Frustrant et inquiétant

Le déraillement partiel d’un convoi d’une dizaine de wagons à un passage à niveau de la route 161 à Nantes, samedi dernier, qui serait attribuable au mauvais état de la voie ferrée, tout comme un récent rapport sur le piètre état des rails entre Farnham et Lac-Mégantic, soulève des questions sur l’imputabilité de la compagnie Central Maine & Quebec Railway (CMQR) et le degré de supervision de Transports Canada sur le secteur ferroviaire.

Et aussi de l’inquiétude chez les citoyens et les élus locaux, même si cet accident n’a fait ni blessés ni dégâts.

Il est aberrant, six ans après le déraillement d’un convoi pétrolier de la Montreal, Maine & Atlantic Railway (MMA), qui avait fait 47 morts et détruit une bonne partie du centre-ville de Lac-Mégantic, que l’on soit encore aux prises avec des rails en mauvais état alors que la population se remet à peine des séquelles psychologiques de cette tragédie.

La situation est d’autant plus aberrante qu’un rapport de Transports Canada remis à CMQR en mai dernier indiquait que le nombre de rails défectueux avait doublé de 2015 à 2018 sur le tronçon Farnham/Lac-Mégantic, passant de 115 à 253.

Selon les propos de l’inspecteur Jean-René Gagnon, rapportés dans La Tribune du 17 août, cette situation risquait de compromettre la sécurité ferroviaire de « façon imminente ». Des réparations immédiates ou l’application de restrictions de vitesse étaient nécessaires, avait-il prévenu dans son rapport.

La compagnie affirme avoir procédé aux réparations à la suite du rapport. Tant mieux.

Il est néanmoins stupéfiant de voir son porte-parole déclarer à La Tribune que l’état des rails n’avait rien à voir avec la qualité de l’entretien de la voie ferrée et que « ça adonne que c’est comme ça cette année, ça va peut-être être moins élevé l’an prochain ».

La Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic dénonce depuis des années le mauvais entretien des rails avec le sentiment de ne jamais être prise au sérieux.

Transports Canada semble se fier au bon vouloir de CMQR, alors que plusieurs chercheurs et spécialistes, dont le juriste et professeur Bruce Campbell (auteur de : The Lac-Mégantic Rail Disaster : Public Betrayal, Justice Denied), jugent que le système d’autorégulation des compagnies de chemin de fer favorise le laxisme en matière d’entretien et de sécurité et que Transports Canada a abdiqué de ses responsabilités.

Résultat : la population et les élus ont le sentiment que bien peu de choses ont bougé depuis 2013 et qu’Ottawa et CMQR se traînent les pieds lorsque l’on porte à leur attention le mauvais état de la voie ferrée.

Transports Canada ne peut avoir des yeux partout, mais devant les explications pour le moins évasives de CMQR, on se serait attendu à ce que le ministre Marc Garneau adresse un blâme sévère à la compagnie et s’engage à régler le problème une fois pour toutes.

La construction d’une voie de contournement d’ici 2022, longtemps réclamée par les élus et la population, et l’annonce toute récente du déplacement de la gare de triage de Nantes au parc industriel de Lac-Mégantic, constituent une avancée importante pour la sécurité et il faut en féliciter le gouvernement fédéral.

Malheureusement, cela ne change rien aux problèmes de rails en mauvais état.

On ne peut se contenter d’interventions ponctuelles, et parfois urgentes, sur un réseau ferroviaire où circulent des trains transportant des matières dangereuses.

Les citoyens et les élus attendent un engagement ferme de la part de Transports Canada et de CMQR pour remettre les rails à niveau et assurer leur sécurité à long terme. 

Mais, surtout, Transports Canada doit mieux faire respecter ses lois et ses règlements sur la sécurité ferroviaire.

Opinions

Pourquoi nous serons en grève le 27 septembre

POINT DE VUE / Les impacts de la crise climatique et environnementale sur la santé publique commencent à être bien documentés : augmentation des maladies pulmonaires, de celles transmissibles par les insectes et tiques, de la mortalité due à la pollution et à la hausse des événements météorologiques extrêmes (ouragans, canicules et feux de forêt, pour ne nommer que ceux-ci), etc.

Mais plus encore : ici comme ailleurs, les personnes les plus vulnérables sur les plans économique et de la santé sont, et de loin, les premières victimes. La canicule de 2018, qui a causé plus d’une centaine de décès au Québec, en est une douloureuse illustration. Selon le bilan fait par la Direction de la santé publique de Montréal, les victimes furent des personnes âgées de 65 ans et plus (au deux tiers), vivant seule; au prise avec une maladie chronique (66 % des victimes); des personnes vivant avec un trouble de santé mentale (notamment de schizophrénie : 18 % des victimes); ou encore avec des problèmes liés à la consommation d’alcool et de drogues. Et la grande majorité résidait dans des milieux défavorisés, où l’on trouve l’essentiel des îlots de chaleur en zone urbaine. Il en fut de même pour les victimes dans les autres villes du Québec, telles Sherbrooke et Trois-Rivières. Rappelons que le même constat avait été fait lors de la canicule de l’été 2010, qui occasionna près de 300 décès et 3400 admissions aux urgences au Québec!

Essentiellement donc, on parle de personnes vulnérables, sans soutien ni aide suffisante, en bonne partie en raison de la dégradation du système public de santé et services sociaux. Les coupures drastiques dans les budgets et les désorganisations du réseau, par les réformes ayant accompagné les plans d’austérité, ont accru l’isolement et la vulnérabilité de nombreuses personnes et les ont privés de soins et de soutien. Les choix budgétaires ont ainsi accru la sévérité des impacts de la crise climatique. Et les impacts disproportionnés sur certains groupes, comme les femmes, n’est pas à oublier. Entre autre car elles sont majoritaires comme travailleuses du réseau de la santé et des services sociaux, et comme proche aidantes.

Ces dégâts, les groupes communautaires autonomes en santé et services sociaux les constatent tous les jours, et dans toutes les régions du Québec. Véritable laboratoire de participation citoyenne où se développe les approches d’intervention les plus innovantes, les groupes communautaires en santé et services sociaux travaillent avec et viennent en aide aux personnes malades et vulnérables. Ils ne peuvent rester inactifs devant les défis que posent les bouleversements climatiques et environnementaux.

