Denis Dufresne
La Tribune
Denis Dufresne

Entorse à la démocratie

ÉDITORIAL / La saga de Destination Sherbrooke, dont les procès-verbaux ont été retenus pendant plusieurs mois, constitue une entorse sévère à la démocratie municipale et doit inciter la Ville de Sherbrooke à faire preuve de davantage de transparence.

Les élus doivent avoir accès à toute l’information nécessaire pour guider leurs décisions et leur permettre de répondre aux citoyens, et aux journalistes, en toute connaissance de cause.

Le cas de Destination Sherbrooke est un bon exemple d’une tentative de cacher de l’information et n’est malheureusement pas le seul à la Ville de Sherbrooke.

Récapitulons : les procès-verbaux d’avril à août 2019 de cet organisme papa-municipal, au sujet d’une analyse de la firme Raymond Chabot Grant Thornton sur l’impact économique du tourisme à Sherbrooke, ne se sont jamais rendus au conseil municipal, pas plus que le rapport lui-même, livré en mai 2019.

Et cela à l’insu du conseil d’administration de Destination Sherbrooke qui, lui, voulait faire connaître les résultats de l’analyse !

L’ex-présidente de l’organisme, la conseillère municipale Annie Godbout, a justifié sa décision de retenir ces documents par crainte que les journalistes tentent de les obtenir via la Loi sur l’accès à l’information, avant que les élus en prennent pleinement connaissance.

Il s’agit là d’une conception très étroite de la démocratie municipale.

On ne voit pas pourquoi un rapport sur l’impact économique du tourisme à Sherbrooke, du reste payé par les fonds publics, puisse être gardé secret sous prétexte que les journalistes auraient pu en faire état.

On ne parle pas ici d’un dossier mettant en cause la sécurité publique ou traitant de données stratégiques confidentielles.

En entrevue à La Tribune, Rémy Trudel, ex-ministre des Affaires municipales et professeur à l’École nationale d’administration publique, rappelle qu’on ne peut retenir un document par crainte d’interprétation des résultats.

« Tout ce que l’on fait en administration publique doit être rendu public à moins d’avoir des motifs raisonnables », dit-il et, sinon, « les raisons doivent être données ».

Cette histoire n’est rien pour donner confiance aux citoyens envers leur gouvernement municipal.

Elle a aussi un effet démobilisateur chez Destination Sherbrooke, dont deux administrateurs, Marco Corbin et Laval Chartré, viennent de remettre leur démission.

Cette façon de procéder est d’autant plus choquante et, à la limite, étrange, puisqu’elle survient au moment où la Ville est en processus de révision de sa gouvernance en développement économique et que les élus ont récemment été appelés à amputer d’un tiers le budget de Destination Sherbrooke.

Il est tout à fait sain et légitime que la Ville veuille revoir la gouvernance et le mandat des organismes paramunicipaux, mais le fait de cacher de l’information est une insulte à l’intelligence des conseillers municipaux et des citoyens.

Malheureusement, il ne s’agit pas du premier dossier dans lequel la Ville de Sherbrooke tente de dissimuler ou de retarder la divulgation d’information.

On l’a va vu dans le dossier de Valoris, où des élus ont souvent eu l’impression de ne pas avoir l’heure juste au sujet des difficultés financières et organisationnelles de ce centre de valorisation des matières résiduelles, problèmes qui ont entraîné une hausse vertigineuse des tarifs et contribué à l’augmentation des taxes municipales de près de 6 % pour l’année 2020.

L’an dernier, la conseillère Évelyne Beaudin avait dénoncé le comité consultatif d’urbanisme pour avoir retenu des procès-verbaux sur un projet résidentiel controversé dans un milieu humide du chemin Rhéaume.

Les villes constituent le palier de gouvernement le plus proche des citoyens et, conséquemment, les élus municipaux traitent des dossiers qui touchent directement leurs commettants.

Retenir des informations est contraire à la démocratie municipale et aux intérêts des citoyens.

La Ville de Sherbrooke doit mettre fin à cette culture du secret.