Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.

Fosse commune d’enfants autochtones: ces bonnes intentions qui transforment les gens en assassins

André Verville
André Verville
Lévis
Article réservé aux abonnés
POINT DE VUE / Paradoxal est le seul adjectif qui me vient à l’esprit après celui de génocidaire. Comment des établissements religieux ont-ils pu en venir à de telles atrocités, en contradiction totale avec les fondements de leurs propres enseignements et croyances?

Lorsque j’étais jeune, avant que j’aie acquis ce libre-arbitre exempt du biais religieux qui a guidé ma vie adulte, on me disait qu’il était de loin préférable de croire sans preuve et que tenter de comprendre le monde réel qui m’entoure était non seulement malsain, mais contre-indiqué et sujet à réprobation. Quel meilleur moyen de tuer dans l’oeuf toute dissidence ou remise en question?

En privant des communautés religieuses entières de leur libre-arbitre, en leur confiant la garde et la responsabilité de tous ces jeunes vulnérables arrachés à leurs familles et à leurs milieux de vie, on a créé un monstre, en espérant peut-être qu’il pourrait être bienveillant. N’était-ce pas d’ailleurs le message initial de ce Dieu? Croyant contre toute indication contraire que ce qu’on faisait était à sa gloire, afin de sauver leurs âmes en perdition, on a non seulement voulu reprogrammer des jeunes Autochtones pour tenter de les «civiliser», mais on a pour ça utilisé une armée de gens au cerveau lobotomisé par la religion, seule condition pour les amener à autant de vils comportements, dans le but de les forcer à prendre le droit chemin. 

Pour le salut de leur âme, même si celui de leur corps et de leur santé mentale devait en payer le prix. La logique appliquée jusqu’à la fin. «Crois ou meurs», ce n’est pas moi qui ai inventé ça, mais le concept a, semble-t-il, fait son chemin jusqu’aux hautes instances politiques de l’époque, qui se sont crues justifiées de le mettre en action. Il faut croire que le libre-arbitre des politiciens avait lui aussi été détraqué.

Ce qui devait arriver arriva. Les «pertes humaines» et les vies brisées issues de ce violent processus ne trouvaient leur sens que dans la doctrine militaire d’une lutte imaginaire entre le bien et le mal: les mauvais traitements qui résultaient quelquefois en blessures, maladies et même en décès devenaient, en toute logique militaire, ce qu’on y appelle des dommages collatéraux. Et les militaires répondent à la loi martiale (lire «religieuse»), ils ne rendent pas de comptes aux populations civiles de leurs actes.

On découvre avec horreur, honte et indignation jusqu’où notre «civilisation» est allée pour en dominer une autre dans le passé, mais il nous est encore très difficile d’en tirer la leçon qui s’impose: trop de religions, par ce libre-arbitre qu’elles tentent de nous retirer à la faveur de leurs enseignements et croyances, sont à la source même de ce genre d’ignominies et quelquefois de bien des guerres.

Autrement, comment des regroupements en communautés religieuses de gens sensés et bienveillants auraient-ils pu en arriver là? L’humanité devra un jour réaliser que sa relation malsaine avec ses croyances religieuses est à la source de trop d’atrocités pour qu’on poursuive sur cette voie sans se remettre en question et le dénoncer ouvertement. Voir et traiter ceux et celles qui n’adhèrent pas à nos croyances comme des «mécréants», ça doit cesser. Liberté de religion, d’accord, mais ça ne signifie pas qu’on doit laisser à la religion la liberté de prendre le contrôle de chacun et chacune d’entre nous: on sait trop hélas où ça peut nous mener.