C’est cependant la responsabilité du gouvernement d’agir pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, et réinvestir massivement dans les soins de santé et programmes sociaux accessibles, publics, universels, gratuits et adaptés aux bouleversements climatiques et environnementaux et soutenir financièrement les groupes communautaires. Dans un contexte de surplus budgétaires faramineux, l’État peut et doit agir vigoureusement.

C’est pour transmettre ces messages que l’équipe de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles, appuyée par son conseil d’administration, sera en grève et participera aux manifestations le 27 septembre prochain! La Table invite ses 44 regroupements membres, et les 3000 groupes communautaires qu’ils rassemblent, à faire de même en se joignant à cette action historique.


Odile Boisclair 
Présidente du Conseil d’administration de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles et directrice générale de L’R des Centre de femmes du Québec


La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Opinions

Sur le plagiat au cégep

POINT DE VUE / La nouvelle culture mondiale de la Toile et des réseaux sociaux retentit indirectement sur les cultures nationales de l’enseignement public, comme de toute fonction sociale de reproduction, institution innervée dans les rets de la Toile et des réseaux sociaux où la privauté, sous couvert d’anonymat affiché, la liberté individuelle, les normes sociales de l’évaluation, de la qualification, du fonctionnement de la justice sociale sont dévoyées et mises à mal.

Aussi le Cegep (le corps enseignant et l’administration) serait dans son bon droit, à cette échelle impérativement, de s’inscrire en faux contre ces modalités du plagiat.

Précisons. Cette novlangue de la culture mondiale sous-tend le cas de plagiat, « phénoménal », « très complexe et très étendu » les téléchargements des fichiers de toutes informations dans toutes les disciplines et les terminaux qui les décryptent présentent cette abolition des distances comme une économie dématérialisée où le sujet-corps de l’auteur, soit de tout internaute, sombre dans l’anonymat, la déresponsabilisation. Par exemple, cette menace plane sur les métiers du livre, instruments séculaires de la diffusion de l’échange, de l’édification de la culture, comme sur les métiers de l’enseignement.

La culture transmise par l’École est un fait social. Or l’Autre, l’absence des interlocuteurs de Facebook et de Twitter, laisse isolé dans sa bulle l’internaute. Qui dit quoi? À qui? Dans quelles circonstances concrètes? En quelle situation? La dissertation philosophique est un acte social du sens critique, soumis à la lecture, au jugement d’un autre explicite, qui existe. Quand je ponctionne ici ou là telle ou telle donnée du fichier, une phrase ou un paragraphe, un tout fait, je transfère, sans vraiment comprendre, je signe et je triche. Dans la logique actuelle de la circulation Internet, ce décrochage du réel dilue la personne, le droit d’auteur, libéralise - car tout est permis, tout est possible - libéralise l’échange, le vol, le pillage, le piratage, émousse abolit le sens critique dont c’est précisément l’objet de la formation en philosophie. Cette défense acquise le plus tôt serait le mieux, chez tout jeune aguerri.

Il s’agit donc de mesurer la tâche bien concrète, immédiate du cégep et notamment de la classe de philosophie, à rebours, contre la pression de ce vaste courant de la nouvelle culture alimentant, banalisant le plagiat.

Pierre Sallenave et André Gauthier
Enseignants retraités de français aux cégeps de Champlain-Lennoxvile et Granby-Haute-Yamaska 

Opinions

Secteurs à risque

ÉDITORIAL / La mort tragique de deux garçons dans la jeune vingtaine sur la route 112 à Ascot Corner, au début du mois, a cruellement jeté la lumière sur la dangerosité de ce secteur et le problème des excès de vitesse.

Elle nous force aussi à une réflexion sur la diminution des limites de vitesse sur certains tronçons routiers, la reconfiguration des endroits à risque et les comportements imprudents de nombreux automobilistes.

Christophe Thivierge et Dominic Lemieux-Richard, deux musiciens de la région de Québec, ont péri lors d’une collision frontale survenue en plein après-midi sur une chaussée mouillée.

Cet accident, sous enquête de la Sûreté du Québec, a aussi fait des blessés.

Il a suscité une levée de boucliers chez les citoyens et les élus de cette municipalité qui se disent témoins depuis plusieurs années de nombreux accidents.

En 2013, un autre face-à-face qui s’était produit dans le même secteur d’Ascot Corner avait fait deux morts; une autre collision, en 2016, cette fois à Weedon, avait entraîné le décès d’une personne, toujours sur la 112.

Depuis 2014, les pompiers ont dû intervenir des dizaines de fois sur ce tronçon de la 112 pour dégager des personnes prisonnières de leur véhicule à la suite d’une collision.

Ces données donnent froid dans le dos et illustrent une situation inadmissible.

Et cela vient malheureusement rappeler plusieurs autres accidents graves survenus sur d’autres routes de la région.

À la fin août, par exemple, une femme a été grièvement blessée lors d’une collision entre une motocyclette et une camionnette aux feux clignotants de l’intersection des routes 220 et 249, dans le secteur de Saint-Élie, un endroit connu pour les excès de vitesse.

Selon les policiers le conducteur de la camionnette avait omis d’effectuer son arrêt obligatoire.

Quelques semaines plus tôt, une autre collision était survenue au même endroit.

Selon les données du ministère des Transports du Québec (MTQ), une trentaine d’accidents se sont produits dans ce secteur entre 2010 et 2018.

Là aussi, citoyens et élus dénoncent la dangerosité de cette intersection.

Heureusement, le MTQ ne reste pas les bras croisés.

Ainsi, à compter du 1er octobre la limite de vitesse sera diminué de 90 à 70 km/h sur un tronçon de 5,6 kilomètres de la route 112, entre le chemin Talbot, à Ascot Corner, et l’intersection de la route 214, à Westbury.

Le ministère entend également mener une étude sur une portion de 9 kilomètres de la 112 entre le chemin Biron et la route 214 en vue d’améliorer la sécurité.

Il en va de même pour ce qui est de l’intersection des routes 220 et 249 : le MTQ abaissera la limite de vitesse de 90 à 70 km/h.

Malheureusement, la diminution des limites de vitesse ne constitue pas à elle seule une mesure suffisante pour réduite le nombre de collisions.

Dans le cas de l’intersection des routes 220 et 249, le MTQ étudie la possibilité d’installer des feux de circulation, un carrefour giratoire ou encore de déplacer l’intersection.

