Le premier ministre se rendra-t-il au grand rassemblement pour sauver les emplois du chantier Davie dimanche?

Fier en «tabarnouche»!

CHRONIQUE / Philippe Couillard s’est dit «fier en tabarnouche» lorsqu’il est allé encourager les travailleurs de Bombardier le 28 septembre dans leur usine à Mirabel. Fera-t-il de même pour ceux de la Davie? Je pose la question parce qu’il y a un grand rassemblement dimanche pour sauver les emplois du chantier maritime de Lévis.

Le danger qui nous guette dans ce dossier est de voir le Québec accepter la thèse du gouvernement fédéral. Ottawa prétend que la Marine n’a pas besoin d’autres ravitailleurs pour le moment, et qu’il y aura d’autres contrats pour la Davie, notamment pour la Garde côtière.

Si le premier ministre vérifie ce qui se passe dans la capitale fédérale, il constatera que personne ne travaille sérieusement sur ces autres contrats. Ce qui veut dire qu’il faudra attendre des années avant que de tels projets ne rappellent les travailleurs de la Davie sur leur chantier. En d’autres mots, le Québec est en train de se faire «passer un sapin» par les hauts fonctionnaires de la Défense nationale qui privilégient Irving Shipbuilding d’Halifax et Seaspan de Vancouver.

Jeudi, le ministre délégué aux Affaires maritimes, Jean D’amour, a levé le ton pendant la période de questions. Il a interpelé Justin Trudeau et son ministre Jean-Yves Duclos. Mais vu d’Ottawa, un ministre délégué comme M. D’Amour, ça ne pèse pas très lourd. 

Si le gouvernement du Québec veut envoyer un message fort au gouvernement Trudeau, il doit venir de Philippe Couillard en personne. Le premier ministre devrait participer à la grande marche en faveur de la Davie, qui réunira patronat, syndicat et politiciens locaux dimanche à Lévis. Même chose d’ailleurs pour François Legault et Jean-François Lisée. Ils ont délégué des députés à cet événement... Pourquoi ne pas y aller eux-mêmes?

S’il jette un coup d’œil à la carte électorale de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick, le château fort de l’empire Irving, M. Couillard constatera que les libéraux ont gagné tous les sièges aux dernières élections fédérales. Un grand total de 21 députés qui sont sans doute plus sympathiques à la cause du chantier maritime de la compagnie Irving, qu’à celle de Davie. Le Québec a fait élire 41 députés libéraux, mais on ne les entend pas.

L’intérêt de la compagnie Irving, c’est de fermer la Davie.

Lorsque le patron de l’entreprise a débarqué dans les bureaux du député conservateur Pierre Paul-Huss, le printemps dernier, il a lancé quelques idées de remplacement… Il a même suggéré que le gouvernement subventionne la construction de camions sur l’emplacement du chantier de Lévis.

Je comprends l’entreprise Irving de vouloir écarter la Davie du lucratif marché de constructions navales du gouvernement canadien. Boeing a fait la même chose pour tuer le programme CSeries de Bombardier. Mais est-ce une raison pour baisser les bras? Tout comme dans le cas de Bombardier, l’enjeu n’est pas simplement de sauver quelques centaines d’emplois à Lévis. C’est la place du Québec dans la construction navale qui est en cause, tout comme pour Bombardier dans l’aéronautique. 

Le cabinet de Justin Trudeau connaît l’ampleur de la grogne qui a cours au Québec. Mais on voit mal le premier ministre faire comme Stephen Harper et intervenir personnellement. Ce n’est pas son style. Et le ministre de la Défense, Harjit Singh Sajjan, est un député de Vancouver où se trouve Seaspan, l’autre compétiteur de la Davie. 

Si nos leaders politiques du Québec se contentent des belles promesses d’Ottawa, les 800 travailleurs de la Davie qui se retrouvent au chômage juste avant Noël, le seront pendant longtemps. Eux aussi seront «fiers en tabarnouche» si Philippe Couillard participe à leur rassemblement, dimanche.