Walmart.

Honteux

ÉDITORIAL / Aussi répugnante soit-elle, la décision de Walmart de mettre fin à son programme d’intégration au travail pour les personnes ayant une déficience intellectuelle, sous prétexte qu’elle n’en aimait pas la « forme », a au moins le mérite de rappeler l’importance de donner une place à ces individus que la vie n’a pas privilégiés.

L’abandon de ce programme dans les magasins de cette chaîne au Québec a entraîné des dizaines de pertes d’emplois, en plus de porter un dur coup à la dignité de ces personnes qui ne demandent qu’à développer leurs compétences et leur autonomie, bref à faire partie de la société.

Peut-on parler ici de discrimination en vertu de la Charte des droits et libertés?

Peut-être, mais la Commission des droits de la personne et de la jeunesse refuse de dire si elle a reçu des plaintes puisqu’il s’agit de renseignements confidentiels.

Cette affaire démontre, en tous cas, la nécessité d’étendre au secteur privé la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi, comme le demande d’ailleurs la Commission.

Le directeur général des Résidences Monchénou, David Caron, se désole bien sûr du geste de Walmart, mais juge très positive la réaction des organismes et politiciens qui l’ont dénoncé, estimant que cela témoigne d’un grand avancement pour l’intégration des personnes avec des déficiences.

Du reste, plusieurs entreprises embauchent des personnes handicapées et disent en tirer des bénéfices non seulement économiques mais aussi pour l’organisation et l’humanisation du travail.

À la suite du tollé soulevé par sa décision fort mal avisée, Walmart a présenté des excuses et effectué une volte-face en s’engageant à travailler avec les participants à son programme de formation professionnelle et les organismes de services sociaux pour trouver « de nouveaux arrangements », y compris la possibilité de réembaucher ces travailleurs.

L’entreprise n’a toutefois donné aucune garantie ni précisé comment elle entend procéder.

Nous verrons bien ce que cela donnera, mais le mal est fait et l’image corporative de Walmart en a sérieusement pâli.

Non seulement cet acte témoigne d’un manque total d’humanité et de vision sociale, mais il montre l’aspect le plus répugnant d’un capitalisme néolibéral qui n’a rien à faire des personnes démunies ou de celles dont les capacités intellectuelles ou physiques sont diminuées.

Walmart, une entreprise multinationale dont les revenus avoisinent les 500 milliards $ par année, aurait pourtant les moyens de donner l’exemple en matière d’intégration des personnes handicapées intellectuellement.

Cette affaire doit aussi interpeller le gouvernement Couillard, dont les compressions budgétaires des dernières années ont eu un impact sur les centres de jour et les ateliers de travail pour les personnes avec un handicap intellectuel, une situation dénoncée jeudi dans La Tribune par l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux.

Nous en avons un bel exemple ici même à Sherbrooke alors que l’organisme La Cordée a annoncé qu’il devra procéder à des coupes de personnel à son centre de jour s’il n’obtient pas un meilleur financement.
Pire : ses appels à l’aide auprès du CIUSSS de l’Estrie–CHUS et du ministère de la Santé et des Services sociaux n’ont pas obtenu de réponse jusqu’ici.

Le premier ministre Philippe Couillard a pressé Walmart de revenir sur sa décision d’abandonner son programme d’intégration au travail pour les personnes handicapées.

Fort bien.

Walmart a posé un geste inadmissible, mais le gouvernement Couillard devrait faire preuve de davantage de cohérence lorsqu’il dit prendre fait et cause pour les personnes handicapées.

On ne peut à la fois avoir imposé des compressions budgétaires aux organismes qui soutiennent et accompagnent ces personnes en vue de leur intégration au marché du travail tout en faisant la morale aux employeurs.