Il faut saluer cette initiative, mais on peut se demander pourquoi on a attendu si longtemps puisque le problème des excès de vitesse et de l’augmentation du volume de circulation dans ce secteur, en raison du développement immobilier, est connu depuis plusieurs années.

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à une collision : les excès de vitesse, première cause de mortalité routière, l’inattention, une mauvaise configuration des routes et des intersections ou encore une augmentation importante du volume de circulation sur une route qui n’était pas conçue pour cela au départ.

Le MTQ doit passer à l’action plus rapidement pour améliorer la sécurité routière en Estrie.

De nombreux citoyens et élus se feraient d’ailleurs un plaisir de lui signaler les endroits à risque.

Opinions

Et si la solution aux chiens dangereux se trouvait ailleurs?

Le 15 mai, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, présentait un projet de règlement concernant la Loi visant à favoriser la protection des personnes par la mise en place d’un encadrement concernant les chiens. Un projet de règlement salué par tous, dont le RQIEC, puisque la sécurité publique est un enjeu prioritaire (...).

Toutefois, considérant que le gouvernement adoptera prochainement son nouveau règlement en raison de la fin de la période de consultations, il nous apparaît primordial de réitérer notre avis professionnel à l’effet que le projet de règlement ne solutionne pas de manière totalement adéquate le problème des morsures de chiens.

Un propriétaire de chien qui sait reconnaître les signaux que son animal émet lors de situations de stress aura les connaissances pour éviter les accidents. Les parents qui savent qu’on ne laisse jamais un enfant s’approcher d’un chien inconnu sauront éviter les situations risquées (...) Or, l’ensemble de ces comportements visant à prévenir les morsures ne sont pas innés; ils découlent d’apprentissages et de connaissances qui s’acquièrent avec le temps et les enseignements d’un bon intervenant en éducation canine.

Sachant cela, est-il toujours opportun de croire que la sécurité du public repose à elle seule sur l’adoption d’un règlement et de mesures punitives? Non! Si nous visons à réduire les morsures, il faut travailler en amont et favoriser l’éducation et la sensibilisation. Il est également important d’encourager les saines habitudes d’éducation et d’encadrement des chiens, notamment en promouvant les cours avec des experts en éducation canine reconnus et en interdisant l’utilisation d’outils aversifs, incluant certains colliers provoquant de la douleur aux chiens. De tels équipements peuvent, dans bien des cas, occasionner d’autres problèmes comportementaux beaucoup plus graves comme les comportements reliés à de la peur, de l’évitement et même de l’agressivité.

En ce sens, il est primordial de revoir l’encadrement prévu actuellement afin qu’il favorise les méthodes d’éducation éthiques. Nous souhaiterions également que ce dernier ne relègue pas le travail des intervenants en éducation canine au second plan puisque les éducateurs qui sont à jour dans leurs connaissances, sont les mieux placés afin d’éduquer les propriétaires et leurs chiens ainsi que renseigner le public sur la façon d’interagir avec nos compagnons à quatre pattes.

Les chiens font partie de manière intégrante de notre société depuis des millénaires et pourtant, beaucoup de travail d’éducation reste encore à faire afin que la cohabitation soit harmonieuse et sécuritaire. Les membres du RQIEC possèdent l’expertise dont la société a besoin (...) Leur accorder le temps et les ressources nécessaires est essentiel à ce projet. Une fois cela en main, les éducateurs pourront réellement travailler à réduire le nombre de morsures au Québec. 

Simon Gaudreault
Intervenant en éducation canine et président du
Regroupement québécois des intervenants en éducation canine (RQIEC)

Pierre Jury

Un «blackface» qui profite du vide

ÉDITORIAL / Justin Trudeau a passé la journée d’hier à tenter de se défaire de l’ombre du politicien raciste qui vient avec l’étiquette du «blackface», ce maquillage utilisé pour parodier les Noirs au XIXe et XXe siècle, particulièrement aux États-Unis. Il est aujourd’hui considéré irrespectueux et offensif, et ce n’est pas une surprise si des médias américains se sont lancés sur cette histoire.

Le Canada n’a pas la même histoire de discrimination que les États-Unis, mais il en a une malgré tout. Mais toutes les histoires de blackface n’y résonnent pas comme chez nos voisins du Sud. Et le Québec ne réagit pas du tout...

L'actualité selon Jean Isabelle

L'actualité selon Jean Isabelle

Opinions

Vingt-deux heures d’attente avant de rencontrer un médecin

OPINIONS / Voici ce qui est arrivé il y a quelques jours à la salle d’urgence de l’hôpital de Shawinigan.

Une dame a attendu quelque 22 heures avant de rencontrer un médecin, soit durant la période du vendredi 13 septembre à compter de 11 h, jusqu’au samedi 14 septembre à 9 h. Quant à moi, je me suis présenté à l’urgence à 13 h. J’ai aussi attendu jusqu’au lendemain 9 h avant de rencontrer un médecin, soit une attente de 20 heures. Il en a été de même pour tous les autres patients qui ne présentaient pas une condition dite «critique».

L'actualité selon Jean Isabelle

L'actualité selon Jean Isabelle
Jean Isabelle

Opinions

Le Vieux Clocher de Magog derrière La Tribune

La Tribune accompagne le Vieux Clocher de Magog depuis plus de quarante ans. Elle est indispensable au monde de la culture en région pour l’information, la promotion et la critique. La Tribune contribue comme aucun autre média à l’essor des arts de la scène et au développement des artistes de notre communauté.

La Tribune favorise la curiosité de ses lecteurs, participe à la vie culturelle qui nous rassemble et nous fait vivre tellement de grands moments d’émotions et d’enrichissements. 

Toute l’équipe du Vieux Clocher de Magog est derrière La Tribune. Nous tenons à exprimer haut et fort notre soutien inconditionnel et nous continuerons à utiliser La Tribune comme premier messager de notre offre culturelle. Nous demandons à tous les intervenants culturels de s’impliquer pour que La Tribune demeure NOTRE journal du petit matin.

Bernard Y Caza
Le Vieux Clocher de Magog

Pierre Jury

Une guerre en vue au Québec

ÉDITORIAL / Après avoir « réglé » la question de la laïcité au Québec, le gouvernement de François Legault s’en prendra prochainement aux commissions scolaires. Ce n’est pas une surprise, car cela faisait partie du programme de la Coalition avenir Québec, mais le moment choisi est particulièrement mauvais.

