Honteux

ÉDITORIAL / La ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, annonçait en début de semaine une aide de 23 millions $ destinée aux cégeps et universités pour qu'ils se dotent d'une politique sur les violences à caractère sexuel.
Mme David démontre ainsi qu'elle prend au sérieux ce problème largement documenté, notamment avec l'enquête ESSIMU, selon laquelle plus du tiers des étudiants universitaires, en grande majorité des femmes, rapportent avoir subi une forme de violence sexuelle.
La ministre David entend d'ailleurs déposer un projet de loi en ce sens dans les prochaines semaines pour lutter contre ce fléau malheureusement encore banalisé, voire ridiculisé.
On a beau penser que les rapports hommes femmes s'améliorent et que les mentalités évoluent, il semble bien que non, en tout cas pas chez tout le monde.
L'ineffable psychiatre Pierre « Doc » Mailloux a profité de sa chronique de mardi dernier sur le 107,7 Estrie, intitulée «Violences sexuelles sur les campus : on fait fausse route », pour attaquer la campagne « Sans oui, c'est non! », affirmant que ce slogan implique que le consentement sexuel doit être exprimé verbalement.
Il a ridiculisé la ministre David, allant même jusqu'à demander en ondes si elle est active sexuellement et si elle exige de son partenaire « qu'à chaque étape tu vas me demander si je suis d'accord ».
M. Mailloux a ensuite rappelé que, « 80 pour cent » de la communication entre deux êtres humains est «non verbale», affirmant que la ministre David voulait renverser cette proportion pour que 80 pour cent de la communication soit désormais verbale. On se demande bien où il a pris ça!
L'animateur, Steve Roy, a renchéri en affirmant que cette campagne contre les violences sexuelles «n'est pas une mauvaise idée», ajoutant « mais il me semble que les femmes sont quand même capables de s'affirmer dans 80-90 pour cent des cas », ce que contredit l'enquête ESSIMU, facilement disponible sur internet.
Il est très regrettable qu'un personnage aussi connu que le «Doc» Mailloux profite d'une tribune radiophonique pour véhiculer des préjugés et discréditer une campagne de sensibilisation et un projet de politique sans savoir, visiblement, de quoi il parle.
L'enquête ESSIMU, menée dans six universités québécoises auprès de 9284 personnes, démontre clairement qu'il y a un problème sur les campus, que les femmes, les individus issus des minorités sexuelles et même les personnes avec un handicap sont davantage exposés aux violences sexuelles et que plus du tiers des personnes interrogées n'ont jamais dévoilé leur situation à quiconque.
En outre, une victime sur deux a rapporté au moins une conséquence préjudiciable affectant sa vie, comme la réussite scolaire, professionnelle ou sociale, et même des problèmes de santé mentale.
Alors banaliser ce problème, faire des «jokes» de mononcle sur la ministre David ou sur le fait que les femmes sont toujours capables de se défendre, traduit un manque de connaissance de la situation, voire un manque de jugement.
Cela fait peut-être un bon « show » de radio, mais c'est disgracieux et vulgaire.
Tous ou presque savent très bien que le consentement sexuel doit être clair, qu'il soit exprimé en paroles ou par des gestes ou les deux. On n'a pas à jouer sur les mots.
Faire la cour à une personne est un jeu subtil fait de non-dits et de mots doux, ce qui exige de la sensibilité, de l'écoute et du respect de part et d'autre. Pas besoin d'un doctorat en psychiatrie pour le comprendre!
Le «Doc » Mailloux nous a habitués à des propos controversés, affirmant par exemple que les peuples arabo-musulmans sont « profondément tarés ».
Mais cela n'est pas une raison pour ridiculiser une politique nécessaire qui repose sur des faits et sur une enquête sérieuse.