle à modifier le comportement des automobilistes et camionneurs qui ne respectent pas les consignes de sécurité à l’approche des chantiers routiers?

La mort brutale et insensée du signaleur Michel Carmel, un homme de 60 ans de Sherbrooke, a évidemment bouleversé ses proches, mais également ses collègues et l’Association des travailleurs en signalisation routière du Québec (ATSRQ) qui réclament depuis des années des pénalités plus sévères pour protéger ceux et celles dont le travail est d’assurer la sécurité des chantiers et celle des automobilistes.

En juillet 2015, un signaleur avait même affirmé avoir été volontairement renversé par une automobiliste après lui avoir demandé de s’immobiliser à Sutton.

Six signaleurs routiers ont perdu la vie au Québec depuis sept ans et dans la très grande majorité des cas (90 pour cent, selon l’ATSRQ) en raison de la négligence des automobilistes, sans compter des dizaines de blessés.

Il est pour le moins incroyable que malgré les campagnes annuelles de sensibilisation, la signalisation aux abords des chantiers et le doublement des amendes pour excès de vitesse en 2011, de nombreux automobilistes et camionneurs ne respectent toujours pas les limites de vitesse, sont inattentifs ou se montrent impatients et adoptent un comportement dangereux au volant.

Les accusations portées contre Catherine Geoffroy, qui aurait frappé un premier signaleur avant d’en happer un deuxième mortellement, sont très graves: homicide involontaire, délit de fuite, conduite dangereuse et voie de fait armée, ce qui l’exposerait à une peine pouvant aller de 10 ans derrière les barreaux à la prison à vie.

Alors que le gouvernement du Québec est à réformer le Code de la sécurité routière, l’ATSRQ réclame que les amendes pour excès de vitesse en zone de travaux routiers passent de 200 à 400 $ et que le nombre de points d’inaptitude augmente de trois à quatre, dit son président Jean-François Dionne.

Cela sera-t-il suffisant pour faire prendre conscience aux contrevenants que les signaleurs sont des personnes vulnérables qui font un travail difficile et qui contribuent à l’amélioration du réseau routier?

On a beau être pressé, impatient ou tout simplement inconscient, le bon sens et le respect doivent prévaloir sur les chantiers routiers. Tout accident de travail est injuste et révoltant.

Manque de jugement

Le premier ministre Trudeau aime bien projeter l’image d’un politicien blanc comme neige, malheureusement le très attendu rapport de la commissaire à l’éthique au sujet du séjour controversé de M. Trudeau et de sa famille sur l’île privée du philanthrope l’Aga Kahn, durant les Fêtes de 2016, vient confirmer qu’il a enfreint quatre articles de la Loi sur les conflits d’intérêts.

La commissaire Mary Dawson affirme que contrairement à ce qu’il a toujours soutenu, M. Trudeau n’avait pas de rapport personnel ou amical avec l’Aga Khan, dont un représentant avait demandé en 2016 une rencontre avec le premier ministre pour discuter d’une subvention de 15 millions $ pour un projet en sol canadien.

Elle lui reproche d’avoir accepté un cadeau susceptible de l’influencer, de ne pas s’être retiré des discussions concernant l’Aga Khan, de ne pas avoir géré ses affaires personnelles de manière à éviter de se trouver en conflit d’intérêts et d’avoir utilisé l’hélicoptère privé du philanthrope pour se rendre sur son île.

Il est stupéfiant que le premier ministre du Canada ait pu penser même un instant qu’il ne se plaçait pas dans une situation conflictuelle en acceptant une invitation «amicale» d’un personnage multimilliardaire qui a des rapports officiels avec son gouvernement. 

Ce faux pas n’est pas à l’honneur de Justin Trudeau et mine la confiance du public envers lui.