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, avait commandé en janvier dernier une étude sur des malversations concernant la Commission scolaire English-Montreal. Des éléments du rapport, publié la semaine dernière, font mention de contournements au processus d’appel d’offres, de livraisons de contrats de plus de 100 000 $ de gré à gré, d’« extras » versés sans justification, etc. Le bilan est lourd et s’inscrit dans une durée de plus de 10 ans.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Patrick Duquette

Equifax: erreur sur la personne

CHRONIQUE / Deux dames de Gatineau aux noms presque identiques, Joanne Bertrand et Johanne Bertrand, ont vécu une mésaventure pour le moins inusitée. La firme Equifax a confondu leurs dossiers de crédit et transmis à l’une des informations confidentielles destinées à l’autre.

Troublant, vous dites? Surtout quand on sait qu’Equifax est cette même firme appelée à la rescousse l’été dernier, afin de mieux protéger les dossiers de crédit des millions de membres du Mouvement Desjardins touchés par une fuite de données personnelles.

Chronique

La place de Legault n’est pas dans la rue

CHRONIQUE / La place du premier ministre du Québec n’est pas dans la rue. François Legault n’a pas à participer à la grande mobilisation du 27 septembre aux côtés de la militante écologiste Greta Thunberg, comme le réclame Québec solidaire. Lui et son gouvernement ne doivent pas être dans la représentation, mais dans l’action — dans une véritable et forte action.

C’est tellement vrai que, dans un autre contexte, l’annonce de sa présence aurait été vue par plusieurs comme une façon pour lui de chercher à récupérer à son profit la cause de l’urgence climatique. Si M. Legault avait annoncé qu’il prendrait part à cette grande marche avant que la solidaire Manon Massé le somme d’y être, celle-ci n’aurait d’ailleurs pas été la dernière à l’accuser de vouloir se faire du «capital politique».

Ne soyons pas naïfs : s’il y allait, ce serait dans l’espoir de servir ses propres intérêts politiques. 

Or, ce qui est essentiel pour nous tous, que l’on soit d’ici ou d’ailleurs, c’est l’instauration de politiques et de mesures vigoureuses de lutte contre les changements climatiques.

De l’action

Ce que l’on attend du premier ministre du Québec, comme des autres chefs de gouvernement et leaders du monde, ce sont des lois et de vraies mesures de lutte.

Il est là le boulot de M. Legault, ainsi que celui de son gouvernement — si l’on s’en tient au Québec. C’est là-dessus qu’ils doivent œuvrer. C’est là-dessus qu’ils devront être jugés. Pas sur le fait que le premier ministre québécois marchera ou pas dans la rue le 27 septembre.

On n’attend pas des postures de sa part. On n’attend pas de la communication. On n’attend pas une belle image un vendredi de septembre. On attend de l’action.

Dans l’évaluation qui devra être faite des politiques du gouvernement Legault pour répondre à l’urgence climatique, mentionnons entre autres la réforme du Fonds vert, le plan de gestion des matières résiduelles que son ministre Benoit Charette présentera d’ici la fin de l’année, ainsi que le plan de lutte contre les changements climatiques, qui sera dévoilé au début de l’année prochaine. Pour réellement viser une réduction de 37,5 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, ce plan devra nécessairement être costaud.

Secondaire

La suspension de tous les travaux parlementaires le 27 septembre est une question secondaire. Car l’Assemblée nationale n’aurait pas perdu grand-chose en accédant à cette demande de Québec solidaire, puisqu’il y a très peu d’activités parlementaires le vendredi — et qu’aucune n’est encore programmée pour cette journée.

Cela dit, en ne les suspendant pas, on ne clouera pas beaucoup d’élus sur place, puisque très peu d’entre eux seront retenus par l’activité ou les activités qui pourraient être programmées d’ici là. Le vendredi est une journée beaucoup plus tranquille que d’autres au Parlement québécois. La très grande majorité des élus sont dans leur circonscription ce jour-là, même lors des semaines où ils siègent.

Pour ce qui est des manifestations du 27 à proprement parler, la présence du ministre québécois de l’Environnement, d’autres ministres et de députés suffira largement pour la représentation gouvernementale québécoise. Plus que cela, c’est-à-dire en présence du premier ministre Legault lui-même, on glisserait dans une manœuvre politicienne.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

La caricature de Côté

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André-Philippe Côté

Opinions

L'éducation au privé : travail sous pression

Il a beaucoup été question au cours des derniers jours de la rentrée scolaire et collégiale dans le réseau public et des défis qui attendent le personnel.

Cependant, on a bien peu parlé de l’autre rentrée, celle qui se déroule dans le réseau des écoles et collèges privés. Pourtant, là aussi, l’année risque d’être exigeante pour le personnel.

Parce que l’idée que ça irait mieux au privé qu’au public est certainement un mythe en ce qui concerne le personnel. Vu de l’intérieur, les conditions de travail des enseignantes et enseignants, du personnel professionnel, comme du personnel de soutien sont aussi très exigeantes.

Des maux malheureusement partagés

Travailler dans un établissement privé ne vous met malheureusement pas à l’abri des maux qui accablent trop de collègues du secteur public. La pénurie de personnel, la surcharge de travail, la détresse vécue au quotidien, les emplois précaires, le manque de valorisation et de reconnaissance sont également le lot d’une bonne part de celles et ceux qui œuvrent dans le secteur privé.

Les travailleuses et travailleurs du privé subissent même une pression supplémentaire en raison de la concurrence à laquelle ils doivent faire face dans le milieu où ils évoluent. La clientèle étudiante d’un établissement privé n’est jamais assurée. Les enseignantes et enseignants sont constamment incités à être plus performants et innovants puisque l’on fait retomber sur leurs épaules une partie du fardeau de l’attractivité de l’institution.

Un dilemme supplémentaire

Le dilemme des travailleuses et travailleurs du privé est d’autant plus difficile qu’ils doivent subir en silence le poids de leurs conditions de travail, de peur de nuire à la réputation de l’établissement, et donc à leur gagne-pain. Malgré ces exigences importantes, ces enseignantes et enseignants, ces professionnelles et professionnels, ainsi que ces membres du personnel de soutien assument avec compétence et loyauté leurs tâches parce qu’ils ont à cœur la réussite des élèves et des étudiantes et étudiants.

