Et la transparence?

Éditorial / Ottawa vient de prolonger la mission de l'armée canadienne contre le groupe armé État islamique (Daech) en Irak de deux ans. Jeudi dernier, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que les soldats canadiens demeureront en Irak jusqu'en mars 2019. Celui qui avait promis un gouvernement « transparent » a attendu que tout le monde soit parti en vacances ou en train de célébrer la fête nationale pour confirmer l'implication du pays au sein de la coalition internationale.
Bien sûr, personne ne remettra en question la nécessité d'éradiquer Daech. Ce groupe armé qui tentait de former un nouvel empire ou califat au Moyen-Orient risquait de perturber l'ordre mondial pendant de nombreuses années. La guerre pour déloger ces terroristes sans scrupules semble progresser rondement. À Mossoul, les djihadistes sont assiégés dans leurs derniers retranchements. Dans la Syrie voisine, la ville de Raqqa, siège de Daech, pourrait aussi être bientôt reprise.
Si la lutte contre l'État islamique progresse, la victoire totale est encore loin d'être acquise. Les observateurs comme Sami Aoun sont d'avis que l'offensive devra se poursuivre pendant plusieurs années, Daech étant en train de muter en une forme d'insurrection dans des zones rurales, observe La Presse+. La communauté internationale va aussi devoir se brancher vis-à-vis le président syrien, Bachar el-Assad, ce dictateur responsable de cet effroyable gâchis. L'ex-président de la France, François Hollande, a bien déclaré qu'il est impossible d'envisager l'avenir de la région avec l'un de ses bourreaux.
Pour en revenir à la mission canadienne en Irak, le fédéral aurait dû annoncer ses intentions devant le parlement. Bien sûr, le Canada se défend bien d'être en guerre. Toutefois, en raison de l'implication de soldats canadiens en sol étranger, il aurait été préférable d'en avertir la députation, représentante de la population. Si la participation du Canada continue d'en être une de « conseil et d'assistance » pour former les forces locales, les dangers sont grands pour nos militaires.
Le Canada compte environ 200 soldats dans le nord de l'Irak. La prolongation de leur mission coûtera aussi près de 378 M$ en deux ans, autre bonne raison d'en prévenir la population par le biais de ses représentants élus. Les soldats canadiens sont appuyés par un hôpital de combat, des hélicoptères tactiques, un avion de surveillance et un appareil de ravitaillement en vol.
L'armée canadienne est dorénavant autorisée à collaborer avec divers groupes, entre autres l'armée irakienne. Depuis trois ans, elle supportait surtout les forces kurdes. Or, les informations au sujet de ces groupes armés ne sont pas très rassurantes. On invoque des exécutions sommaires, de la torture et des disparitions.
Le premier ministre Trudeau a également souligné un fait d'armes inusité. Un tireur d'élite de l'armée canadienne aurait établi « un record mondial » en réussissant à abattre d'un projectile un djihadiste qui se trouvait à plus de 3,5 km de distance. Le tireur, a-t-on précisé, « appuyait » les forces irakiennes et aurait fait une différence dans l'issue d'une bataille. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le soutien canadien n'est pas que moral.
La participation du Canada au sein de la coalition internationale contre Daech est tout à fait justifiée.
Le pays ne peut demeurer indifférent quand des barbares sans scrupules menacent la paix dans le monde. Toutefois, le premier ministre Trudeau a fait la promesse de former un gouvernement transparent. Disons qu'il a raté une belle occasion de démontrer sa réelle sincérité.