Faire du surplace

ÉDITORIAL / Alors que l’heure est à la lutte aux émissions de gaz à effet de serre (GES) et au développement des modes de transport durables, tout indique que la Société des transports de Sherbrooke (STS) fait du sur-place tant sur le plan de l’achalandage que de son financement.

Cela est à la fois inquiétant et inconsistant avec les objectifs du Plan de mobilité durable 2012-2021 de la Ville de Sherbrooke.

Et ce n’est pas parce que la STS fait du mauvais travail.

Le président de la STS, Marc Denault, a lancé il y a quelques jours dans La Tribune un appel à l’endroit du ministère des Transports («La STS lève un drapeau rouge») en vue d’obtenir des ressources financières additionnelles pour maintenir le niveau de service.

Il fait valoir que certaines villes, dont Sherbrooke, transportent davantage de passagers que d’autres, mais reçoivent les mêmes montants de subvention, ce qui, prévient-il, mènera à «une diminution de service».

Le montant des subventions gouvernementales versées à la STS (contribution des automobilistes, subventions à l’exploitation, aux immobilisations et au transport adapté) a même diminué entre 2013 et 2016, passant de 8,9 millions $ à 6,9 millions $, avant de remonter à 7,1 millions $ en 2017, alors que la contribution des usagers (secteurs urbain et adapté) a augmenté, de même que celle de la Ville de Sherbrooke, qui est passée de 14 millions $ à 15,1 millions $ entre 2013 et 2017, selon les données de la STS.

La contribution de la Ville de Sherbrooke restera sensiblement la même en 2018, soit d’un peu plus de 15 millions $ en raison du gel de la taxe foncière et des coupes budgétaires qui s’en suivront, ce qui fait dire au président de la STS qu’ «on met de côté toute possibilité de développement pour 2018» et qu’il «faudra peut-être se concentrer sur une desserte sur les axes structurants et faire du transport à la demande dans les autres secteurs, mais c’est certain que nous en oublierons» .

Bref, la STS n’est guère plus avancée alors que les besoins et les demandes pour de nouveaux circuits augmentent en raison notamment de l’étalement urbain.

Mais il y a pire: alors que le Plan de mobilité durable 2012-2021 prévoyait faire passer la part de l’autobus dans les transports de 6 pour cent en 2011 à 10 pour cent en 2021, le nombre total d’usagers de l’autobus (secteurs urbain et adapté) a diminué, passant de 8,3 millions de passagers en 2013 à 7,9 millions en 2016.

Le prochain rapport annuel de la STS dira si cette tendance se poursuit, mais ces données démontrent l’urgence d’investir davantage dans le transport en commun si l’on veut diminuer l’utilisation de la voiture individuelle à Sherbrooke.

Pourtant, la Ville de Sherbrooke ne donne aucun signal en ce sens; elle a même diminué sa contribution de l’année 2017 à la STS de 450 000 $ en raison du carburant moins coûteux que prévu.

Pourquoi ne pas avoir fait un premier pas en utilisant plutôt cette somme pour améliorer le service du transport urbain et du transport adapté?

Car la lutte aux émissions de GES ne sera gagnée que si nos habitudes de vie et de transport changent.Or, le nombre de voitures et de camions légers est en constante augmentation sur les routes au Québec et au Canada, il a progressé de 39 pour cent entre 1999 et 2016 en Estrie, et l’objectif de réduction des émissions de GES du gouvernement du Québec, de 20 pour cent d’ici 2020 sous le niveau de 1990, apparaît de plus en plus hors de portée.

Le transport en commun fait partie de la solution et, plus que jamais, il faut y investir.