Il faut un consensus

ÉDITORIAL / Les maires de Lac-Mégantic, Frontenac et Nantes ont plus que jamais la responsabilité de trouver un terrain d’entente sur le tracé de la future voie de contournement ferroviaire, alors que le gouvernement fédéral vient d’annoncer qu’il versera « un montant substantiel » pour ce projet de plus de 115 millions $.

Si le « cri du cœur » de la mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin, a été entendu par Ottawa, qui est en discussion avec Québec pour le partage des coûts, il n’en va pas de même à Frontenac et Nantes où un des deux tracés à l’étude soulève de l’opposition puisqu’il traverserait le territoire de ces deux municipalités.

L’autre tracé consiste en un « statu quo amélioré », c’est-à-dire le maintien de la voie ferrée au centre-ville de Lac-Mégantic, mais avec des infrastructures plus sécuritaires.

Le maire de Frontenac, Gaby Gendron, refuse que la future voie ferrée passe au milieu des terres agricoles et réclame un dédommagement pour les citoyens « si elle est obligée de passer à Frontenac », comme il l’a déclaré à Radio-Canada Estrie.

Les trois municipalités ont toutefois demandé une aide financière aux ministères des Affaires municipales pour obtenir un budget afin d’étudier un tracé modifié proposé par Frontenac, ce qui est en soi une excellente nouvelle.

Il est normal qu’un tel projet soulève des craintes et personne n’a envie de se retrouver avec les problèmes du voisin.

Toutefois, l’ampleur de la tragédie du 6 juillet 2013, alors qu’un convoi pétrolier sans conducteur a déraillé au centre-ville de Lac-Mégantic et fait 47 morts, commande une solution autre que le statu quo.

La troisième enquête de santé de la population de la Direction de la santé publique de l’Estrie, dévoilée l’an dernier, avait démontré que les Méganticois demeurent durement affectés par cette tragédie sur le plan psychologique.

Plusieurs citoyens ne peuvent tout simplement plus vivre avec le passage des trains au milieu de leur ville.

De plus, l’organisme estimait que la construction d’une voie de contournement fait partie du processus de « guérison » du traumatisme de la population.

Il est donc impératif que les élus des trois municipalités expliquent clairement aux citoyens les enjeux reliés au statu quo, comme le leur avaient demandé les commissaires du BAPE en août dernier, et s’entendent sur le tracé de la future voie de contournement.
On peut raisonnablement penser qu’un convoi de matières dangereuses représente moins de risques, en cas d’accident, s’il circule en zone rurale loin des habitations qu’en plein centre-ville.

La compagnie MMA ne respectait pas les règles de sécurité et il a été démontré que Transports Canada faisait preuve de laxisme à l’égard de l’industrie ferroviaire au pays, ce qui a pu contribuer à la tragédie.

Mais il est inconcevable que des trains transportant des matières dangereuses continuent d’emprunter une courbe très prononcée en plein cœur de Lac-Mégantic.

Conséquemment, le statu quo ne peut être un choix.

La solution retenue devra pénaliser le moins de gens possible, mais le train ne doit plus passer au centre-ville de Lac-Mégantic, dont la population a suffisamment souffert.

Presque cinq ans après la tragédie, il est temps d’en arriver à une solution d’autant plus que l’étude de faisabilité ne sera pas complétée que l’an prochain et que les travaux ne débuteront pas avant 2021 ou 2022.

Le financement de la voie de contournement ferroviaire à Lac-Mégantic constitue une avancée importante pour la population de Lac-Mégantic, encore sous le choc du déraillement de juillet 2013 qui avait fait 47 morts et détruit le centre-ville.

Malheureusement, le tracé proposé, outre celui du « statu quo amélioré », passerait sur le territoire des municipalités voisines de Frontenac et Nantes et soulève de l’opposition au sein de la population.