Encore des questions

ÉDITORIAL / L’acquisition par le géant ferroviaire Canadien Pacifique (CP) du chemin de fer de Central Maine & Quebec Railway (CMQR), qui va grosso modo de Farnham à la frontière du Maine, est bien accueillie par les élus de la région et l’Alliance du corridor ferroviaire Estrie-Montérégie.

Toutefois, beaucoup de questions demeurent sans réponse quant aux intentions du nouveau propriétaire, notamment en ce qui a trait à la sécurité ferroviaire.

Depuis la tragédie de Lac-Mégantic, en 2013, plusieurs observateurs, dont la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic, dénoncent le piètre état des rails de la CMQR, sur la base d’observations sur le terrain, bien que la compagnie ait toujours soutenu bien entretenir son réseau. 

En septembre, Transports Canada a ordonné à CMQR de procéder à des réparations urgentes à la suite d’un rapport d’inspection faisant état de 253 rails défectueux entre Farnham et Lac-Mégantic. 

De plus, deux déraillements partiels de convois de marchandises sont survenus, l’un à Nantes en août et l’autre à Bolton-Ouest samedi dernier.

Ces deux incidents n’ont pas fait de blessés, mais ont suscité la colère des citoyens et des élus.

Enfin, il y a quelques jours, Radio-Canada Estrie révélait que la Ville de Sherbrooke songeait à exercer un recours contre CMQR en raison du mauvais état de la voie ferrée et de sa structure de soutien dans le secteur du barrage Drummond.

Ces situations ne font qu’entretenir un sentiment d’insécurité au sein de la population, d’autant plus que même les municipalités ont de la difficulté à avoir l’heure juste sur l’état du réseau.

Le CP est-il prêt à remettre à niveau ce tronçon ferroviaire une fois pour toutes plutôt que de procéder à la pièce et de faire le minimum comme cela semble avoir été le cas ces dernières années?

Transports Canada doit démontrer davantage de fermeté et exiger que le nouvel exploitant investisse les sommes nécessaires pour rendre le tronçon vraiment sécuritaire.

On a trop entendu le ministre Marc Garneau répéter que la sécurité ferroviaire est sa priorité alors que de nombreuses lacunes persistent sur le tronçon de la CMQR.

Selon Robert Bellefleur, porte-parole de la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic, l’arrivée du CP « n’est pas nécessairement un gage de sécurité ferroviaire » puisque la compagnie connaît elle aussi des failles en matière de sécurité.

Du reste, elle est actuellement visée par une enquête du Bureau de la sécurité des transports (BST) du Canada à la suite d’un déraillement survenu en Colombie-Britannique, en février dernier, où trois membres de l’équipe de train sont décédés.

Le président et directeur général du CP, Keith Creel, s’est réjoui que cette transaction donne à son entreprise un « vrai réseau allant d’un océan à l’autre », dont un accès au Nouveau-Brunswick où se trouvent les installations de la pétrolière Irving.

Le ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, dit avoir obtenu l’assurance que le CP ne transportera pas de pétrole sur le réseau. 

On demande qu’à la croire. 

Mais qu’en sera-t-il une fois la voie de contournement de Lac-Mégantic complétée, en 2023?

Il faut aussi rappeler que le CP est poursuivi par le gouvernement du Québec, des compagnies d’assurance et un groupe de citoyens en lien avec la tragédie de Lac-Mégantic, qui avait fait 47 morts et détruit le centre-ville. Les poursuivants font valoir que la compagnie avait la garde et le contrôle du pétrole de schiste provenant du Dakota du Nord, transporté par la défunte Montreal Maine & Atlantic.

Le CP est une grande entreprise avec les moyens techniques et financiers pour bien faire les choses. Elle doit toutefois se mettre à l’écoute de la population et démontrer qu’elle veut être un bon citoyen corporatif.