Isabelle Boisclair

Écouter les femmes

Ah, les femmes! Ces muses extraordinaires, ces beautés ineffables, ces.… Hum. Revenons à la réalité : les femmes sont sous-payées, harcelées, agressées, violées, tuées... parce qu’elles sont des femmes. Moins romantique, moins sentimental; certainement plus réaliste. Et des femmes prennent la parole et usent du hashtag aujourd’hui pour rappeler la réalité, pour dire : « Parlons des vraies affaires ». Il faut les écouter. Et si on les écoute, on entend que parmi d’autres, deux questions doivent nous occuper particulièrement ici et maintenant : la parité et la violence sexuelle.

La parité, c’est désormais entendu, doit être atteinte partout : non seulement en politique – il en va de la légitimité de la représentation –, mais dans toutes les sphères d’activités, aussi bien dans le domaine des affaires que dans le domaine de la culture, du sport, de la santé. J’allais ajouter de l’éducation : s’il est vrai que les femmes ne sont pas encore paritaires dans l’éducation supérieure et son administration, il reste qu’elles sont toujours majoritaires aux niveaux primaire et secondaire. Quand ces secteurs d’enseignement seront revalorisés – et ils doivent l’être –, les hommes s’y intéresseront probablement davantage, va savoir. Mais une chose est sûre : nous avons tous et toutes à gagner à instaurer un monde mixte partout : parce que l’humanité, elle est mixte – elle est même plus que ça : elle est bigarrée, elle est diverse, elle est de toutes les couleurs.

Les violences sexuelles. On les entend enfin, les femmes. Non pas qu’elles ne parlaient pas, depuis des millénaires; non pas qu’on ne les a jamais écoutées non plus, soyons honnêtes : à force de revendiquer et revendiquer, elles ont obtenu des droits qui leur reviennent. Mais ces droits reconnus n’ont jamais empêché qu’on les bafoue jusqu’à nier leur subjectivité désirante : harcelées, agressées, violées, tuées, les femmes crient désormais très fort et souhaitent qu’on fasse plus que simplement les écouter : elles exigent d’être entendues, exigent qu’on les respecte, qu’on les traite comme ce qu’elles sont, des humaines.

L’heure est à l’action.

L’instauration de la parité, c’est chacun·e de nous, peu importe son emploi, le poste occupé, qui peut y contribuer. Qu’on programme un évènement, qu’on embauche du personnel, qu’on constitue une équipe de travail, voilà, faut enlever ses œillères et penser à inclure des femmes. Même à l’échelle personnelle : un petit examen de sa bibliothèque, de sa discothèque – de ses playlists –, des affiches accrochées au mur aussi, pour constater, peut-être, que les hommes y dominent. Allez, faut mixiser un peu tout ça; écouter les femmes, ça commence aussi par là. Un petit examen disais-je, mais t’inquiète, il n’y a pas de notes – même pas tenu de dévoiler les résultats; c’est pas un test Facebook à partager, c’est un dialogue avec toi-même : est-ce que je les écoute, les femmes, moi, est-ce que je m’intéresse à ce qu’elles font, à ce qu’elles disent?

De même, la fin des violences sexuelles, nous pouvons tous et toutes y contribuer. Parce que c’est nous tous et nous toutes qui valorisons les héros machos, qui rions aux blagues sexistes, qui perpétuons, bref, cette culture du viol, laquelle banalise les violences faites aux femmes, nie leur subjectivité, et les bafoue tous les jours. Mais c’est aussi et surtout bien sûr ceux-là qui utilisent les femmes pour s’assurer de leur pouvoir qui peuvent y mettre fin. Basta. Les femmes ne sont pas des objets dont on peut disposer comme on veut – et leur vocation n’est pas de satisfaire qui que ce soit.

Voilà. Écouter les femmes – toutes les femmes, il faut insister, car certaines ont été invisibilisées dans les luttes –, parce qu’elles sont là, humaines parmi les humains. Écouter les femmes. Pas seulement les regarder.

Isabelle Boisclair
Professeure en études littéraires et culturelles à l’Université de Sherbrooke