Entre deux joints

ÉDITORIAL / Justin Trudeau avait promis de légaliser la marijuana récréative au Canada : les recommandations du groupe de travail présidé par l'ancienne ministre libérale Anne McLellan lui donnent maintenant les balises pour aller de l'avant.
Et c'est là que ça va se compliquer.
La consommation de marijuana fait pratiquement partie des moeurs au Canada.
Or son commerce profite exclusivement au crime organisé qui n'a rien à faire de l'impact social et sanitaire de cette drogue « douce » qui ne l'est plus vraiment puisque la concentration de sa principale composante psychotrope, le THC (tétrahydrocannabinol), a augmenté de 300 à 400 pour cent depuis les années 70.
Bizarrement, le rapport du groupe de travail ne se prononce pas sur la teneur en THC, pas plus que sur l'impact de cette drogue sur la maturation cérébrale des adolescents.
Il propose de permettre aux Canadiens de 18 ans et plus de pouvoir se procurer de la marijuana et d'en posséder jusqu'à 30 grammes en toute légalité, tout en laissant aux provinces la possibilité de hausser la limite d'âge.
Parallèlement, le groupe invite Ottawa à octroyer des licences à un grand nombre de producteurs qui se qualifient afin de permettre aux petits d'avoir leur part de marché.
Quant à l'approvisionnement, le groupe de travail juge qu'il n'est pas souhaitable que cela se fasse dans les commerces de tabac et d'alcool, comme la SAQ au Québec, ni dans des endroits situés à proximité des écoles. Il suggère plutôt l'ouverture de centres de distribution avec un personnel formé. Privés ou étatisés? Aux provinces de décider.
Autre aspect, la légalisation de la marijuana, comme cela se fait dans certains états américains comme le Colorado, permettrait aux gouvernements d'engranger d'importants profits.
Selon l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques, la vente de ce produit pourrait représenter des redevances annuelles de 457 millions $ uniquement pour le gouvernement du Québec!
Parallèlement, la légalisation permettrait sans doute d'enlever une bonne partie de ce marché lucratif au crime organisé, mais à la condition que le prix de vente soit suffisamment bas pour inciter les consommateurs à s'approvisionner légalement. Sinon, ce sera peine perdue.
Au plan, légal, il est plutôt injuste et improductif qu'un consommateur occasionnel de « pot » récréatif se retrouve avec un dossier criminel et que son cas contribue à embourber davantage le système de justice.
En revanche, les problèmes prévisibles de surconsommation, de délinquance liée à cette drogue, sans parler des risques élevés de conduite avec les facultés affaiblies (ou enfumées...) font sûrement sourciller les policiers et les professionnels de la santé.
Paradoxalement, le gouvernement du Canada reconnaît que la consommation de marijuana peut à long terme causer des problèmes de santé physique, dont des troubles pulmonaires et respiratoires, et de santé mentale, notamment nuire à la concentration, engendrer des pertes de mémoire et affecter la capacité à prendre des décisions, particulièrement chez les jeunes.
Maintenant qu'il a ouvert la porte, le gouvernement Trudeau doit prendre le temps de bien analyser le rapport du groupe de travail, élaborer un cadre juridique solide et prévoir un organisme national pour le conseiller et mener des campagnes de sensibilisation aux effets de la marijuana et à ses dangers, à l'image par exemple d'Éduc'alcool.