Les rues de la ville sont dans un état pitoyable. Le tiers se trouve dans une condition de dégradation telle qu’il requière des travaux de réfection immédiats.

Entretenir la maison

ÉDITORIAL / La fine analyse du réseau routier de Sherbrooke à l’aide d’un camion multifonction vient de prouver hors de tout doute ce que tout le monde savait déjà. Les rues de la ville sont dans un état pitoyable. Le tiers se trouve dans une condition de dégradation telle qu’il requière des travaux de réfection immédiats. Ce seul chantier coûterait au bas mot plus de 100 M$, tandis que l’Hôtel de Ville n’y consentira que 7,8 M$ cette année. Pourrait-on qualifier ce choix de gestion à courte vue?

Chef de la division d’ingénierie par intérim, Patrice Grondin a livré un constat implacable la semaine dernière. Le camion multifonction employé au cours des deux dernières années pour caractériser le réseau routier a démontré que les 869 km de rues pavées manquent visiblement d’amour. L’unique maintien du réseau dans son état actuel, en piètre condition faut-il le souligner, nécessiterait une injection annuelle de 23 M$. Mince consolation, au palmarès de la médiocrité, Sherbrooke ne fait pas cavalier seul.

Qu’a choisi de faire l’administration du maire Steve Lussier? Elle a réduit le budget de réfection des rues à 7,8 M$. Que penser de ce choix, établi en fonction d’une promesse électorale, soit celui de ne pas augmenter les taxes? Une majorité de Sherbrookois a bien sûr voté en faveur d’un répit dans la croissance irrésistible de ce fardeau fiscal. S’il est ardu de ne pas succomber à cette tentation, est-ce qu’il y a une réelle économie à en espérer? Poser la question, c’est un peu y répondre à la fois.

L’entretien des rues d’une ville correspond à peu de choses près à celui d’une résidence. Tout propriétaire averti sait pertinemment qu’il est plus économique de réaliser les travaux de réparation et de réfection au moment approprié. Tout report dans le temps ne fait qu’augmenter la facture totale en bout de ligne, sans compter les risques courus durant l’intervalle et les dommages collatéraux! Les automobilistes en sont les premiers à en subir les conséquences. Le délabrement des rues de Sherbrooke leur occasionne des coûts supplémentaires pour la réparation de leur véhicule.

Sommes-nous collectivement gagnants de profiter d’un gel de taxes, aussi temporaire qu’illusoire? Un jour ou l’autre, quelqu’un devra bien acquitter la facture. Reporter des travaux à plus tard revient en somme à remettre l’addition aux futures générations de contribuables. Est-ce le signe d’une administration responsable qui a le souci d’assumer ses devoirs? Dans cette évaluation, il faut bien sûr tenir compte des décisions prises par les administrations précédentes qui ont également choisi de ménager les contribuables en rognant sur les travaux d’entretien. Rappelons seulement le geste courageux du conseil municipal de Bernard Sévigny qui a essayé de rattraper le temps perdu en maintenant les investissements routiers à 10 M$ par année au cours des cinq dernières années. Il en a payé le prix aux dernières élections.

Patrice Grondin a fait preuve d’un courage certain en soutenant publiquement, à la lumière de ces chiffres, que « les investissements ne sont pas suffisants ». Il faut remercier ces fonctionnaires qui placent l’intérêt du public avant celui des politiciens. Serait bien mal venu quiconque oserait lui reprocher sa franchise.

Les Sherbrookois sont les premiers responsables de l’état de leur réseau routier. Ils devront retenir que la multiplication des nids-de-poule ne provient pas d’une malédiction du ciel, mais d’un choix politique. Compter sans cesse sur des subventions pour entretenir sa maison n’apparaît également pas comme une vision responsable de l’avenir.