Comme leurs collègues du secteur public, ces acteurs de l’éducation du privé méritent grandement, eux aussi, notre respect et notre appui. Ils accomplissent chaque jour leur importante mission éducative auprès de nos jeunes. Ils font la différence dans la vie de milliers d’élèves et d’étudiantes et étudiants.

Ils peuvent être fiers de ce qu’ils réalisent.

Souhaitons-leur une bonne année professionnelle!


Stéphane Lapointe 
Président de la Fédération du personnel de l’enseignement privé (FPEP-CSQ)

Opinions

Enjeux régionaux

ÉDITORIAL / D’ici le scrutin du 21 octobre, les chefs des principaux partis politiques fédéraux se prononceront sur de nombreux dossiers nationaux et régionaux.

La région de l’Estrie attend des positions claires sur plusieurs enjeux qui la touchent au quotidien, notamment la sécurité ferroviaire, le logement social, l’environnement et la pénurie de main-d’œuvre.

Depuis la tragédie de Lac-Mégantic, en juillet 2013, la sécurité ferroviaire et le mauvais état des voies ferrées entre Farnham et Lac-Mégantic sont source d’inquiétude –

et bien souvent de colère — au sein de la population et chez plusieurs élus en raison d’une impression de laisser-aller de la part de Transports Canada et des compagnies ferroviaires.

Il est anormal que des citoyens sentent le besoin de procéder eux-mêmes à l’inspection des voies ferrées pour ensuite alerter les autorités lorsqu’ils observent des anomalies.

Et, preuve que rien ne bouge, ou si peu, la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic, avec l’appui subséquent de la municipalité de Nantes et du comité de citoyens de Deauville-Magog, a acheminé une mise en demeure au ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, pour que cesse immédiatement le transport de matières dangereuses sur le tronçon Farnham/Lac-Mégantic tant que des réparations ne seront pas effectuées.

Un récent rapport d’inspection de Transports Canada faisant état de risques pour la sécurité sur cette voie ferrée, suivi du déraillement partiel d’un convoi, à Nantes en août, ont eu raison de la patience des citoyens.

Il est impératif que les chefs politiques disent clairement ce qu’ils entendent faire pour améliorer l’entretien des voies ferrées et responsabiliser les compagnies ferroviaires.

Le logement social est également un domaine où les choses semblent traîner en longueur : malgré les besoins criants dans plusieurs régions, Québec et Ottawa n’ont toujours pas conclu d’entente bilatérale sur le logement alors que les fonds ont été annoncés il y plus de 20 mois.

L’Association des locataires de Sherbrooke et l’Office municipal d’habitation plaident pour un réinvestissement dans le logement social alors que 800 ménages sont sur une liste d’attente à Sherbrooke.

Les chefs de partis devront démontrer qu’ils prennent la chose au sérieux et s’engager à régler le dossier avec Québec.

Les politiciens ne pourront pas non plus faire l’économie du dossier de la pénurie de main-d’œuvre, un phénomène complexe qui touche l’ensemble des régions.

La lutte au décrochage scolaire, le perfectionnement de la main-d’œuvre, la formation et la francisation des immigrants et la rétention des travailleurs expérimentés font partie de la solution.

Il y a urgence : des milliers de postes sont à pourvoir uniquement en Estrie et nombre d’employeurs doivent refuser des contrats ou ralentir leurs projets d’expansion.

Autre dossier majeur pour la région : le projet de liaison ferroviaire pour passagers Montréal-Sherbrooke de l’homme d’affaires François Rebello.

Ce dossier, loin d’être ficelé et nécessitant la réfection complète des voies ferrées, permettrait de réduire la circulation automobile sur l’autoroute 10 et les émissions de gaz à effet de serre.

La Ville de Sherbrooke a récemment appuyé le dépôt d’un projet de mise à niveau de la voie ferrée de 300 millions $ au Fonds national des corridors commerciaux de Transports Canada. C’est un premier pas.

Jusqu’ici, seul le Nouveau Parti démocratique (NPD) s’est dit en faveur d’une contribution fédérale au projet de train de passagers. On aimerait donc entendre les autres partis politiques se prononcer.

La crise financière que traversent les six quotidiens membres du Groupe Capitales Médias (GCM), qui voient leurs revenus publicitaires péricliter au profit des géants du web, nécessite une solution rapide impliquant les gens des régions.

Cela doit interpeller les candidats des différents partis politiques.

Ce ne sont pas seulement des entreprises qui sont en péril, mais la survie même de l’information régionale.  

Point de vue

Des moteurs de croissance: pour assurer notre vitalité

POINT DE VUE / En prévision des élections fédérales qui se tiendront le 21 octobre, le Conseil du patronat du Québec partage ses priorités et ses réflexions sur divers enjeux dans une série de lettres ouvertes.

Alors que les élections fédérales sont officiellement lancées, le CPQ tient à rappeler aux partis l’importance de s’engager à mettre en place les mesures nécessaires pour assurer des conditions qui permettront une accélération tangible des moteurs de croissance, que sont l’entrepreneuriat, l’innovation, l’internationalisation, la diversification et une meilleure intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Dans le contexte d’une économie mondiale à la trajectoire incertaine au cours des prochaines années, il est nécessaire de donner à l’ensemble de nos entreprises la capacité de se développer et de s’adapter pour assurer une croissance économique durable. 

À ce chapitre, le CPQ souligne certains domaines qui doivent bénéficier d’une attention particulière : 

Innovation et recherche

Il est indéniable que les entreprises doivent tout mettre en œuvre pour améliorer leur productivité et leur compétitivité. Ceci passe, entre autres, par de l’innovation et des investissements en R-D. Les grandes entreprises jouent un rôle de premier plan à ces égards. Une étude du CPQ a démontré qu’entre 2015 et 2017, 75% des grandes entreprises canadiennes ont introduit une innovation en matière de produits ou procédés, basée sur des données de Statistique Canada. Ainsi, plus il y a de ressources consacrées en R-D, plus grande sera la probabilité d’observer des percées technologiques dont les retombées bénéficieront à l’économie dans son ensemble. Or, les dépenses en R-D ont diminué considérablement au cours des dernières années. Pour renverser la vapeur, le gouvernement fédéral doit, par exemple, renforcer le crédit d’impôt pour la R-D, en le rendant remboursable pour les grandes entreprises. Ces crédits d’impôt pourraient aussi être renforcés pour fournir les incitatifs à la R-D en environnement, dans les technologies propres et dans les énergies renouvelables. Il faut aussi simplifier et accélérer les processus administratifs reliés à ces crédits d’impôt. 

