Peut-on contrôler Facebook ? Doit-on le réguler ? De plus en plus, l’impression semble être que Facebook doit faire l’objet de plus de contrôles.

Facebook est une menace

ÉDITORIAL / Peut-on contrôler Facebook ? Doit-on le réguler ? De plus en plus, l’impression semble être que Facebook doit faire l’objet de plus de contrôles. Ce n’est pas nous qui le prétendons, ce sont les résidants des États-Unis eux-mêmes, dans le cadre d’un sondage auprès de 1123 répondants, en décembre dernier.

Ce qui étonne le plus, c’est le fossé qui sépare Facebook (et Twitter, accessoirement) et les autres grands joueurs du monde d’Internet. À peine 72 % des Américains ont une opinion favorable de Facebook, alors que la cote de respect oscille autour de 90 % pour Amazon, Netflix, YouTube, Microsoft et Google. Appelons-les les cinq grands. Pire, pas moins du quart des répondants estiment que Facebook (et Twitter, encore) a un impact négatif sur la société, alors que les cinq grands ont tous un impact négligeable de moins de 5 %. Sur la fiabilité avec laquelle ils trouvent qu’on traite leurs informations personnelles ? Facebook est à 41 % d’appui, Twitter à 43 %, et les cinq grands, entre 69 et 75 %. Si ce n’est pas plus haut, c’est sans doute en raison du nombre de fuites d’informations qui ont ébranlé des institutions à travers le monde.

Cette anémique performance de Facebook n’est pas nouvelle non plus. Cela fait plus de 10 ans que le réseau social s’excuse à répétition d’avoir violé la vie privée de ses usagers. Facebook a publié de nombreuses pages de pardons dans les grands journaux, sur le réseau de télévision CNN, sur Facebook lui-même, souvent signées par Mark Zuckerberg, son cofondateur et premier dirigeant depuis sa création en 2004.

Cela ne semble pas changer fondamentalement le rapport du réseau avec les usagers qui sont vus comme des mines d’information et un véhicule publicitaire d’importance. Facebook en tire toute son importance économique : des revenus de 70 milliards $ US, et des profits supérieurs à 18 milliards $ US. Un taux de profitabilité supérieur à 20 %, c’est de l’or en barre ! Cela se reflète sur la valeur de son action, qui est en hausse générale depuis au moins 10 ans.

Une action se vendait autour de 25 $ US en 2012, elle en vaut aujourd’hui près de 200 $ US. Il y a bien eu un solide recul lors de l’affaire de Cambridge Analytica, où une société tirait des informations frauduleuses des données fournies par les amateurs de Facebook. L’affaissement de l’action de Facebook lui a fait perdre le tiers de sa valeur, mais elle a rapidement repris le chemin de la croissance.

Cela n’élimine en rien tous les reproches adressés à Facebook pour sa gestion des données personnelles de ses 2 milliards d’usagers.

Au Canada, le commissaire à la vie privée a sévèrement blâmé Facebook... mais s’est pas mal avoué à court de moyens supplémentaires. Le réseau social s’est dit « déçu » que « les problèmes soulevés dans le rapport ne sont pas résolus ». C’est tout. Aucun aveu de culpabilité. Pas moins de 600 000 Canadiens avaient vu de leurs données piratées, et 87 millions à travers le monde. Le Canada vient de demander à la Cour fédérale d’agir dans le dossier, mais il ne faut pas s’attendre à grand-chose.

Le problème, c’est l’attractivité de Facebook qui demeure, dans le sondage de The Verge, LE réseau social pour connecter avec des amis et de la famille. Tant que l’on en restera là, sans autre alternative, Facebook continuera de régner sur le monde. Triste constat.