Il y a trois ans, le ministre Gaétan Barrette a décidé de couper le financement public de la fécondation in vitro.

Infertilité: le bébé et l'eau du bain

ÉDITORIAL / Le gouvernement Couillard et son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ont eu ce qu’ils voulaient: depuis qu’ils ont aboli la couverture publique pour la fécondation in vitro (FIV), en 2015, le nombre de personnes qui y ont recours a chuté dramatiquement. La question est: sommes-nous vraiment plus avancés maintenant? Il nous semble plutôt qu’ils ont jeté le bébé avec l’eau du bain.

Cette semaine, Radio-Canada a révélé que trois ans après l’adoption du projet de loi 20, qui mettait fin à la gratuité (sauf dans de rares exceptions), le nombre de FIV réalisées au Québec a chuté d’environ 60%, d’après des spécialistes en médecine reproductive. Comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, voici donc une belle occasion de revenir sur une mauvaise décision.

Créé en 2010, le programme qui couvrait les frais de la procréation assistée a vu sa popularité (et ses coûts) exploser rapidement. De 27 millions $ par année à l’origine, la facture a presque triplé pour atteindre 74 millions $ en 2015 parce que le gouvernement libéral (de Jean Charest, à l’époque) l’avait lancé à la va-vite et sans en encadrer l’accès. Des abus ont donc été commis et mis au jour; c’est ce qui a incité le gouvernement Couillard à agir.

Logiquement, la chose à faire était de simplement mettre des balises. Et le PL20 en a imposé plusieurs — par exemple, interdire l’interdire aux hommes vasectomisés et aux femmes ligaturées, ou encore de vérifier les aptitudes des futurs parents. Il est évident que la collectivité n’a pas à payer pour les changements d’humeur de gens qui sont devenus infertiles de leur propre chef. De la même manière, il saute aux yeux que l’État ferait plus de mal que de bien en aidant à avoir des enfants des gens qui, par exemple, traînent de graves problèmes de toxicomanie.

Mais le ministre Barrette a décidé de couper le financement public de la FIV — tout en le maintenant pour un autre type d’aide, l’insémination artificielle, qui coûte cependant beaucoup moins cher et qui n’est pas toujours indiquée. Résultat: des milliers de couples infertiles du Québec doivent désormais payer de leur poche les 5000 à 10 000 $ qu’il en coûte pour la fertilisation in vitro. Québec a eu beau instaurer un crédit d’impôt pour compenser, nous avons ici un cas patent de système à deux vitesses. Les médias ont relevé bien des cas de couples qui ont dû renoncer à avoir un enfant parce que la facture est trop élevée pour eux — d’autant plus que les milliers de dollars à débourser ne s’accompagnent d’aucune garantie de succès.

L’infertilité est pourtant, sans l’ombre d’un doute, un «problème de santé» au même titre que tant d’autres qui sont pris en charge par le système, et même un problème qui se répand. Une étude publiée l’an dernier dans Human Reproduction Update a trouvé un déclin marqué de la qualité du sperme en Occident depuis les années 70. De la même manière, des travaux parus dans Human Reproduction en 2012 ont montré que l’infertilité affectait 12 à 16% des couples en 2010 au Canada, soit trois fois plus qu’en 1984 (5%).

Les origines du problème sont encore nébuleuses. Des polluants comme les perturbateurs endocriniens sont souvent montrés du doigt, de même que d’autres causes comme le stress, les études prolongées qui amènent les couples à avoir des enfants plus tard, etc. Mais quoi qu’il en soit, il est indéniable qu’il s’agit d’un «problème de santé», et il n’y a aucune raison pour qu’un système de santé public comme le nôtre s’en lave les mains.