Productivité

Un des défis majeurs pour notre économie, dans un contexte de mondialisation, est celui d’accroître la productivité de nos entreprises, ce qui passe par des investissements majeurs et des mesures d’accompagnement pour les employeurs. L’amélioration de l’accessibilité à un service Internet haute vitesse et la création de supergrappes, annoncées par le fédéral, sont de bonnes initiatives, mais il faut aller au-delà et s’assurer la mise en œuvre de stratégies plus concrètes au bénéfice de la productivité. Tout ceci passe aussi par l’accessibilité à une main-d’œuvre en quantité suffisante et adaptée aux besoins du marché de l’emploi, qui soit dotée des compétences nécessaires de base en numératie et littératie. 

De toutes tailles

Afin de renforcer les assises de l’économie nationale, il faut valoriser autant les petites et moyennes entreprises, qui représentent la très grande majorité de notre tissu économique, que les grandes. Ainsi, le CPQ considère que les partis doivent s’engager à mettre en place les conditions nécessaires pour attirer ces grandes entreprises, les garder et assurer leur compétitivité, et ce pour attirer des filiales étrangères qui investissent de manière tangible au pays, pour encourager le développement de coopératives, ou, et surtout, pour s’assurer de maintenir ici les sièges sociaux de grandes entreprises créatrices d’emplois bien rémunérés. De plus, la présence des grandes entreprises permet de favoriser l’émergence et la croissance de petites entreprises. Celles-ci, en retour, peuvent permettre aux grandes entreprises de diversifier leurs sources d’approvisionnement et d’innovation.

Commerce extérieur

La diversification des marchés internationaux est devenue un facteur fondamental de la stabilité économique du Canada, notamment dans le contexte actuel de protectionnisme croissant, surtout du côté américain. Il faut toutefois admettre que les États-Unis demeureront un partenaire commercial majeur. Il faudrait par ailleurs accompagner les entreprises afin qu’elles puissent tirer profit des débouchés découlant des nouveaux accords de libre-échange. Ceci passe entre autres par l’information et par une cohérence et une coordination de la présence des ressources gouvernementales à l’étranger. Aussi les associations qui représentent les entreprises et qui connaissent bien leurs réalités doivent avoir les ressources nécessaires pour les accompagner.

Si on apprécie les mesures adoptées dans le secteur de l’acier et de l’aluminium, il demeure que le secteur des produits forestiers nécessite quant à lui des actions urgentes. Le prochain gouvernement devrait les mettre en haut de sa liste de priorités. 

Conclusion

Se doter de bases solides pour assurer la vitalité économique du pays demande des actions concrètes et ce, dès maintenant. En s’engageant à agir rapidement pour permettre l’accélération des moteurs de croissance, les partis feront la démonstration qu’ils ont le bien-être de l’ensemble des citoyens à cœur.

Jean-Marc Salvet

L’imprévu, roi des campagnes

CHRONIQUE / Malgré tous les beaux plans de départ, une campagne électorale, c’est toujours le règne de l’imprévu. Voilà que les chefs fédéraux devront se commettre d’ici le jour des élections sur une question on ne peut plus délicate, celle d’un véritable élargissement de l’aide médicale à mourir. Ou balayer par devant. Ce dossier ne figurait pas sur leur table de travail.

Mercredi, la Cour supérieure du Québec a déclaré trop restrictifs et discriminatoires les critères d’admissibilité des lois fédérale et provinciale sur l’aide médicale à mourir. Les critères visés sont fondés sur une mort «raisonnablement prévisible» dans le Code criminel canadien et sur le fait d’être en «fin de vie» dans la loi québécoise.

Si l’éventuel élargissement des conditions d’admissibilité est une question délicate, c’est d’abord parce qu’elle a des implications majeures. Elle touche au rapport intime que nous entretenons, chacun de notre côté, avec la vie et la mort. «Chacun de notre côté» comprend bien évidemment nos responsables politiques.

Délicate, ensuite, parce que sur un sujet comme celui-là, les états-majors des partis peuvent difficilement — et c’est tant mieux — s’en remettre à un simple calcul d’«opportunité politique». Autrement dit, leur évaluation ne peut pas et ne pourra pas se baser avant tout, comme c’est malheureusement trop souvent le cas, sur les points qu’ils espéreraient récolter ou ceux qu’ils craindraient de perdre dans l’opinion publique.

Ça ne sera pas possible, puisque chaque parti, sur une question comme celle-là, n’a pas le choix de prendre le pouls de ses députés, de faire entendre une sorte de consensus interne — même si les votes sur ces sujets sont généralement «libres» au bout du compte.

En pleine campagne électorale, il faudrait pouvoir idéalement y ajouter les candidats qui parcourent les circonscriptions. Mais les directions des formations politiques ne pourront pas aller jusque-là.

Cela pour dire que les états-majors des partis sont et seront bien loin ici du simple calcul d’opportunité politique.

Évolution à venir

Pour le gouvernement du Canada, comme pour celui du Québec, la tentation d’interjeter appel est très forte, il faut le savoir. Pas nécessairement pour refuser toute évolution future, mais pour gagner du temps; pour lancer une réflexion de fond — quitte à laisser tomber la procédure d’appel en cours de route.

Au Québec, une réflexion a déjà été lancée, mais à partir du seul angle d’un élargissement de l’aide médicale à mourir aux personnes atteintes de maladies dégénératives du cerveau, parmi lesquelles l’alzheimer.

Sur le plan canadien, et puisqu’il a jusqu’au 10 octobre pour décider s’il interjette appel ou pas, le gouvernement sortant de Justin Trudeau n’aura pas le choix de se commettre d’une façon ou d’une autre en pleine campagne électorale. Même si les décisions de fond ne seront pas prises à partir d’un simple calcul d’opportunité politique, les intérêts politiques ne sont jamais totalement absents. En interjetant appel, le gouvernement libéral sortant repousserait à court terme des choix difficiles à arrêter. Il soulagerait très certainement son groupe parlementaire et son parti. Ainsi, d’ailleurs, que plusieurs de ses adversaires politiques, parmi lesquels les conservateurs d’Andrew Scheer.

