Le Réseau indépendant des diffuseurs d’évènements artistiques unis (RIDEAU) estimait mercredi qu’entre 7000 et 8000 annulations ont été enregistrées ces derniers mois, surtout depuis juin. Des enfants seront donc privés d’une visite au musée, à un salon du livre ou au théâtre parce que leur école calcule qu’elle ne peut placer une telle activité au calendrier sans réclamer une contribution aux parents.

Gratuité scolaire: parlons-en

ÉDITORIAL / Moins de frais pour les parents. Moins de sorties scolaires et d’activités culturelles pour les élèves. Québec ne peut plus faire l’économie d’un débat sur la gratuité scolaire. Les politiciens en campagne électorale non plus. Le problème traîne depuis trop longtemps. Des enfants écopent, en particulier ceux de milieux défavorisés.

Il est possible de faire un parallèle entre les frais chargés dans les écoles publiques et les frais accessoires réclamés aux patients dans des cliniques jusqu’en 2017. 

Dans les deux cas, les gouvernements, tous partis confondus, ont ignoré ou minimisé pendant des années des pratiques qui allaient à l’encontre du principe de gratuité prévu à la Loi sur l’instruction publique ou la Loi canadienne sur la santé.

Et pour cause. Les millions de dollars que les parents ou les patients paient pour des services qui devraient être gratuits, sont autant de millions de dollars que les gouvernements n’ont pas à mettre dans les réseaux. Les ministres peuvent ainsi compresser les dépenses, investir ailleurs ou dire qu’ils n’augmentent pas les taxes et les impôts.

Il a fallu maintes dénonciations, des recours devant les tribunaux et la menace qu’Ottawa coupe dans les transferts en santé pour que Québec abolisse les frais accessoires. 

En éducation, un recours collectif intenté contre des commissions scolaires pour frais illégaux semble avoir provoqué le même électrochoc et forcé le gouvernement à mettre fin à son aveuglement volontaire. 

Après l’entente convenue entre les parents plaignants et les commissions scolaires — celles-ci rembourseront 153 millions $ — le ministre Sébastien Proulx a émis le 7 juin une directive pour guider les directions dans l’application de la Loi sur l’instruction publique. Mais, le problème subsiste.

Même si le ministre promet que les commissions scolaires auront les fonds nécessaires à la rentrée, certaines annulent des activités craignant de se faire taper sur les doigts par le ministère ou de se retrouver encore avec une poursuite si elles facturent. 

Le Réseau indépendant des diffuseurs d’évènements artistiques unis (RIDEAU) estimait mercredi qu’entre 7000 et 8000 annulations ont été enregistrées ces derniers mois, surtout depuis juin. Des enfants seront donc privés d’une visite au musée, à un salon du livre ou au théâtre parce que leur école calcule qu’elle ne peut placer une telle activité au calendrier sans réclamer une contribution aux parents. 

Ce sont les enfants de milieux pauvres qui risquent d’en souffrir le plus. Pour eux, c’est souvent l’école qui leur permet un accès à un univers et à des connaissances qui autrement resteraient hors de portée.

L’égalité des chances passe par l’école. Celle-ci atténue les écarts, permet de combler ce que le milieu familial ne peut fournir soit par manque de moyens financiers ou de champs d’intérêts. Encore faut-il que les écoles publiques disposent de budgets suffisants et qu’elles n’aient pas à se tourner constamment vers les parents pour financer des services éducatifs, des manuels ou du matériel didactique. Encore faut-il que des enfants ne soient pas exclus de programmes (éducation internationale, sports, arts ou langues-études) parce que leurs parents sont incapables d’assumer la facture qui ne se limite pas à des frais d’inscription ou d’ouverture de dossier.

M. Proulx sait qu’il faut aller plus loin que sa directive. Si son gouvernement est réélu, il déposera un livre vert et une loi sur l’instruction publique actualisée. «L’école du 21e siècle doit demeurer accessible et équitable pour tous».

Tous les partis politiques doivent se positionner. Un chèque à tous à la rentrée et une baisse de taxes scolaires ne règlent pas tout.