Il était temps

ÉDITOIRIAL / La décision du gouvernement Trudeau d'exclure la revalorisation des résidus miniers du train de mesures qu'il adoptera au cours des prochains mois pour interdire l'utilisation de l'amiante et des produits contenant ce minerai rassure enfin les investisseurs locaux et doit évidemment être saluée.
Toutefois, le manque apparent de consultation préalable d'Ottawa auprès des gens d'Asbestos et de Thetford Mines, au sujet de ses intentions, est difficile à comprendre, surtout de la part d'un gouvernement qui se targue de placer le dialogue avec les provinces au coeur de ses décisions.
Il faut toutefois saluer le travail de la députée de Compton-Stanstead et ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, qui s'est fait le porte-voix de la région dans ce dossier.
Mais n'eut été de l'intervention énergique des députés provinciaux Karine Vallières et Laurent Lessard, du Mouvement ProChrysotile, des députés conservateurs Alain Rayes et Luc Berthold, ainsi que de la Fédération des chambres de commerce du Québec et de la Chambre de commerce de Sherbrooke, le gouvernement Trudeau aurait-il vraiment été sensible à cette question pourtant cruciale pour la région?
Les villes d'Asbestos et de Thetford Mines sont également intervenues dans ce dossier.
Justin Trudeau a certes subi beaucoup de pression de la part de l'opposition et des syndicats pour qu'il respecte sa promesse de bannir l'utilisation de l'amiante au pays en raison des risques pour la santé et de l'interdiction de ce produit dans une cinquantaine de pays. Et on comprend qu'il devait agir.
Mais pourquoi ne pas avoir d'abord échangé avec les représentants de la région et pris connaissance de l'importance des projets de revalorisation des résidus d'amiante chrysotile dans leurs plans de diversification économique?
D'autant plus que plusieurs initiatives sont en cours, notamment à Asbestos, avec Alliance Magnésium, qui a obtenu une subvention de 3 millions $ de Technologies du développement durable Canada et prévoit produire le premier lingot de son usine-pilote d'ici un mois, avant de lancer une première phase de production dès 2018.
Mag One confirmait pour sa part il y a quelques jours un projet d'usine-pilote d'un million $ pour la production d'oxyde et d'hydroxyde de magnésium et de silice, à partir des résidus d'amiante chrysotile.
En outre, le Cégep de Sherbrooke et la Commission scolaire des Sommets planchent sur un projet de Centre d'innovation minière sur le site de Mine Jeffrey.
La MRC des Sources n'est plus dans le passé et regarde vers l'avenir, comme le dit le maire d'Asbestos, Hugues Grimard, et cela passe notamment par ce type de projets.
Parallèlement, trois entreprises de la MRC des Appalaches fabriquent des produits finis ne contenant aucune trace d'amiante, à partir de résidus miniers.
Il était urgent qu'Ottawa donne l'heure juste et dissipe toute crainte.
Hier, la ministre fédérale de l'Environnement, Catherine McKenna, a rappelé que ce sont les lois et règlements des provinces qui s'appliquent en matière de gestion des résidus miniers.
Il reste à voir maintenant comment se développeront les projets de revalorisation de ces centaines de millions de tonnes de résidus miniers et si la l'Institut national de la santé publique donnera sa bénédiction.