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Il faut aussi vaincre l’autre pandémie, celle du tabac

Carrefour des lecteurs
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La Tribune
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À l’attention de la santé publique et des élus, fédéraux comme provinciaux. Bien que le gouvernement fédéral se soit fixé comme objectif de réduire la prévalence du tabagisme à moins de 5% des Canadiens d’ici 2035, aucun plan crédible n’a été mis en place pour y parvenir.

Voici quelques statistiques sinistres. En 15 mois, la Covid-19 a tué plus de 25 000 Canadiens. Le nombre quotidien de morts est d’environ 40 par jour, mais cela diminuera avec les avancées de la vaccination.

Voici quelques statistiques tout aussi accablantes, sinon davantage. Chaque année, le tabac tue plus de 50 000 Canadiens*, principalement par cancers, maladies cardiaques et maladies pulmonaires. C’est plus de 135 par jour, et il faudra probablement quelques années avant que ce nombre ne commence à baisser.

Il y a un peu plus d’un an, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré la Covid-19 pandémique. On prévoit que les décès dus à la Covid-19 continuent de diminuer. En revanche, plus de 35 ans se sont écoulés depuis que l’OMS a déclaré le tabac pandémie mondiale et pourtant, il demeure la principale cause de décès évitable au pays.

Ce funeste destin est parable. Avec la volonté collective et la détermination que nous constatons contre la Covid-19, les gouvernements peuvent agir concrètement pour mettre fin à l’épidémie de tabagisme.

S’il n’y a pas de véritable vaccin pour prévenir la dépendance à la nicotine, l’équivalent existe sous la forme de politiques et de programmes qui préviennent la dépendance parmi les jeunes, qui aident les fumeurs à arrêter, et qui démantèlent la mise en marché vigoureuse du tabac. Les gouvernements ont administré la dose initiale de ce vaccin politique contre le tabac, et il a aplati la courbe. En administrant une dose politique plus puissante, cette pandémie pourrait être presque éradiquée.

Un vaccin plus fort contre l’épidémie de tabagisme est nécessaire de toute urgence. Les compagnies de tabac se sont adaptées aux politiques actuelles. Elles se sont spécialisées dans la « réduction des méfaits « et ont ajouté de nouveaux variants comme les cigarettes électroniques et le tabac chauffé. Leurs relations publiques et leur marketing ont peut-être muté, mais le résultat final est le même: de nouvelles générations de nicotinomanes sont recrutées pour remplacer ceux qui meurent.

Malheureusement, les gouvernements ont permis à ces variants d’entrer au Canada, déclenchant une nouvelle vague de toxicomanie et de préjudices. En 2018, les lois fédérales ont permis leur vente sous toutes sortes d’arômes et leur promotion n’importe où. La décision reposait sur la théorie, non vérifiée, selon laquelle la disponibilité et l’attractivité accrues des produits de vapotage encourageraient les fumeurs adultes à délaisser complètement la cigarette. 

Mais ces nouveaux produits se sont révélés si attrayants pour nos jeunes que, pour la première fois depuis des décennies, le nombre de Canadiens qui expérimentent et deviennent dépendants de la nicotine a augmenté. Des essais cliniques avaient suggéré que les cigarettes électroniques étaient efficaces pour aider les fumeurs à écraser, mais les chercheurs ont maintenant démontré qu’elles sont peu utiles en dehors d’un cadre thérapeutique. La composition chimique de la vapeur de cigarette électronique est différente de celle de la fumée de cigarette, mais cela ne la rend pas bénigne. L’inhalation de vapeurs de cigarettes électroniques est nocive pour les poumons et le cœur; elle pourrait même contribuer au cancer. Avec près de la moitié des fumeurs adultes qui s’aventurent avec les variants électroniques, tout en continuant de fumer sur une base régulière, ceux-ci s’exposent à de nouveaux risques pour la santé en plus de ceux qu’ils essayaient d’éviter.

Les gouvernements fédéral et provinciaux s’efforcent maintenant de contrôler ces nouveaux variants, en bricolant des contrôles sur les niveaux de nicotine, la commercialisation, les arômes et les taxes. Ce sont les mêmes mesures qui ont contribué à aplatir la courbe de l’épidémie de tabagisme, mais qui n’étaient pas assez fortes pour empêcher de séduire les nouvelles générations.

Il est temps de faire mieux. Au lieu d’essayer de remplacer une dépendance par une autre, les gouvernements devraient prévoir éliminer complètement les produits commerciaux de tabac et de nicotine. Cela peut être fait avec compassion et soutien aux cinq millions de fumeurs et de vapoteurs du Canada. Mais au mépris des intérêts économiques des fournisseurs de tabac, dont les profits se font aux dépens financiers et humains de nos systèmes de santé publics, de nos familles et de nos communautés. 

Le temps est venu pour cette nouvelle approche. Cette année, tous les gouvernements provinciaux participent à des négociations à huis clos pour régler leurs litiges contre les fabricants de cigarettes ; leurs réclamations s’élèvent à plus 500 milliards de dollars. Parce que ces entreprises n’ont délibérément aucune épargne et génèrent tous leurs revenus en faisant du tort aux gens, ces revendications financières ne peuvent pas être satisfaites sur le plan éthique. Cependant, ces négociations donnent aux gouvernements la possibilité d’exiger une élimination progressive obligatoire du commerce de la nicotine. Les provinces et le fédéral utiliseront-ils cet effet de levier pour mettre fin à cette autre épidémie?


Neil Collishaw, directeur de recherche, Médecins pour un Canada sans fumée

Flory Doucas, co-directrice, Coalition québécoise pour le contrôle du tabac

Denis Côté, fondateur, Montréal sans fumée