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Chronique

Le choc Trudeau-Legault

CHRONIQUE / Cette campagne fédérale a démarré sur les chapeaux de roue. Le premier ministre sortant, Justin Trudeau, n’a pas caché qu’il pourrait intervenir dans une contestation de la loi sur la laïcité du gouvernement Legault. Justin Trudeau contre François Legault? Oui. Et vice versa.

«Pour l’instant», le chef du Parti libéral du Canada n’interviendra pas dans une contestation judiciaire de la loi sur la laïcité. Ce qui veut dire qu’il pourrait le faire si son équipe est réélue le 21 octobre.

Pourquoi M. Trudeau ne veut-il pas intervenir directement «pour l’instant»? Parce que cela serait «contre-productif», a-t-il admis. Autrement dit, parce qu’il pourrait perdre des votes au Québec et trouver le gouvernement Legault sur son chemin.

Le terme «contre-productif» est un aveu. Il est une reconnaissance par Justin Trudeau du fort appui populaire dont bénéficie la loi sur la laïcité au Québec. Le premier ministre sortant sait qu’il n’a pas beaucoup d’intérêt politique à alimenter cet enjeu au Québec d’ici le jour du scrutin.

Ce qu’il n’avait pas prévu en ce premier jour de campagne est que François Legault allait estimer, à peine quelques heures après ses déclarations, qu’il était allé beaucoup trop loin en disant ce qu’il a dit. M. Trudeau ne s’attendait pas à ce que M. Legault le somme de s’engager à n’intervenir ni pour l’instant ni à aucun autre moment.

Visions irréconciliables

Derrière cette affaire s’affrontent deux manières de voir la société et le vivre-ensemble; deux visions du Canada aussi; deux façons de dessiner la voilure de la «société distincte».

Pour Justin Trudeau, la loi sur les signes religieux enfreint des règles inviolables, des règles qui doivent prévaloir d’un océan à l’autre. Pour François Legault, cette législation correspond ni plus ni moins qu’au modèle du vivre-ensemble que le Québec attendait.

Même s’il a pris des précautions oratoires sur ce sujet en lançant sa campagne, Justin Trudeau a été honnête avec lui-même et avec les citoyens. Il aurait été malhonnête de sa part de faire comme s’il ne plaçait pas la Charte canadienne des droits et libertés au-dessus de tout. Elle est inscrite dans son ADN.

En même temps, c’est bien là tout le problème d’un point de vue politique. Électoralement parlant, au Québec, M. Trudeau aurait été mieux avisé de faire sienne depuis longtemps l’idée selon laquelle Ottawa n’a pas à intervenir dans les lois votées par l’Assemblée nationale.

Aujourd’hui, il est trop tard pour cela.

Un jour?

La loi adoptée va plus loin que les recommandations de la commission Bouchard-Taylor en raison de l’inclusion des enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public. Mais elle est modérée par rapport à ce qu’elle aurait pu être.

Si elle est plus modérée, c’est en raison de la disposition de droit acquis qu’elle contient. Cette législation ne fait pas l’unanimité, mais elle correspond à un consensus au Québec.

Voilà pourquoi les mots de Justin Trudeau sont comme de la musique aux oreilles pour le Bloc québécois d’Yves-François Blanchet. Ils lui serviront d’argumentaire nationaliste.

Une interrogation à laquelle personne ne peut pour l’instant répondre en terminant : est-ce à travers une pomme de discorde comme celle sur les symboles de foi que l’idée de la souveraineté reprendra de la vigueur, si tant est qu’elle devait revenir un jour à l’avant-scène des débats? Yves-François Blanchet et d’autres espèrent qu’elle mènera jusque-là à un moment ou l’autre.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Pierre Jury

Une loi qui était trop restrictive

ÉDITORIAL / L’aide médicale à mourir, telle que définie tant au Québec qu’au Canada, est trop restrictive. C’est pourquoi la juge Christine Baudouin, de la Cour supérieure du Québec, a invalidé cette disposition. Cette avancée, car il en s’agit réellement d’une, élargit légèrement l’aide médicale à mourir pour inclure les personnes atteintes de sévères maladies dégénératives incurables, comme les plaignants Jean Truchon et Nicole Gladu, d’en faire la demande.

Il y avait des incongruités dans les lois québécoise et canadienne. La version du Québec projetait que l’aide médicale à mourir ne s’appliquerait qu’aux personnes en fin de vie. Concrètement, cela signifiait que la grande majorité des demandeurs étaient des victimes de cancers incurables qui bénéficiaient de quelques semaines de répit. Ils pouvaient s’éviter les souffrances atroces des derniers jours, et pouvaient ainsi fixer le moment de leur mort. La version canadienne prévoyait que la mort soit « raisonnablement prévisible » : cela élargissait le moment de la mort de quelques mois, rarement plus.

Ces deux dispositions ont été abattues par la décision de la juge Baudouin. 

Les deux plaignants pourront donc en faire la demande dès aujourd’hui. Pour les autres, il faudra attendre la révision de la loi, et la juge a donné six mois au gouvernement pour faire ce travail. 

Ce nouveau principe élargit ainsi les critères de la demande pour inclure les gens qui sont victimes de maladies dégénératives incurables ; il faut croire que les législateurs du Québec, lorsqu’ils ont promulgué la loi en 2014, craignaient la réaction du public et des autorités médicales devant cette loi nouvelle qui défrichait de nouvelles contrées juridiques. Ils ont pris des précautions extrêmes en ne permettant l’aide médicale à mourir qu’aux gens en fin de vie. 

Le public a reçu cette loi de façon très calme. Il y a eu certaines plaintes, elles étaient prévisibles, mais il n’y a eu aucune fureur.

Cinq ans plus tard, cet épouvantail n’existe plus. La juge était tout à fait justifiée de soulever l’inadéquation entre les deux lois québécoise et canadienne. Véronique Hivon, la députée du Parti québécois et marraine du projet de loi, l’a par ailleurs applaudie. Bref, tout était préparé pour que la loi soit élargie. Cette disposition de la loi ne sera pas aussi populaire que l’aide médicale à mourir. Ce ne sont pas toutes les personnes qui souffrent de maladies dégénératives incurables qui souhaitent mettre fin à leurs jours. Mais pour les quelques centaines auxquelles une nouvelle loi pourrait être attirante, ils auront dorénavant le choix. Dans six mois, lorsque la loi aura été réécrite, faut-il rappeler. 

