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En tout temps, roulons avec classe

Léo Gagné, ingénieur
Léo Gagné, ingénieur
Délégué technique au comité directeur en cyclisme pour tous, FQSC
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POINT DE VUE / Le printemps revient et, avec lui, comme à chaque année, on voit sortir de leur salle de torture hivernale les cyclistes de tous âges et de tous calibres. Pour plusieurs d’entre eux, ils auront passé l’hiver à pédaler sur leur monture greffée à une base électromagnétique contrôlée par ordinateur pour leur permettre de garder la forme et devenir plus performants. Pour les automobilistes, c’est le retour à une réalité mise de côté durant l’hiver, soit celle de voir autre chose que des autos et des camions sur la route. Oui, les cyclistes sont de retour, mais les piétons et les coureurs aussi! D’où l’importance de se rappeler que nous sommes tous à la fois automobilistes, cyclistes, coureurs et marcheurs et que nous devons dès maintenant prendre de bonnes habitudes. Celles-ci se perdent vite, malheureusement!

À qui appartient la route? C’est un débat sans fin, qui soulève les passions et son lot de positions fermées basées sur la méconnaissance des lois et de l’histoire. Comme je n’ai aucune intention de brasser le chaudron de la haine ici, je ne vais pas m’étendre sur le sujet. Rappelons simplement ici que l’asphalte a été inventé avant l’automobile…

Le Code de la sécurité routière (CSR), qui a été révisé en 2018, est la loi qui s’applique ici, au Québec. Ce code est complexe, rempli d’articles et sous-articles, de règles et d’exceptions. Bien peu de gens peuvent prétendre le connaitre par cœur, au complet. Mais le Code est bien écrit. Il se lit facilement. Contrairement aux documents fournis avec tout appareil électronique que vous achetez, ce ne sont pas des charabias d’avocats qui sont écrits en lettres microscopiques, mais bien des articles faciles à comprendre, très clairs. Rien n’est parfait, mais en général, c’est un bon code de conduite qui s’applique à tout le monde, pas juste aux automobilistes. Il reste encore du chemin à faire pour l’adapter aux réalités changeantes de notre époque, mais il évolue et ça vaut la peine de le relire régulièrement.

Je vous invite donc à le lire en consultant ce site.

En gros, le premier article du code nous rappelle à qui appartient la route: à tous! Et l’article 3.1 nous informe du gros bon sens: le plus gros doit «protéger» le plus faible, et le plus faible doit agir en connaissance de cause, de manière correcte.

Je suis automobiliste

En tant qu’automobiliste, j’ai des droits, mais j’ai surtout des devoirs, des responsabilités. Conduire une automobile, un camion, une moto, c’est un privilège et non un droit sacré. Et ce privilège va avec une obligation de bien me comporter, de respecter les règles. Toutes les règles… pas juste celles qui font mon affaire!

Dans la vision de l’article 3.1, que je dois garder en tête tout le temps, il m’incombe de m’assurer que ma conduite soit respectueuse de la sécurité des autres usagers de la route, particulièrement envers ceux qui sont plus petits, moins bien protégés.

Lorsque je circule, peu importe la limite de vitesse, je dois m’assurer de rouler à une vitesse convenable à la situation, sans excéder la limite. Ce n’est pas parce que la pancarte dit «50 km/h maximum» que je dois rouler à 50 km/h. S’il y a des enfants qui jouent, des cyclistes et des coureurs qui utilisent la route, je dois ralentir et faire attention à eux. Aucun argument de temps n’est valable, si on a peur d’arriver en retard, on n’a qu’à partir plus tôt!

Connaître les lois et les comprendre

Saviez-vous que certains articles du code ont été renforcés afin de mieux baliser l’interprétation de ceux-ci? Par exemple, l’article 341 du CSR dit, en gros, que personne n’a le droit de dépasser un cycliste s’il n’est pas possible de le faire en gardant une distance sécuritaire (un mètre pour les zones de 50 km/h ou moins, 1,5 mètre pour les zones de plus de 50 km/h). Il y est maintenant clairement inscrit que le conducteur doit déplacer son véhicule dans l’autre voie, même s’il y a une ligne double, si ce n’est pas possible de garder la distance sécuritaire. Et cette règle reste vraie même si le cycliste roule dans l’accotement. Et quand on dit un mètre ou 1,5 mètre, il faut l’interpréter non pas comme la distance entre le coude du conducteur et la tête du cycliste, mais celle entre le point le plus éloigné du véhicule (le rétroviseur droit ou la remorque en arrière) et le premier point de contact du cycliste (souvent son coude… ou sa remorque à bébé). Encore beaucoup trop de gens croient qu’ils doivent demeurer à l’intérieur de la ligne et mettent en danger les cyclistes et les piétons. Se faire frôler par un camion-benne de quatre essieux remorquant une machinerie lourde à quelques centimètres de sa tête, c’est une expérience que j’ai récemment vécue et que je ne souhaite à personne. Retenez ceci: chaque fois qu’un véhicule frôle un cycliste, celui-ci frôle la mort.

Avoir du jugement, rester calme

En tant qu’automobiliste, je me dois de faire preuve de bon jugement. Si un groupe de coureurs ou de marcheurs passent devant moi à un arrêt, même si le CSR dit que c’est à tour de rôle, il est évident que pour ce groupe, le fait de rester groupé augmente leur niveau de sécurité. Les laisser passer en groupe ne me mettra pas en retard (relire plus haut si nécessaire). La courtoisie m’invite à leur céder le passage et les saluer.

