Depuis des années, plusieurs régions du Québec réclament un meilleur service d’Hydro-Québec.

Hydro-Québec doit rembourser

ÉDITORIAL / Les clients d’Hydro-Québec et par ricochet ceux d’Hydro-Sherbrooke ont payé la rondelette somme de 2,5 milliards de dollars en trop. C’est la conclusion de la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, qui déposait un rapport la semaine dernière à l’Assemblée nationale. La société d’État doit rembourser les consommateurs, soit en réduisant les tarifs ou mieux par des investissements afin d’améliorer son service en région.

Disons tout de suite qu’Hydro-Québec n’est pas totalement responsable de ce vol déguisé. En raison de leur appétit insatiable, les différents gouvernements qui ont dirigé le Québec depuis le début du siècle doivent prendre une bonne partie du blâme. Chaque année, la société verse de juteux dividendes à l’État, ce qui permet aux gouvernements de dépenser allègrement l’argent des contribuables, surtout à la veille d’une élection.

La vérificatrice générale attribue les trop-perçus aux achats d’énergie alternative produite par des éoliennes, la biomasse et de petites centrales hydroélectriques. Les décrets adoptés par Jean Charest et Pauline Marois ont entraîné la signature de contrats inviolables à un prix jusqu’à trois fois supérieur à l’électricité produite par des centrales hydroélectriques, le bloc patrimonial. En raison des surplus énergétiques prévus par Hydro-Québec, cette situation absurde risque de se prolonger jusqu’en 2026.

Ce mauvais calcul est d’autant plus néfaste qu’il jette le discrédit sur les énergies alternatives. Oui, il en coûte plus cher de produire de l’énergie avec des éoliennes comparativement à des centrales hydroélectriques. Cependant, le développement de nouvelles sources d’énergie est essentiel pour assurer l’avenir du Québec, étant donné que le harnachement de rivières a possiblement atteint sa limite. Ministre des Ressources naturelles, Pierre Moreau a d’ailleurs eu la réplique facile en parlant d’un « choix judicieux ». L’énergie alternative, justifie-t-il, est principalement produite en région, ce qui entraîne la création d’emplois.

Il est ardu de quantifier le véritable apport économique des énergies alternatives en région. Cet exercice devrait d’ailleurs être fait pour donner la véritable image de cette nouvelle voie. Si les bénéfices sont aussi importants que semble le croire le ministre Moreau, cet argent devrait justement être retourné aux régions. Oui, les régions touchent des dividendes, mais elles en paient aussi le fort prix par l’altération de leur espace. Les responsables de la Forêt communautaire Hereford ont d’ailleurs mené une lutte épique pour obtenir l’enfouissement de la future ligne électrique vers les États-Unis. Rappelons aussi le combat de citoyens de Saint-Ferdinand contre les éoliennes ou encore ceux de Saint-Adolphe-d’Howard dans les Laurentides envers l’érection d’une nouvelle ligne de transport d’électricité qui va détruire à jamais leur paysage bucolique.

Depuis des années, plusieurs régions du Québec réclament un meilleur service d’Hydro-Québec. Elles demandent notamment de remplacer le courant monophasé par le triphasé qui permet d’éviter les problèmes de puissance. À Saint-Pierre-de-Lamy au Témiscouata, les lumières « jaunissent » quand commence la traite des vaches en fin d’après-midi. Jusqu’ici, Hydro-Québec se réfugie derrière le faux principe de l’utilisateur-payeur pour légitimer son refus d’installer le triphasé. Les municipalités qui profitent du triphasé n’ont pourtant jamais payé de supplément.

Hydro-Québec a une bonne pente à remonter pour regagner l’estime des Québécois. La société d’État aurait tout intérêt à faire preuve de plus d’empathie envers sa clientèle, en accueillant notamment avec plus d’égard les demandes d’enfouissement des lignes de transport. Hydro doit ainsi rembourser sa dette envers les consommateurs. Elle aura bien besoin de l’appui populaire quand se présentera un gouvernement plus à droite et plus ébloui par les promesses chimériques d’une privatisation.