La population n’est pas dans les souliers de ces personnes qui doivent traverser des souffrances immenses. Quelque part, cela s’apparente aux pratiques sur l’avortement. Qui sommes-nous pour juger pour autrui ? Comme des femmes qui décident de mettre fin à une grossesse non désirée, il y a des malades incurables qui souffrent atrocement et pour lesquels il est incongru de décider de ce qu’ils peuvent disposer de leur corps ou non.

Cela met toutefois à l’abri les personnes qui n’ont pas la capacité mentale de décider de leur propre sort. Celles-là, qui s’avèrent les personnes les plus faibles de notre société, méritent toujours d’être protégées. Ce n’est pas une euthanasie libre et ouverte à tous que la juge Baudouin a décidée. Les personnes ciblées devront toujours présenter un dossier étoffé et faire la preuve de leurs grandes souffrances.

En ce sens, il s’agit là d’une avancée bienvenue de la loi sur l’aide médicale à mourir.

Pierre Jury

Les trois enjeux de la campagne

ÉDITORIAL / L’élection de 2015 avait porté sur le bilan des conservateurs de Stephen Harper, et le verdict avait été net. Quatre années plus tard, l’élection fédérale qui démarre aujourd’hui s’avère un référendum, en quelque sorte, sur la performance de Justin Trudeau.

Ce bilan est teinté selon la province où vous habitez, selon certaines croyances politiques qui vous tiennent à cœur, selon votre performance économique. Si vous êtes de l’Ontario, vous avez de la chance, votre choix déterminera probablement le prochain gouvernement. Si vous êtes du Québec, vous avez de la chance également, votre choix déterminera l’ampleur de la victoire du parti gagnant. Car rien n’est certain à ce moment-ci.

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Chronique

Honte à vous, honte à nous

CHRONIQUE / Tous les responsables politiques et tous ceux qui aspirent à le devenir devraient dénoncer les actes d’intimidation dont sont personnellement victimes des adversaires d’autres partis. Ce serait la meilleure façon d’établir un cordon de protection contre les intimidateurs — ou de tenter de le faire.

Sans le dire, certains politiciens pensent profiter indirectement de menaces personnelles dont des adversaires font les frais. C’est minable. D’autres, plus pusillanimes, craignent de pâtir eux-mêmes d’un mot de solidarité qu’ils adresseraient publiquement à des adversaires qui en sont ou en seraient victimes. Ils craignent de se faire eux-mêmes insulter dans la foulée...

Ce sont de petits calculs. Ne serait-ce que parce que tous devraient au moins avoir à l’esprit qu’ils pourraient un jour de toute façon être à leur tour la cible d’intimidateurs dans leur vie personnelle ou être l’objet d’attaques personnelles ignobles.

Le jour où des gens de bonne foi ne voudront plus plonger dans l’arène politique de crainte de se faire constamment insulter, non seulement sur les réseaux sociaux, mais dans la rue — y compris lorsqu’ils se trouvent avec leurs enfants —, nous ne serons évidemment pas plus avancés. Nous aurons perdu collectivement.

Le dernier exemple en date est celui de la ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna, qui a reçu une pluie d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux, mais pas seulement. Elle a été injuriée par un individu alors qu’elle se trouvait devant un cinéma avec ses enfants. Voilà qu’elle doit désormais bénéficier d’une protection policière rapprochée.

La situation n’est pas plus acceptable pour elle que pour tous ceux qui ont subi et qui subiront de telles insultes personnelles, que ce soit ici ou ailleurs. Et ce n’est pas parce que de telles régressions sont répandues ici et ailleurs qu’elles doivent être tolérées. Ne nous habituons pas!

Un autre exemple : il y a quelques mois, la secrétaire d’État en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes en France, Marlène Schiappa, avait dévoilé une série d’insultes misogynes et de menaces de mort qu’elle avait reçues les jours précédents. C’était à vomir.

Si Catherine McKenna serait une «Barbie climatique» et une «ordure», Marlène Schiappa, elle, était alors une «pute à juifs», «la putain de l’Élysée», «la chienne à Macron».

Honte à ces intimidateurs.

Honte à nous qui nous taisons trop souvent.

On a le droit

Des citoyens se sentent bousculés dans leur vie par des décisions politiques qui les dépassent. Des sentiments de colère et de dépossession peuvent envahir bon nombre d’entre nous à toutes sortes de moments. Il n’y a pas plus vrai.

Et il est certes facile de dire à des personnes s’estimant victimes de décisions politiques qu’elles devraient s’y prendre autrement que par l’attaque personnelle pour se faire entendre. Facile, certes. Mais c’est pourtant ce qu’il faut dire.

Car, personne ne demande à qui que ce soit de se taire. Il y a simplement des lignes rouges à ne pas franchir. 

Toutes ces personnes et nous tous avons le droit de nous exprimer dans nos sociétés. On a tous le droit de dire ce que l’on pense, ce que l’on vit, ce que l’on craint. On a tous le droit de manifester contre toute mesure qui nous déplaît ou que nous jugeons inique. On a tous le droit de fustiger toute idée avec laquelle on est en désaccord. On a tous le droit de tenter de convaincre autrui de la justesse de notre point de vue. On a tous le droit de voter contre une formation politique et pour une autre.

Les responsables politiques ne peuvent de surcroît réclamer la tranquillité dans le cadre de leurs fonctions. C’est impossible. Ils ne doivent pas espérer ne pas être critiqués, bien évidemment. Ils doivent s’attendre à du jeu robuste. Ça va avec la fonction.

Mais faire irruption dans la vie personnelle d’un responsable politique et se livrer à des attaques personnelles plutôt que de s’en prendre à des projets et des décisions politiques qui sont par ailleurs parfaitement acceptables dans une société démocratique et de droit demeureront toujours inadmissibles. En cette veille de déclenchement d’élections, il faut pouvoir se le rappeler.

Opinions

L’agriculture synthétique à nos portes

COMMENTAIRE / À l’heure où l’Amazonie brûle en partie à cause d’une déforestation volontaire dans le but de produire davantage de cultures, on peut se demander si l’agriculture moléculaire en laboratoire pourrait aider la planète.

Notre été a été marqué par les annonces de grandes chaînes alimentaires qui ont décidé de passer à des solutions de remplacement à base de protéines végétales. Tim Hortons, Subway, pour n’en nommer que quelques-unes, ont cédé à la tentation.

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