Frustrant et inquiétant

Le déraillement partiel d’un convoi d’une dizaine de wagons à un passage à niveau de la route 161 à Nantes, samedi dernier, qui serait attribuable au mauvais état de la voie ferrée, tout comme un récent rapport sur le piètre état des rails entre Farnham et Lac-Mégantic, soulève des questions sur l’imputabilité de la compagnie Central Maine & Quebec Railway (CMQR) et le degré de supervision de Transports Canada sur le secteur ferroviaire.

Et aussi de l’inquiétude chez les citoyens et les élus locaux, même si cet accident n’a fait ni blessés ni dégâts.

Il est aberrant, six ans après le déraillement d’un convoi pétrolier de la Montreal, Maine & Atlantic Railway (MMA), qui avait fait 47 morts et détruit une bonne partie du centre-ville de Lac-Mégantic, que l’on soit encore aux prises avec des rails en mauvais état alors que la population se remet à peine des séquelles psychologiques de cette tragédie.

La situation est d’autant plus aberrante qu’un rapport de Transports Canada remis à CMQR en mai dernier indiquait que le nombre de rails défectueux avait doublé de 2015 à 2018 sur le tronçon Farnham/Lac-Mégantic, passant de 115 à 253.

Selon les propos de l’inspecteur Jean-René Gagnon, rapportés dans La Tribune du 17 août, cette situation risquait de compromettre la sécurité ferroviaire de « façon imminente ». Des réparations immédiates ou l’application de restrictions de vitesse étaient nécessaires, avait-il prévenu dans son rapport.

La compagnie affirme avoir procédé aux réparations à la suite du rapport. Tant mieux.

Il est néanmoins stupéfiant de voir son porte-parole déclarer à La Tribune que l’état des rails n’avait rien à voir avec la qualité de l’entretien de la voie ferrée et que « ça adonne que c’est comme ça cette année, ça va peut-être être moins élevé l’an prochain ».

La Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic dénonce depuis des années le mauvais entretien des rails avec le sentiment de ne jamais être prise au sérieux.

Transports Canada semble se fier au bon vouloir de CMQR, alors que plusieurs chercheurs et spécialistes, dont le juriste et professeur Bruce Campbell (auteur de : The Lac-Mégantic Rail Disaster : Public Betrayal, Justice Denied), jugent que le système d’autorégulation des compagnies de chemin de fer favorise le laxisme en matière d’entretien et de sécurité et que Transports Canada a abdiqué de ses responsabilités.

Résultat : la population et les élus ont le sentiment que bien peu de choses ont bougé depuis 2013 et qu’Ottawa et CMQR se traînent les pieds lorsque l’on porte à leur attention le mauvais état de la voie ferrée.

Transports Canada ne peut avoir des yeux partout, mais devant les explications pour le moins évasives de CMQR, on se serait attendu à ce que le ministre Marc Garneau adresse un blâme sévère à la compagnie et s’engage à régler le problème une fois pour toutes.

La construction d’une voie de contournement d’ici 2022, longtemps réclamée par les élus et la population, et l’annonce toute récente du déplacement de la gare de triage de Nantes au parc industriel de Lac-Mégantic, constituent une avancée importante pour la sécurité et il faut en féliciter le gouvernement fédéral.

Malheureusement, cela ne change rien aux problèmes de rails en mauvais état.

On ne peut se contenter d’interventions ponctuelles, et parfois urgentes, sur un réseau ferroviaire où circulent des trains transportant des matières dangereuses.

Les citoyens et les élus attendent un engagement ferme de la part de Transports Canada et de CMQR pour remettre les rails à niveau et assurer leur sécurité à long terme. 

Mais, surtout, Transports Canada doit mieux faire respecter ses lois et ses règlements sur la sécurité ferroviaire.