Entretenir la peur

ÉDITORIAL / Le groupe ultranationaliste La Meute a peut-être remporté une victoire morale à l'issue des manifestations pro et anti-immigration de dimanche à Québec pour avoir collaboré avec la police et manifesté paisiblement.
Mais cela ne rend pas son message islamophobe et de peur de l'autre plus acceptable pour autant.
Alors que l'on craignait que la violence émane de La Meute et une confrontation possible avec les contre-manifestants antiracistes (l'Action citoyenne contre la discrimination), ce sont plutôt quelques dizaines d'anarchistes qui seraient associés au «Black Bloc», vêtus de noir et cagoulés, qui ont fait du grabuge.
Ce groupe s'en est pris aux policiers et à des représentants des médias faute d'avoir pu confronter directement les gens de La Meute, confinés dans un stationnement sous-terrain en attendant de pouvoir aller manifester contre « l'immigration illégale ».
Résultat : les caméras se sont tournées vers les affrontements entre le groupe anarchiste et les policiers, plutôt que sur la manifestation en faveur de l'immigration, en après-midi, tandis que La Meute a pu défiler dans le calme et le silence, mais en fin de journée, pour dénoncer « l'immigration illégale », en référence aux milliers de demandeurs d'asile haïtiens au Canada.
Le porte-parole de La Meute, Sylvain Brouillette, avait donc beau jeu lundi d'affirmer que son groupe n'est ni extrémiste ni radical et qu'il respecte les lois, pointant du doigt les casseurs.
La prudence et la retenue de La Meute lui donneront-elles une certaine respectabilité? Il faut souhaiter que non.
Il est toutefois surprenant que le porte-parole de l'Action citoyenne contre la discrimination, Pablo Roy-Rojas, n'ait pas condamné la violence des casseurs lors d'une entrevue avec La Presse, ce qui pourrait nuire à la cause des antiracistes.
Il est difficile de s'y retrouver parmi les nouveaux groupes ultranationalistes, associés à l'extrême droite et au racisme, mais ceux-ci semblent malheureusement gagner en popularité.
La Meute, par exemple, compterait plus de 40 000 membres sympathisants sur sa page Facebook.
S'il est vrai que ses militants ont collaboré avec les policiers de Québec dimanche, cette organisation n'en suscite pas moins beaucoup de méfiance en raison de son discours contre « l'envahisseur islamique », de ses présumées accointances avec l'extrême droite et des vêtements de style paramilitaire que portent ses militants.
L'organisation a toutefois suspendu la semaine dernière un de ses membres qui avait participé aux manifestations des suprémacistes blancs à Charlottesville, en Virginie.
La Meute s'est aussi dissociée « formellement des groupes suprémacistes blancs ». Soit.
Il n'empêche que son discours anti-immigration, tout comme celui d'Atalante Québec, qui se décrit comme une « organisation politique identitaire » et dénonce l'immigration « illégale » qui représente, selon elle, une menace pour l'identité québécoise, n'a rien de rassurant.
Tabler sur l'ignorance et les peurs d'une partie de la population et dépeindre les nouveaux arrivants comme des envahisseurs est indigne du Québec d'aujourd'hui.
Tout comme le recours à la violence, qu'il soit le fait des groupes d'extrême gauche antiracistes ou de groupes anti-immigration.
En réaction aux événements de dimanche, le premier Philippe Couillard a évidemment dénoncé la violence et affirmé qu'il a choisi le camp de ceux et celles qui s'opposent au racisme et à la xénophobie. On n'en attendait pas moins de lui.
Malheureusement, son gouvernement s'est caractérisé jusqu'ici par son incohérence et son manque de courage dans tout ce qui a trait à la laïcité, à l'identité québécoise et à l'intégration des immigrants.
En refusant un réel débat et en choisissant de taxer de xénophobes et d'intolérants ses adversaires politiques qui veulent aborder ces sujets certes délicats, mais incontournables, il a en quelque sorte laissé de l'espace aux groupes extrémistes.