Et les artistes de la région?

Chère Ville de Sherbrooke,
Ce matin, j'ai téléchargé ta nouvelle application Muralis sur mon téléphone. Je dois t'avouer qu'en voyant les mentions au générique de ce projet, ma balloune d'enthousiasme s'est dégonflée « pas pire solide ». Je ne suis vraiment pas fière de toi et je ne te « sherbylove » pas pantoute aujourd'hui, Sherbrooke. Muralis est une application qui permet de découvrir le circuit des murales en réalité augmentée. Un projet financé par toi au coût de 500 000 $ et qui a comme objectif de promouvoir notre ville et de faire impression sur les touristes.
Loin de moi l'envie de vouloir dénigrer les artistes et la firme montréalaise Space & Dream qui a répondu à ta commande, ils ont sans doute fait un travail exemplaire. Je me demande seulement où sont les artistes de chez nous dans ce supposé produit identitaire. Sur plus de 50 artisans, concepteurs, réalisateurs, auteurs, comédiens, je ne vois aucun artiste de la région. Est-ce normal? Est-ce parce que tu penses que le talent vit juste dans la « grand' ville »?
Est-ce que tu sais que chez toi il y a des artistes professionnels, membres de tous les syndicats professionnels que tu veux, qui se démènent à faire rayonner tes Cantons à travers des oeuvres artistiques de qualité? Des gens qui ont choisi ta ville pour y développer leur discipline parce qu'ils croient que ça vaut la peine de travailler un peu plus fort en région pour gagner sa croûte et avoir une qualité de vie « pas pire » acceptable. Des gens talentueux qui croient fort en leur travail et qui choisissent la précarité du métier d'artiste par conviction et passion. Des gens qui comptent sur toi pour les encourager et qui s'attendent à ce que tu penses à eux quand vient le temps de recruter des artistes pour des projets d'envergure. Parce que c'est ce genre de contrat qui leur permet de vivre de leur art sans être obligés de se prendre un quart de travail de soir chez Valentine.
Ça fait des années que je pétarade d'éloges devant tes murales et que je raconte ton histoire dans ma grosse robe d'époque à des touristes des quatre coins du globe.
Mais sache que ce week-end, quand j'enfilerai mon costume pour parler de toi avec amour et fierté, pour la première fois en
15 ans, à mon grand regret, je ne te « sherbyloverai » pas ben, ben. J'espère sincèrement que tu sauras me rappeler pourquoi je t'ai choisie. Sans rancune, mais ne refais plus jamais ça.
Marianne Roy, Sherbrooke