Il faut agir

ÉDITORIAL / Le déclin du français au Québec, confirmé une fois de plus par Statistique Canada, n'est peut-être pas surprenant compte tenu des changements démographiques dus à l'immigration des dernières années, mais il commande une sérieuse réflexion et des actions pour mieux défendre et promouvoir notre langue commune.
Selon les données du recensement de 2016, le poids du français continue de reculer tant au Canada qu'au Québec, où le pourcentage de population de langue maternelle française a baissé de 79,7 à 78,4 pour cent entre 2011 et 2016, tandis que celui de la population de langue maternelle anglaise a augmenté de 9 à 9,6 pour cent.
Depuis 1986, la proportion de la population du Québec qui a déclaré la langue de Molière comme langue maternelle a chuté de 4,5 pour cent.
La même tendance s'observe aussi dans la région de Sherbrooke.
À un mois du 40e anniversaire de la loi 101, censée protéger le français, ces données envoient au gouvernement Couillard le signal qu'il doit faire davantage pour contrer ce déclin du français, notamment en accentuant les efforts pour la francisation des immigrants et en s'assurant du respect du français comme langue de travail, quitte à étendre la loi 101 aux entreprises de moins de 50 employés.
Et cela n'a rien à voir avec un repli sur soi ou avec la nécessité d'être bilingue ou même trilingue. Du reste, Statistique Canada indique que le bilinguisme français-anglais a progressé au Canada, pour atteindre 18 pour cent, et que c'est surtout grâce au Québec où le taux est maintenant de 44,9 pour cent.
Immigrer n'a rien de facile et c'est la responsabilité de la société d'accueil de démontrer aux nouveaux arrivants que le français est une langue attrayante qui leur permettra de s'éduquer, de travailler, de mieux connaître la culture d'ici et de bien vivre.
Il n'est pas normal que 60 pour cent des immigrants adultes qui ne connaissent pas le français en arrivant au Québec refusent de suivre les cours de français qui leur sont offerts gratuitement par le gouvernement, selon des données de 2014-2015 du ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion (MIDI) et du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, citées par Le Devoir en janvier 2016.
Le ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, Luc Fortin, donne l'assurance que le gouvernement demeure vigilant au sujet de la situation linguistique au Québec.
Il rappelle que Québec a annoncé en 2016 un plan de mesure pour la francisation des immigrants et octroyé en avril dernier un montant supplémentaire de 103 millions $ pour favoriser la participation à des cours de français à temps complet et pour la francisation en milieu de travail.
Un pas dans la bonne direction, certes, mais qui fait suite aux importantes compressions des dernières années dans les budgets de francisation du MIDI, à l'abolition de classes de francisation et aux coupes dans les budgets de francisation en entreprise.
M. Fortier se défend de porter des lunettes roses et reproche aux partis d'opposition d'assombrir le portrait linguistique.
Mais il reste qu'il est inadmissible que la seule nation francophone en Amérique du Nord voie sa langue officielle perdre du terrain, sans compter la multiplication des marques de commerce anglophones dans l'affichage extérieur et la prédominance de l'anglais dans les médias numériques.
En juin dernier, le ministre responsable de la Francophonie, Jean-Marc Fournier, disait s'inquiéter pour la survie de la communauté anglophone au Québec, particulièrement en région, ce qui est légitime. Le cabinet du premier ministre avait aussi engagé un conseiller pour transmettre au gouvernement les doléances des anglophones. Fort bien.
On aimerait toutefois que M. Fournier et son gouvernement aient la même préoccupation et le même sentiment d'urgence pour le français au Québec.