Incohérence

ÉDITORIAL / La décision des élus de la MRC de Memphrémagog d'approuver un projet de 200 unités d'habitation en pleine zone inondable « 0-20 ans », à North Hatley, apparaît pour le moins discutable, voire incohérente, moins de deux mois après des inondations printanières records qui ont touché des milliers de personnes et détruit entre 500 et 800 résidences au Québec.
On peut certes comprendre que les élus de la MRC et ceux de North Hatley anticipent d'importantes retombées fiscales avec ce projet, qui contribuera également au dynamisme de cette communauté de 700 personnes.
De plus, l'emplacement retenu, au coeur de ce village patrimonial, offrira aux futurs résidants un point de vue unique sur le lac Massawippi.
Il appartiendra au gouvernement du Québec de donner le feu vert à ce projet, mais l'idée même d'autoriser une construction neuve en zone inondable, tout comme les réserves des opposants à ce projet, notamment au sujet de la validité des données sur les niveaux des crues passées dans ce secteur, soulève des questions.
Lors de l'approbation du projet de règlement ouvrant la voie à la réalisation du projet, le préfet Jacques Demers a donné l'assurance que les exigences seront élevées pour protéger les futurs immeubles dans cette zone où la construction est habituellement interdite, affirmant qu'il s'agit d'un « cas unique ».
Il s'agit peut-être d'un cas unique, mais comment peut-on affirmer qu'il n'y a aucun risque dans une zone considérée inondable? Et qui va payer la note si une crue printanière cause des dommages à ces propriétés?
On ne connaît pas encore le coût total des inondations du printemps dernier qui ont touché 278 municipalités en Outaouais, en Mauricie et à Montréal, notamment, et 5300 résidences, dont entre 500 et 800 ont été rendues inhabitables.
Le gouvernement du Québec a annoncé en mai dernier un fonds d'indemnisation de 350 millions $ qui permettra aux propriétaires touchés de recevoir jusqu'à 200 000 $, ce qui exclut évidemment les coûts des services d'urgence et ceux de l'intervention des militaires, qui seront payés par Ottawa.
En 2011, les inondations dans la région du Haut Richelieu avaient affecté 3000 résidants qui avaient reçu des compensations gouvernementales de 52 millions $.
Il est très hasardeux de lier les crues exceptionnelles du printemps 2017 aux changements climatiques.
Mais des événements climatiques extrêmes risquent de se produire dans les prochaines années lorsque les conditions seront réunies, par exemple avec la fonte rapide de la neige au printemps, de fortes pluies et un sol encore gelé.
Lors des inondations d'il y a quelques semaines, tant le premier ministre canadien Justin Trudeau que son homologue du Québec, Philippe Couillard, ont dit qu'il fallait repenser le développement en zone inondable.
Mais, pour l'heure, le message ne semble pas passer au sein des différents ministères qui ont leur mot à dire dans l'autorisation de projets immobiliers en zone inondable, comme celui de North Hatley.
De plus, on ne pourra vraisemblablement pas compter sur les élus municipaux et les promoteurs immobiliers pour qu'ils entendent raison.
Il est normal que l'État vienne en aide aux citoyens victimes d'inondation, d'autant plus qu'on ne peut obliger tout le monde à déménager.
À la suite des événements du printemps, le ministre des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire, Martin Coiteux avait toutefois indiqué qu'« il ne sera pas possible de reconstruire ou de réparer un bâtiment qui aurait été déclaré perte totale dans la zone inondable 0-20 ans », comme le proscrit déjà la loi.
Les événements de 2011 et 2017 ont démontré qu'il y a un risque inhérent à construire en zone inondable.
Pourquoi, alors, autoriser de nouvelles constructions dans de telles zones, comme on s'apprête à le faire à North Hatley?