François Legault et Justin Trudeau

Environnement: l’allié Legault

ÉDITORIAL / François Legault, qui a manifesté jusqu’à maintenant bien peu d’intérêt pour les enjeux environnementaux, se veut un allié de Justin Trudeau dans la défense du marché du carbone. Mais encore. Quel est son plan? Le choix de la personne qu’il nommera jeudi à la tête du ministère de l’Environnement et du Développement durable indiquera s’il prend au sérieux le signal d’alarme lancé en début de semaine par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Le dernier rapport du Groupe démontre que l’inaction risque d’être lourde de conséquences si nous ne nous dotons pas rapidement d’un plan de match solide pour freiner le réchauffement climatique. Limiter la hausse à 1,5 degré Celsius permettrait de réduire considérablement les dégâts, soutient le GIEC. C’est possible. Encore faut-il cesser de jouer à l’autruche, mettre les efforts nécessaires, accélérer les transitions, changer ses habitudes de transport et d’alimentation.

Un des membres du GIEC, le chercheur Jim Skea, soutient que les lois de la physique et de la chimie, les technologies, le changement des modes de vie et les investissements permettent de limiter le réchauffement.

«La dernière chose à laquelle les scientifiques ne peuvent répondre, c’est si c’est faisable politiquement et institutionnellement».
On ne peut plus clair.

Qu’est prêt à faire le gouvernement caquiste de François Legault à l’échelle du Québec?

Son futur cabinet va-t-il avoir à cœur les enjeux environnementaux ou misera-t-il uniquement sur un développement économique à court terme?

Son ministre de l’Environnement et du Développement durable aura-t-il une voix forte et crédible? Le premier ministre Legault va-t-il l’écouter et le considérer autant que les ministres de son escouade économique?

L’heure est grave. Les impacts de l’augmentation des températures sont bien visibles. Vagues de chaleur, montées des océans, extinctions d’espèces, déstabilisation des calottes polaires, risque accru de pluies torrentielles.

Et pourtant, la dernière campagne électorale s’est déroulée au Québec sans que les deux formations politiques en tête, le Parti libéral et la CAQ, mettent de l’avant des plans ambitieux en environnement. Pire, bien peu d’électeurs semblent s’en inquiéter.

Nous refusons d’admettre que le temps presse, que la politique des petits pas ne va nulle part et que les changements provoqués par le réchauffement seront irréversibles.

La même dynamique risque de se reproduire lors des élections fédérales de l’automne 2019.

On le voit déjà. Andrew Scheer, le chef du Parti conservateur, se réjouit que des premiers ministres abandonnent Justin Trudeau et son plan environnemental. Le fait que des prix Nobel d’économie militent en faveur de la taxation du carbone n’ébranle pas sa position. Il approuve les Doug Ford du pays.

Le plan conservateur reste à compléter, mais le chef Scheer a indiqué cette semaine qu’un gouvernement conservateur inciterait les industries polluantes à investir dans les technologies vertes. Reste à voir si son gouvernement les soutiendrait financièrement et réglementerait pour accélérer le pas. Sinon, les résultats risquent de se faire encore attendre.

Pour ne pas brusquer les électeurs, les consommateurs et les entreprises, les formations politiques hésitent à fixer des cibles élevées et des échéanciers serrés, à investir massivement de crainte d’être accusées de dilapider les fonds publics, de fragiliser les finances publiques.

Selon le GIEC, quelque 2400 milliards de dollars (2,5 % du PIB mondial) seraient nécessaires d’ici 2035 pour transformer les systèmes énergétiques. Une somme qui peut donner le vertige si on ne met pas dans l’équation que l’inaction entraîne aussi des coûts considérables.