À l’instar de Guillaume II, Trump a fait fi des grands systèmes d’alliances mis en place par ses prédécesseurs.

Guillaume II comme prototype de Donald Trump

Beaucoup d’observateurs américains et étrangers avaient tendance à comparer Donald Trump à Adolf Hitler en 2017. Après deux ans de pouvoir, ils se sont ravisés. Ils préfèrent désormais comparer le président américain au dernier kaiser allemand, Guillaume II, qui a abdiqué en 1918. Pour soutenir cette comparaison, ils avancent des arguments très convaincants.

En effet, leurs analyses indiquent des similitudes troublantes. Comme Guillaume II, Trump possède une personnalité erratique et surdimensionnée. Tous deux étant à la fois peu profonds, arrogants et violents, ils affichent clairement des comportements narcissiques et agressifs. Leurs humeurs changeantes montrent qu’ils ont le potentiel d’être sociopathes.

Bénéficiant tous deux d’une vie privilégiée à leur naissance, ils apparurent très tôt comme des personnes indisciplinées et émotionnellement arriérées. Aussi, leurs parents les envoyèrent dans des académies militaires comme moyen de contrer leurs tendances violentes et d’aplanir certains de leurs comportements antisociaux. Néanmoins, ils sont demeurés les deux d’éternels adolescents indisciplinés dont l’image publique est minée par un comportement d’enfant gâté.

Tous deux étant pompeux et impulsifs, ils se montrent en public à la fois exubérants et imprévisibles. Leur comportement erratique est grandement marqué par une immense arrogance et une évidente superficialité. Incapables de suivre une discipline de travail, ils refusent de lire les mémos et rapports produits à leur intention. Agités sans cesse et n’ayant aucun sens de la sobriété, ils sont incontrôlables et incapables de tirer des leçons des expériences passées.

Manquant de stabilité et dissimulant ses insécurités profondes par des discours intempestifs, Trump partage avec Guillaume II une « combinaison de sensibilités paranoïaques et de mégalomanie ». En conséquence, les deux personnages affichent non seulement une confiance sans bornes en eux-mêmes et une ignorance étonnante de l’histoire et des dossiers, mais leur complaisance personnelle est rehaussée par un surdéveloppement du sens du théâtre.

À l’instar de Trump, Guillaume II était une sorte de twitteur avant le temps. Il envoyait sans cesse des lettres, télégrammes et ordres sans prendre la peine de s’interroger si ces derniers avaient ou non du sens ou s’ils n’étaient pas en contradictions avec des dépêches précédentes.

Comme Guillaume II, Trump rejette la rectitude politique et est indifférent aux critiques. Tous deux considèrent la démocratie comme un obstacle à la réalisation d’objectifs immédiats. Alors que Guillaume II affirmait que la social-démocratie était un « ennemi de l’empire et de la patrie », Trump qualifie les médias américains « d’ennemis du peuple américain ».

Alors que Guillaume II affichait ouvertement ses ambitions de redonner « sa place au soleil » à l’Allemagne en rétablissant sa gloire antique, Trump fait appel aux mêmes sentiments avec son slogan sur « l’Amérique en priorité » et son désir manifeste de redonner sa grandeur à l’Amérique. Plus encore, Guillaume II déclarait ouvertement qu’une guerre raciale avec les peuples slaves ne pouvait être évitée. Or, Trump mène une croisade similaire contre les immigrants, particulièrement les Hispaniques. 

Winston Churchill, un expert dans l’art de gouverner, décrivait Guillaume II comme étant constamment en mouvement et incapable d’apprendre son métier de chef d’État. Joueur et opportuniste, il ne possédait pas la cohérence, le caractère et la prévoyance nécessaire pour assumer la fonction de kaiser. En somme, manquant de prudence, son modus operandi consistait à créer un chahut pour voir ce qu’il allait se produire. Or, Trump, un adepte de la théorie du chaos, fonctionne exactement de la même manière.

Comme Guillaume II, Trump gouverne en suivant son instinct. L’impulsion remplace le calcul. Comme avec le kaiser, les intuitions momentanées et les impulsions de Trump préoccupent au plus haut point ses proches conseillers. Comme cela survint avec Guillaume II, de hauts fonctionnaires américains discutèrent en 2018 de l’opportunité de destituer le président.

À l’instar de Guillaume II, Trump adore péter les plombs. Sa compulsion est d’autant plus évidente qu’elle est alimentée par un besoin insatiable d’attirer l’attention et une sensibilité fragile. Trump a démontré depuis deux ans qu’il n’avait pas la sagesse pour fournir la stabilité dont le monde a besoin. Tous les experts en politique étrangère avaient prévenu les républicains en 2016 sur l’inaptitude de Donald Trump à assumer la fonction de président des États-Unis.

Tout en état anglophobe, Guillaume II parvint à coaliser contre l’Allemagne, par des propos malencontreux, les Français, les Russes et les Japonais. De même, Trump, par ses sorties intempestives sur des sujets sensibles sans avoir consulté ses plus proches conseillers, s’est mis à dos les alliés traditionnels des États-Unis.

À l’instar de Guillaume II, Trump a fait fi des grands systèmes d’alliances mis en place par ses prédécesseurs. Guidé par ses pires instincts, Trump a déclaré caduque la politique américaine de patience stratégique. Plus encore, il a retiré les États-Unis de l’accord de Partenariat transpacifique, dénoncé l’accord de Paris sur le climat, abrogé l’accord nucléaire iranien, mis fin aux grands exercices militaires avec la Corée du Sud, ordonné le retrait des troupes américaines de Syrie et d’Afghanistan sans donner de préavis, menacé de se retirer de l’OTAN, déplacé sans consultation l’ambassade américaine à Jérusalem, etc.

Comme le président américain est beaucoup plus puissant que l’ancien kaiser, ses dérapages peuvent avoir des conséquences beaucoup plus graves. Or, le comportement chaotique et agressif du kaiser est en bonne partie du dérapage qui mena à la Première Guerre mondiale. Avec des armes ultrasophistiquées placées dans les mains de Trump, le monde est décidément devenu beaucoup plus dangereux.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.