S’il forme le gouvernement, François Legault créera un certificat d’accompagnement transitoire de trois ans — renouvelables dans certaines circonstances — préalable à l’obtention du certificat de sélection du Québec. La personne devra démontrer une connaissance suffisante du français, adhérer aux valeurs québécoises contenues dans la Charte des droits et libertés et démontrer qu’elle occupe ou qu’elle est à la recherche d’un emploi.

Immigration: la CAQ nuisible

ÉDITORIAL / Un gouvernement de la CAQ ferait passer de 74 à 200 millions $ le budget destiné à la francisation des immigrants. C’est l’élément le plus porteur du plan d’immigration de la formation de François Legault. Le reste — certificat d’accompagnement transitoire de trois ans, conséquences (expulsion) en cas d’échec des tests de français et des valeurs, diminution du seul d’immigration — est soit inapplicable, soit contre-productif.

C’est à croire que la Coalition avenir Québec (CAQ) a bâti son plan sur le (faux) sentiment «de sécurité» qu’il peut procurer aux Québécois qui ont du mal à accepter les immigrants (les «importés», dirait le maire d’Hébertville-Station), à reconnaître leur apport positif et qui ne voient en eux que des gens qui menacent la langue française et qui réclament des accommodements religieux.

«On ne souhaite pas garder chez nous trop de personnes qui n’acceptent pas notre langue, nos valeurs et participer au monde du travail», affirme François Legault. Disons qu’il y a meilleur message pour inviter les gens à s’établir au Québec et contribuer à son développement.

S’il forme le gouvernement, M. Legault créera un certificat d’accompagnement transitoire de trois ans — renouvelables dans certaines circonstances — préalable à l’obtention du certificat de sélection du Québec. La personne devra démontrer une connaissance suffisante du français, adhérer aux valeurs québécoises contenues dans la Charte des droits et libertés et démontrer qu’elle occupe ou qu’elle est à la recherche d’un emploi. 

Si l’immigrant ne remplit pas les conditions établies par le gouvernement (notons que certaines existent déjà), Ottawa sera avisé par Québec «de la présence en territoire canadien d’une personne sans statut». Mais qu’importe. Québec n’a pas le pouvoir d’expulser quelqu’un et ce n’est pas demain la veille que cela se produira à moins de réécrire la loi sur l’immigration et de revoir les compétences entre Québec et Ottawa. Le candidat jugé «indésirable» par le gouvernement caquiste pourra rester au Québec. 

À part présenter le Québec comme une terre non accueillante et inciter les gens à s’établir ailleurs, à part maintenir les nouveaux arrivants dans l’insécurité, de même que leurs employeurs, que gagne-t-on collectivement à appliquer un tel plan? 

«Accueillir moins pour accueillir mieux», dit la CAQ. Elle propose de réduire de 50 000 à 40 000 le seuil annuel d’immigration, mais elle souligne, sans doute pour rassurer les entreprises en forte demande de main-d’œuvre dans tous les coins du Québec et en concurrence avec les autres provinces et pays également à la recherche de ressources humaines, que ce seuil est temporaire. 

C’est un fait que le Québec doit faire mieux en matière d’intégration et de francisation. Les libéraux n’ont pas brillé en la matière. La vérificatrice générale l’a exposé dans un rapport l’automne dernier.

La proposition de la CAQ de hausser les sommes consacrées à la francisation, d’offrir gratuitement des cours, est un pas dans la bonne direction. Encore faut-il que les façons de faire et de rejoindre tous les immigrants soient adaptées à leurs réalités.

Les caquistes veulent aussi améliorer la reconnaissance des diplômes. Comme le disaient les gouvernements précédents. Les pénuries de main-d’œuvre aideront peut-être à atteindre plus rapidement l’objectif. Si le taux de chômage continue de baisser chez les immigrants — des progrès sont visibles — le Québec deviendra plus attractif. 

À la condition bien sûr que les politiciens mettent fin à leur double discours, comme exiger le respect des valeurs définies dans la Charte des droits et libertés et vouloir soi-même s’y soustraire dans certains cas.