Les maires Régis Labeaume et Bernard Sévigny assistaient à un match de hockey au Palais des sports lorsqu'ils ont été évacués.

Inadmissible

ÉDITORIAL / On ne peut prendre à la légère les menaces proférées mercredi soir à l'endroit des maires Bernard Sévigny et Régis Labeaume, qui assistaient à un match de hockey au Palais des sports, de même que contre les mosquées de Sherbrooke, même si elles sont le fait d'un individu visiblement perturbé qui n'a pas de lien avec un quelconque groupuscule d'extrême droite. Du moins pas à première vue.
Cette triste histoire témoigne d'une certaine manière d'un espace public où l'intolérance et la xénophobie trouvent de plus en plus écho, gracieuseté sans doute de la montée du populisme à la Donald Trump, qui a multiplié les déclarations controversées sur les immigrants et fait adopter un décret interdisant l'entrée aux États-Unis des ressortissants de sept pays à majorité musulmane.
L'affaire, qui survient une dizaine de jours après l'attentat contre une mosquée de Québec, qui a fait six morts, s'est heureusement révélée être un canular.
L'arrestation par la police de Sherbrooke de l'homme de 57 ans, qui a téléphoné à la centrale 911 pour faire des menaces contre les deux maires et les mosquées de Sherbrooke, fait suite à celle d'un Montréalais, soupçonné d'avoir vandalisé une mosquée dans l'arrondissement Sud-Ouest de Montréal, il y a quelques jours, et à une vague d'incidents antisémites dans le chic quartier Outremont, à Montréal, où des croix gammées ont été dessinées dans la neige.
Il faut s'inquiéter de ces phénomènes, tout en prenant garde à ne pas décrire le Québec comme un terreau d'extrémistes dangereux, comme semblent le penser certains.
L'Occident au complet est traversé par une vague d'intolérance encouragée, voire soutenue, par des politiciens et des groupuscules d'extrême droite qui attisent la peur et le ressentiment envers tous ceux et celles qui sont différents, notamment les personnes de confession musulmane, et qui multiplient les amalgames avec le terrorisme islamique.
Et ces propos, relayés sur les réseaux sociaux, ici comme ailleurs, en viennent à banaliser la xénophobie et la haine.
Cela peut inciter des individus frustrés et influençables à poser des gestes inadmissibles dans une société civilisée, voire des actes criminels.
Et le Québec n'y échappe pas, comme on l'a vu avec l'attaque meurtrière contre la mosquée du 29 janvier.
Sherbrooke a connu quelques épisodes malheureux d'intolérance, notamment en 2014, lorsqu'un individu avait été reconnu coupable d'accusations de méfait à l'endroit de deux commerces et de la mosquée de la rue Daniel.
À la suite des événements de mercredi soir, le Service de police de Sherbrooke (SPS) n'a eu d'autre choix que de resserrer la surveillance des lieux de culte musulman et du maire Sévigny qui, il y a quelques jours, s'est dit prêt à aider la communauté musulmane à dénicher un terrain pour un cimetière.
Une surveillance policière accrue est certes nécessaire dans les circonstances, mais elle traduit un climat de peur et de méfiance au moment où il faut favoriser le dialogue interculturel, une meilleure information et le rapprochement ce qui, évidemment, ne peut être exempt de débats et de désaccords, mais civilisés.
La communauté musulmane est inquiète tout comme l'ensemble des Québécois.
Plusieurs organismes, dont la Ligue des droits et libertés, et des partis politiques, Québec solidaire et Projet Montréal, réclament une commission sur le «racisme systémique» qui affligerait le Québec. Le Québec raciste? Ça reste à voir, mais les manifestations épisodiques d'intolérance sont inadmissibles.
Il faut aller au fond des choses et souhaiter que les travaux de cette commission, si le gouvernement Couillard décide d'aller de l'avant, permettent d'avoir un portrait juste de la situation et d'agir s'il le faut.