La plupart des erreurs commises par les automobilistes surviennent lorsque les gens sont soit distraits, soit préoccupés, soit trop pressés. Du calme, du calme! Rouler à 50 km/h dans une zone de 50 km/h, ce n’est pas la fin du monde! Même chose pour les zones de 70 et 90 km/h. Vous ne gagnerez que quelques secondes à rouler plus vite, mais ce faisant, vous mettez en péril la vie des autres, car le risque croit de manière exponentielle et non linéaire. La distance de freinage varie avec le carré de la vitesse.

Je suis cycliste

En plus d’être un automobiliste, je suis cycliste sur route. J’ai une panoplie de vélos tous plus performants les uns que les autres, je porte des vêtements en Lycra®, non pas pour me donner du style, mais bien pour ma protection et mon confort. Et je roule «fort»… Si en moyenne je roule environ 30 km/h lors de mes sorties, il m’arrive régulièrement de rouler à 40, 45, 50 km/h, malgré mes 53 ans. Un vrai MAMIL (Middle-Age Man In Lycra)! Pas question pour moi de m’élancer sur une piste cyclable bondée de jeunes enfants et de promeneurs de chien à ces vitesses, ce serait complètement irresponsable. Sachez, amis automobilistes, que je ne suis absolument pas obligé de prendre les pistes cyclables. Celles-ci sont très souvent conçues pour le cyclisme récréatif lent et sont empruntées par bien d’autres types d’utilisateurs. Je sais que ceci peut facilement enflammer les débats, mais mon but n’est pas là, je veux simplement vous rappeler ce que dit la loi. Pour ce qui est de la qualité des infrastructures, on en reparlera en prenant une bière ensemble, il y a encore beaucoup de travail à faire de ce côté.

Respecter l’essence de la loi

Le Code de la sécurité routière parle de moi, le cycliste, dans plusieurs articles. Le CSR m’autorise à rouler sur la voie publique, à y prendre ma place. Il m’invite à respecter les autres usagers et invite ceux-ci à me respecter. Le respect attire le respect! Le manque de respect génère de la grogne qui me met en danger.

En tant que cycliste sur route, je choisis mes trajets en fonction de mes capacités et de mes habiletés. Je ne vais pas m’élancer sur un boulevard si j’y mets ma vie en danger. Par contre, je ne m’empêche pas de prendre certaines routes passantes si je peux le faire de manière sécuritaire. S’il y a un accotement en bon état, propre, alors je m’y installe, en espérant que les automobilistes se souviendront qu’ils doivent tout de même garder la distance sécuritaire avec moi.

Aux arrêts obligatoires, je m’arrête. Mon arrêt peut parfois être très court, je repars immédiatement, mais parfois, je dois poser le pied par terre et attendre mon tour. C’est alors la valse des invitations des automobilistes à me laisser passer sans m’arrêter… ou à me foudroyer des yeux si j’ose passer devant eux! Sachez que pour ma part, du mieux que je peux, je tente de respecter le sens de la loi, je m’immobilise et j’invite les automobilistes et autres usagers à suivre les règles qui sont les mêmes pour tout le monde.

Cette règle s’applique aussi aux groupes de cyclistes: tout le groupe s’arrête! Est-ce que tout le groupe repart ensemble? Selon la loi, non, c’est chacun son tour. La logique, cependant, veut que le groupe reste uni, alors laissons passer les automobilistes et repartons ensemble après, et non avant eux, si on tient à repartir en groupe.

Au feu rouge, je m’arrête, point! Je ne repars que lorsque c’est vert, point ! Si je veux tourner à droite au feu rouge, je m’arrête d’abord et si je peux le faire légalement, je tourne à droite après m’être assuré que je ne mets la vie de personne en danger en faisant ça; un piéton, ça peut surgir de n’importe où! Si je veux traverser à une intersection lorsque le feu de piéton est activé, je m’arrête d’abord avant de le faire: relire la phrase précédente pour se rappeler de la motivation.

En groupe, je garde une distance correcte afin de pouvoir manœuvrer, je ne suis pas au Tour de France! On roule l’un derrière l’autre autant que possible, et s’il y a un relais ou un dépassement à faire, celui qui se fait dépasser se retrouve à la droite du groupe, comme ça se fait pour tous les véhicules sur la route: on dépasse à gauche… et on signale le dépassement!

Le fait d’être cycliste ne m’absout pas de respecter le CSR. Au contraire! Rappelez-vous de l’article 3.1: je dois me comporter correctement en faveur de ma propre sécurité. Passer sans m’arrêter à un feu rouge ne joue certainement pas en faveur de ma sécurité!

Je suis père de famille

Je crois que c’est ici que bien des gens perdent la mémoire et oublient l’essentiel. En tant qu’automobiliste, je devrais toujours garder en tête que les autres usagers de la route sont aussi des mères et des pères, des grands-parents, des amis, des sœurs et des frères. Ce ne sont pas des ennemis!

En tant que cycliste ou piéton, je dois aussi m’en rappeler: je dois revenir à la maison en vie, pas dans un corbillard! Je dois agir de manière responsable et réfléchir aux conséquences de mes gestes.

Quand je croise un motocycliste, un cycliste ou un coureur, je le salue. En auto, si je faisais ça, j’aurais toujours la main en l’air, il y a tellement de voitures sur la route, ça finirait par devenir dangereux! Mais peu importe, ce geste anodin de se saluer, c’est montrer qu’on s’est vu, qu’on partage le même plaisir de faire une activité qu’on aime, qu’on se reconnait en tant que personne qui vit un bon moment, que nous sommes tous sur la même route… du bonheur!

Alors cet été, roulons avec classe!

Léo Gagné est père de famille et récipiendaire du prix Roulons avec classe 2017 remis par la SQ et la Fédération québécoise des sports cyclistes (FQSC)