Des soldats de la Corée du Nord (à gauche) et de la Corée du Sud dans une boutique de souvenirs dans la zone démilitarisée.

Espoir superficiel en Corée du Nord

ÉDITORIAL / Les choses ont-elles vraiment changé entre la Corée du Nord et la Corée du Sud? En apparence, oui. Mais en apparence seulement. Le réchauffement auquel on assiste avec la Corée du Sud et les États-Unis ne repose sur rien de solide encore.

Il ne s’est rien passé, au cours des derniers mois, qui justifierait un renversement de la stratégie dans laquelle Pyongyang engloutit toutes ses ressources depuis des années, et qui constitue la pierre angulaire de sa politique extérieure.

La logique devrait plutôt nous inciter à croire qu’il ne s’agit que d’une nouvelle phase dans un scénario qui suit son cours. Les Nord-Coréens n’ont pas parcouru tout ce chemin pour faire demi-tour au moment où ils touchent le but. 

Après le développement et la démonstration de l’arme atomique; après les tests des missiles à longue portée, Kim Jong-un est maintenant prêt à récolter les fruits de son investissement, avec la bénédiction du président Trump : la reconnaissance. 

Les Nord-Coréens sont par ailleurs tout à fait capables de décoder cet homme d’État, susceptible de lâcher la proie pour l’ombre aussitôt que l’occasion se présente de nourrir sa vanité. Ce trait de personnalité est une vulnérabilité facile à exploiter et un président américain qui montre autant d’empressement à se donner le beau rôle n’aborde pas cette négociation en position de force. 

Le monde entier pousse malgré tout un soupir de soulagement à l’idée que la menace nucléaire s’éloigne, mais ces récents progrès sont en grande partie superficiels. La menace elle-même, tout d’abord, était relative. Malgré les tensions croissantes causées par les essais nord-coréens, aucun des joueurs n’avait intérêt à aller plus loin. Mais marcher sur un fil de fer comporte toujours des risques. 

L’annonce par Pyongyang, samedi, de la suspension des tests de missiles et de la fermeture du site où ont eu lieu les six explosions nucléaires, apaise certainement le climat, mais contrairement à ce que soutenait hier M. Trump lui-même, rien dans les déclarations du régime communiste ne montre quelque volonté que ce soit de « dénucléariser » la péninsule. 

Il y a un fossé considérable, et dangereux, entre l’interprétation des déclarations par M. Trump ou même son vis-à-vis sud-coréen Moon Jae-in, et les positions nord-coréennes elles-mêmes. Cela est plutôt de mauvais augure pour la suite des choses.

Le ballet diplomatique s’amorce cette semaine avec la rencontre historique, vendredi, entre Kim Jong-un et le président de la Corée du Sud, Moon Jae-In. Ce sera la première fois qu’un leader du Nord franchit la zone démilitarisée pour une telle rencontre au sommet. 

Cette réunion sera sans doute une occasion de mesurer la volonté réelle, si elle existe, de la Corée du Nord de mettre fin à l’état de guerre, qui dure depuis plus de 60 ans, et à s’engager sur le sentier de la paix. Moon Jae-In a créé les conditions propices à ce rapprochement en utilisant l’occasion que représentait la tenue des Jeux olympiques d’hiver pour amorcer un dialogue. 

La rencontre permettra de voir si la Corée du Nord est prête à reconnaître sa voisine en tant que république, ce qu’elle s’est toujours refusée à faire. C’est seulement à ces conditions qu’on saura s’il y a une véritable volonté de changement et d’ouverture. 

Mais l’histoire ne nous permet pas d’être excessivement optimiste. Les positions américaines et nord-coréennes semblent encore irréconciliables et le régime communiste semble toujours prêt à sauter de la prudence à la paranoïa.