Jusqu’à l’an dernier, le ministère des Transports croyait que 80 % des routes étaient convenables. Un examen approfondi incluant de nouveaux critères, tels l’orniérage, la fissuration et la réaction au gel, donne aujourd’hui une image moins reluisante.

Entretenir la maison (2)

ÉDITORIAL / La semaine dernière, nous écrivions au sujet de l’état déplorable des rues de Sherbrooke et du choix fort discutable de la nouvelle administration Lussier de réduire le budget d’entretien. Une récente mise à jour du Plan québécois des infrastructures nous offre l’occasion d’aborder cette fois le réseau routier du Québec. Le constat est aussi navrant. La moitié seulement des 30 962 km de routes est considérée dans un état allant de « satisfaisant » à « très bon ».

D’une médiocrité à l’autre, on se désole de la situation sherbrookoise, mais on se console à l’idée que le Québec ne fait guère mieux. Jusqu’à l’an dernier, le ministère des Transports croyait que 80 % des routes étaient convenables. Un examen approfondi incluant de nouveaux critères, tels l’orniérage, la fissuration et la réaction au gel, donne aujourd’hui une image moins reluisante.

Au bas mot, le déficit d’entretien des infrastructures routières atteint pratiquement les 15 milliards de dollars. Aussi bien dire que jamais le Québec ne parviendra à corriger la situation. En dépit d’une injection annuelle de deux milliards de dollars, le déficit d’entretien s’est creusé de 15 % en 2017.

En cette année électorale, les partis d’opposition ont promis de mettre plus d’argent… dans ce panier percé. Gabriel Nadeau-Dubois de Québec solidaire a pour sa part eu un début de génie en proposant de mettre un frein à tout nouveau projet routier afin de concentrer les fonds disponibles dans le réseau existant. C’est déjà une façon différente de voir les choses.

Albert Einstein disait que « la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». N’est-il pas temps au Québec de revoir nos façons de faire pour arrêter de passer pour les « ticounes » de la planète? Nos facultés de génie sont parmi les meilleures au monde et nos étudiants sont aussi brillants sinon plus que les autres. Pourquoi ne pas leur donner les moyens de leurs ambitions en relevant nos normes en matière de construction de routes.

Ce n’est pas un mystère si l’état de la chaussée s’améliore soudain comme par magie dès les frontières franchies. Les normes de construction au Vermont sont deux fois plus élevées que les nôtres. Nous avons déjà écrit que le Québec a tout pour devenir un modèle mondial en matière de construction de route. Notre climat capricieux, avec ces gels et dégels constants, la pluie en hiver, nous offre un banc d’essai unique.

Pour se convaincre de l’état minable de nos routes, il suffit d’emprunter l’autoroute 10 entre les sorties 137 et 140 de Sherbrooke ou encore la 410 à la hauteur de l’ancien Relais St-François. Les ornières creusées par les camions y rendent la conduite périlleuse, n’en déplaise au ministre André Fortin qui soutient que le réseau routier n’est pas dangereux. Parlant des camions, il serait peut-être temps pour le ministère des Transports de mettre un peu d’ordre dans les permis autorisant une surcharge de ces poids lourds. Comment voulez-vous conserver des routes en bon état lorsqu’elles sont construites selon des normes minimales et qu’en plus vous les soumettez à des charges excessives?

La situation du réseau routier québécois est catastrophique. Cette honte nationale pourrait pourtant être transformée en fierté. Pour redresser la barre, il importe aujourd’hui de revoir nos manières de faire. Au rythme actuel, jamais nous n’y arriverons, à moins bien sûr de s’attaquer sérieusement à l’évasion fiscale. Mais, cela est une autre histoire.