En mal d'humanité

ÉDITORIAL / Année de la peur, des désillusions et du repli sur soi : 2016 s'est terminé sur une note amère tant ici que dans le monde.
Le terrorisme islamiste, la guerre en Syrie, la montée de la droite populiste et le sentiment que les gouvernements et les institutions n'arrivent plus à endiguer les crises de notre temps sont au coeur de nos angoisses collectives.
De ce côté-ci du globe, l'élection de Donald Trump aux États-Unis a été l'un des événements les plus spectaculaires et inattendus de l'année au point de marquer l'émergence d'une nouvelle façon de faire de la politique basée sur les préjugés, la vulgarité, le mensonge et la manipulation des faits.
Le phénomène a d'ailleurs trouvé écho aux Philippines avec l'arrivée au pouvoir du président Rodrigo Duterte, aussi vulgaire qu'imprévisible, et adepte de l'assassinat des criminels.
La guerre en Syrie, qui a fait plus de 400 000 morts depuis 2011, a donné comme jamais un visage à la violence aveugle et à l'extrême horreur que vivent quotidiennement des êtres humains comme nous.
L'agonie d'Alep, la famine qui affecte 5 millions de personnes au Soudan du Sud en raison d'une guerre civile ou le massacre de civils au Yémen, où une coalition menée par l'Arabie saoudite, partenaire économique du Canada, bombarde les écoles et les hôpitaux, témoignent de « l'effondrement complet de l'humanité », comme l'a décrit l'Organisation des Nations unies.
Et dirait-on, à l'ère de la post-vérité, où les médias sociaux charrient des opinions à la place des faits et des analyses sérieuses, nul élan de solidarité ou d'indignation en Occident... Comme si nous étions désormais indifférents à la souffrance des autres, consacrés à nos amitiés virtuelles et à notre petit bonheur individuel.
La consommation est un refuge sans égard à l'endettement ou à notre responsabilité environnementale.
Après avoir frappé l'imagination en 2015 avec l'arrivée en Europe de plus d'un million de réfugiés fuyant la guerre au Moyen-Orient et dans certains pays d'Afrique, la « crise » des migrants s'est estompée en 2016 avec un peu plus de 350 000 personnes qui ont trouvé refuge en Europe.
Le Canada a fait sa part et a accueilli 40 000 réfugiés en provenance de la Syrie en 2016, dont 7300 au Québec, grâce notamment au parrainage privé et à un élan collectif pour permettre à ces gens de refaire leur vie ici.
Paradoxalement, alors que les conflits perdurent au Moyen-Orient, Ottawa a annoncé que le nombre total de réfugiés qui viendront au Canada en 2017 sera réduit. Notre bel élan du coeur n'aura-t-il été que passager?
Contre le cynisme devant les conflits, la misère humaine, les organisations internationales dysfonctionnelles et les gouvernements qui se contentent de gérer l'État à la petite semaine, s'opposent heureusement les initiatives citoyennes et les rares bons coups de politiciens qui osent dire non au cynisme ambiant.
L'enquête fédérale sur les femmes autochtones disparues et assassinées, l'accord de Paris sur le climat, les nouvelles initiatives pour la lutte contre les violences sexuelles, l'accord de paix en Colombie et la mobilisation pour faire libérer le blogueur Raïf Badawi sont porteurs d'espoir.
Plus que jamais, la défense des droits sociaux et de l'environnement, la lutte contre les inégalités et l'obscurantisme religieux, tout comme le droit à l'éducation, sont à l'ordre du jour.