Il y a un an, l'horreur à Nice

Rien ni personne ne me fera oublier ce soir-là, cette nuit-là et ses lendemains. Nice, 14 juillet 2016. C'était la fête. Le feu d'artifice sortant de la mer pour éclater dans un ciel sans nuage. Des milliers de têtes montent leur nez pour ne rien rater de la pluie de lumière. On entend le chant des mots, des exclamations, le rythme des phrases prononcées dans toute les langues du monde par des voix de tous les âges. La vie.
Soudain une détonation, Des détonations. Des coups de feu. On connaît la suite. L'horreur. Le camion. Le souffle de la mort qui pousse une foule désordonnée. Soudain la vague déferlante. La foule se déchire, court, cravachée dans la nuit par la voix des policiers. Des gens tombent, se relèvent difficilement. D'autres restent au sol. Piétinés. Soudain dans l'ombre, dans la nuit, des cris, des cris partout où se tapit la peur.
Soudain ma fille de trois ans, soudain sa mère, courageuse, résolue, décidée, la serrant dans ses bras, un lien qu'aucune force n'aurait pu rompre. Soudain le réflexe de percer pour elles une ouverture dans le mur humain à la recherche d'une porte à fermer derrière nous et qui enfermera l'insomnie d'une nuit. Comme si le sommeil avait quitté la ville. Comme si le sommeil fréquentait de trop près la mort.
Soudain, oui, tout fut si soudain.
Puis ces lendemains incendiés. L'horreur du lendemain. Impossible de mesurer dans notre course l'ampleur du drame qui nous a épargnés. La mort nous a caressé la joue. Les informations le confirment. En ville, des fleurs en habit de cellophane ont poussé sur la Promenade des Anglais. Des petits animaux de peluche tirent les larmes des passants. On sait, on sait trop pour parler.
La ville ne sera plus la même. Pour quelques jours, la chantante deviendra silencieuse. Mais heureusement, le chemin du désespoir est court. Madame Agnès continuera bientôt de servir des cafés et ses assiettes de fruits dans son établissement de la rue Rosetti, malgré les hommes armés de fusils d'assaut, le doigt sur la gâchette, en habit de guerre, qui passeront régulièrement devant son établissement. Malgré la peur, la ville recommencera à grouiller. Le courage, oui le courage des Niçois fera reculer l'horreur.
C'était, il y a aujourd'hui un an.
Réjean Bergeron, Sherbrooke