Il faut réformer la DPJ

ÉDITORIAL / L’enquête publique du coroner en chef permettra de connaître les causes et les circonstances du décès tragique d’une fillette de sept ans à Granby, dont le père et la belle-mère sont accusés de séquestration (la femme est aussi visée par des accusations de voies de fait graves).

Mais ce drame sans nom doit aussi être l’occasion d’identifier et de corriger les carences à la DPJ, dont plusieurs sont déjà connues, et des différents acteurs dans ce dossier.

Comment une telle chose a-t-elle pu se produire? Et pourquoi les services en cause ont-ils failli à leur tâche?

Au-delà de la colère et de la révulsion qu’inspire cette affaire, il est plutôt hallucinant de constater que cette enfant ait été laissée dans son milieu familial alors que la DPJ connaissait son cas depuis son plus jeune âge, qu’elle n’allait plus à l’école depuis quelques semaines et que le tribunal aurait même estimé, en 2018, que le fait de vivre avec son père et sa belle-mère représentait la solution la moins dommageable pour elle.

Le décès de la fillette a créé une onde de choc au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, qui entend « clarifier la responsabilité de l’établissement dans cette affaire ».

Le directeur de la DPJ de l’Estrie, Alain Trudel, a même présenté sa démission hier matin.

Le gouvernement Legault semble en tout cas prendre la pleine mesure des événements : il a demandé à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et au CIUSSS de l’Estrie-CHUS de mener leurs propres enquêtes à l’interne, qui s’ajouteront à celles de la Sûreté du Québec et du coroner.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Lionel Carmant, a poliment jugé la gestion du dossier de la fillette « insatisfaisante ».

Or, il faut aller plus loin et procéder à une réforme de la DPJ.

Car ce n’est pas d’hier que cet organisme, qui reçoit près de 100 000 signalements par année au Québec, a des problèmes, notamment un manque de ressources financières et humaines.

Déjà en 2014, les directeurs des DPJ de la province avaient sonné l’alarme alors que le gouvernement Couillard avait amputé le budget des centres jeunesse de 20 millions $.

Le directeur de la DPJ de l’Estrie, qui marchait sur des œufs lors de sa conférence de presse de mercredi au point finalement de ne rien dire ou presque, est certes imputable.

Sur la sellette, le gouvernement Legault a sans doute trouvé en M. Trudel un responsable. Mais doit-on le blâmer lui personnellement?

Au cours des dernières années, Alain Trudel a lui-même dénoncé le manque de ressources et de personnel à la DPJ de l’Estrie, s’interrogeant également sur le rôle des organismes de première ligne pour aider les parents et les enfants.

En mars 2018, alors que 325 dossiers étaient en attente d’évaluation, il avait qualifié la situation de « carrément alarmante »!

À l’heure actuelle, 400 dossiers sont en attente en Estrie, alors que ce nombre devrait être de 40 à 50.

Ça ne peut pas continuer comme cela et les enquêtes à venir devront déboucher sur des recommandations précises pour mieux protéger les enfants qui vivent dans des milieux dysfonctionnels ou carrément dangereux.

Et cela doit viser non seulement la DPJ, mais aussi les tribunaux, les services sociaux et les directions d’école.

Il faudra également s’interroger sur l’équilibre entre la protection de l’enfant et les droits des parents alors que la Loi sur la protection de la jeunesse dit d’une part que les décisions doivent être « dans l’intérêt de l’enfant et le respect de ses droits » (art. 3) mais, d’autre part, que toute décision « doit tendre à maintenir l’enfant dans son milieu familial » (art.4).