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Gestion des CHSLD: rechercher la simplicité malgré la complexité et la grande sensibilité

Jacques Cusson, Adm.A. F.C.M.C.
Président, Ordre des administrateurs agréés
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POINT DE VUE / Un rapport d’enquête* sur les événements survenus au CHSLD Herron a de nouveau mis en lumière des lacunes importantes de gestion observées et dénoncées depuis longtemps dans les CHSLD. On constate que le réseau de la santé est incapable d’assurer le contrôle de la qualité dans les CHSLD privés du Québec. Bien que chaque individu soit de bonne foi, la gestion est et demeure largement déficiente.

Le contexte particulier de cette clientèle vulnérable aux besoins spécifiques requiert de la part du gestionnaire des habiletés interpersonnelles et des compétences professionnelles pointues pour maintenir un environnement de vie digne et décent à nos ainés.

En 2012, l’Ordre des Adm.A., soit des administrateurs agréés, présentait un mémoire à l’Office des professions pour que la gestion de ces centres soit confiée à des membres de l’Ordre. Il y était recommandé que le gestionnaire le plus élevé dans la hiérarchie soit obligatoirement encadré par le système professionnel. En d’autres mots, que cette gestion soit un acte réservé à des professionnels qui en ont les compétences et l’expertise. De plus, de par sa mission et sa constitution, un ordre professionnel est un organisme d’autorégulation par les pairs. Conséquemment, dans la gestion des CHSLD, l’encadrement du travail effectué par le professionnel, ici le gestionnaire du centre, serait directement fait par l’Ordre, sans alourdir le système de santé déjà congestionné.

Cette proposition, toute simple, permettrait-elle d’encadrer efficacement et d’améliorer l’imputabilité des gestionnaires, sans alourdir inutilement un système de santé déjà paralysé par sa lourdeur bureaucratique ? Nous croyons fortement que oui.

Le Collège des médecins, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec et l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec ont émis 31 recommandations* au ministère de la Santé (MSSS), dont quatre s’attardent spécifiquement à la gestion. Le comité d’enquête recommande au MSSS de s’assurer que les gestionnaires détiennent les compétences requises pour administrer ce type d’établissement, notamment en revoyant les règles entourant la délivrance de permis pour l’exploitation d’un CHSLD privé et en prenant les mesures nécessaires pour veiller à l’application de ces nouvelles règles. À ceci, nous répondons que ce travail est fait au quotidien par les 46 ordres professionnels au Québec.

Ce même comité d’enquête recommande de développer un référentiel de compétences spécifiques aux gestionnaires en CHSLD, qu’il soit public ou privé. L’Ordre des Adm.A. répond qu’il faut d’abord et avant tout un référentiel de compétences pour les gestionnaires, ce que l’Ordre a développé et implanté depuis longtemps, et qu’il faut ensuite en préciser les spécificités de la gestion des résidences pour personnes âgées.

Finalement, le comité recommande de confier les responsabilités du traitement des plaintes des CHSLD privés aux commissaires aux plaintes et à la qualité des CISSS et des CIUSSS du territoire concerné. L’Ordre des Adm.A. répond que le système professionnel dispose déjà d’un ensemble de mécanismes fiables lui permettant depuis longtemps d’assumer cette responsabilité.

En tant qu’être humain, les événements nous ont bouleversés. Et à titre d’ordre professionnel consacré à la gestion et à la gouvernance, le sujet nous interpelle tout autant, nous, les administrateurs agréés. 

Le gouvernement souhaite donner plus de pouvoirs d’intervention aux établissements de santé, et ajouter un cadre législatif est probablement un pas dans la bonne direction pour assurer des soins de proximité et soulager le fardeau actuel du système de la santé. Toutefois, pour améliorer la fameuse imputabilité des gestionnaires, il est devenu évident que certaines pratiques de gestion doivent impérativement être revues.

Les gestionnaires Adm.A. sont encadrés et inspectés. Leur code de déontologie est clair: le gestionnaire doit détenir les compétences nécessaires pour accepter un mandat.

Comme société, il est impératif que nos ainés soient soignés et considérés avec dignité. Des gestionnaires compétents et encadrés font partie de la solution. Passons à l’action.

* Rapport d’enquête conjoint du Collège des médecins, de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec et de l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec.