Équité SVP!

Éditorial / Sears Canada vient de se placer à l'abri de ses créanciers. La chaîne va fermer 59 de ses 94 magasins à rayons au pays, envoyant du même coup 2900 employés au chômage. Heureusement, l'établissement de Sherbrooke échappe à cette hécatombe.
La nouvelle n'a surpris personne. Depuis des années, Sears Canada n'arrive plus à réaliser des profits. Des actifs ont été bien sûr liquidés pour tenter d'éponger les pertes, mais en vain. À Sherbrooke, le magasin de meubles et d'électroménagers a été fermé l'an dernier, le département étant regroupé à l'intérieur du magasin principal au Carrefour de l'Estrie. Il y a plusieurs années déjà, Sears avait aussi mis fin aux activités de son atelier de mécanique automobile, toujours vacant d'ailleurs au coin nord-ouest du Carrefour.
Sears a été fondé aux États-Unis par Richard Warren Sears en 1886, à Chicago. Celui-ci a fait sa renommée avec les commandes par catalogue, qu'il avait peut-être emprunté à Timothy Eaton de Toronto. On se souviendra qu'Eaton a fait faillite en 1999 après 130 années d'activité. Vers 1930, Eaton contrôlait 60 % du commerce de détail au Canada. Le géant au pied d'argile n'a pas su s'adapter à la nouvelle réalité.
C'est sans doute ce qui est arrivé à Sears. Plusieurs raisons peuvent expliquer cet échec retentissant, à commencer par l'incapacité à comprendre les motivations des nouvelles générations de consommateurs. La vente par catalogue avait fait sa renommée. « Ils ont regardé passer le train, ont manqué de vision et n'ont pas vu venir les ventes en ligne », témoignait à La Presse+ un ex-directeur à la retraite, Steve Plamondon. C'est souvent le lot de bon nombre d'institutions qui, malgré leurs énormes ressources, ne parviennent pas à se renouveler. Le succès s'avère parfois un horrible menteur. Ce qui fait le succès aujourd'hui ne servira à rien demain si on ne parvient pas à flairer d'où vient le vent.
Les 13 000 retraités de Sears vivent également des heures d'inquiétude. Leur fonds de retraite est sous-capitalisé à 81 %, ce qui représente un trou de 267 M$. Les rentes à prestations déterminées pourraient donc être éventuellement réduites si la compagnie déclarait faillite. Comment est-ce possible? Le législateur québécois n'avait-il pas colmaté cette brèche?
Ceci étant dit, il est plus que temps que les gouvernements mettent de l'ordre dans le commerce en ligne. En mars dernier, Peter Simons, de la chaîne de magasins portant son nom, a tiré la sonnette d'alarme. Selon les estimations, une somme de 177 M$ échappe au gouvernement du Québec en taxes de vente sur les produits et services vendus dans Internet. Diffuseur de contenu numérique, Netflix éluderait le paiement de 85 M$ en taxes de vente au Canada, sans compter les 35 M$ de redevances au Fonds des médias.
Il y a plus d'un an, Claude Denis d'Électro-5 a aussi dénoncé une autre injustice. Le nouveau président de la Chambre de Commerce de Sherbrooke avait mis au jour le fait que les entreprises chinoises ne paient qu'un dollar pour expédier un petit colis par Postes Canada versus 7,80 $ pour les canadiennes. Pensez-vous que quelque chose a changé? Rien!
Les gouvernements de Québec et d'Ottawa se doivent d'intervenir. Des entreprises qui paient des taxes et des impôts au pays doivent profiter d'un environnement d'affaires équitable. Leur avenir en dépend. De toute évidence, ils ne peuvent maintenir des places d'affaires et assumer leurs responsabilités pendant que la concurrence profite de la passivité de l'État.