Féminisme et justice sociale en 2017

Il aura fallu des regains troublants de violence envers les femmes et le harcèlement dont plusieurs d'entre elles ont avoué être régulièrement la cible pour que nous reprenions le chemin collectif de la contestation. Avec des campagnes comme « Sans oui c'est non » ou « Ni viande ni objet », les femmes ont occupé le devant de la scène et exprimé leur colère devant des phénomènes qu'on espérait d'un autre âge. Cette colère, elles l'ont aussi manifestée ad lib., dans des mouvements sociaux spontanés auxquels prirent part de nombreux alliés de leurs causes.
Les cas d'agressions qui se sont multipliés en 2016, les propos machistes balancés crûment, le sexisme ordinaire étalé au grand jour et la violence banalisée, autant de fausses notes qui ont dominé le concert de l'année dernière. N'oublions pas notamment qu'un homme s'est immiscé, la nuit, dans les chambres d'étudiantes d'un campus de Québec et les a agressées sexuellement ; qu'un animateur de radio commentant ces événements a comparé le viol à un vol de voiture ; qu'il aura fallu une extraordinaire dose de ténacité aux femmes autochtones victimes d'agressions sexuelles à Val-d'Or pour qu'enfin le gouvernement Couillard daigne faire la lumière sur les violences systémiques dont elles sont victimes par une commission d'enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics au Québec. Et voilà qu'on apprend maintenant, à travers la toute récente « Enquête sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire », que 37 % des personnes travaillant ou étudiant à l'université ont subi au moins une forme de violence sexuelle depuis leur arrivée entre les murs de cette institution. [...]
En 2017, on se doit d'être féministe et de s'attaquer une fois pour toutes aux violences envers les femmes. Pour y arriver, nous aurons besoin de toutes et de tous. Ça commence par l'arrêt du saccage des services publics auquel se livre le gouvernement Couillard et qui a engendré tant d'impacts négatifs sur la vie des femmes ; par un appui financier important aux groupes de défense des droits des femmes qui font des miracles sur le terrain, dont les centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel ; par un rehaussement du salaire minimum à 15 $ l'heure et par la lutte contre la discrimination systémique dans tous les milieux. Être féministe en 2017 ne devrait jamais être dissocié de toutes ces quêtes justes et légitimes.
Véronique De Sève, vice-présidence Confédération des syndicats nationaux (CSN)