Eau potable: Québec doit agir

ÉDITORIAL / Le gouvernement du Québec doit réagir sans délai à l’étude de la firme BlueLeaf, de Drummondville, qui fait état de la présence de contaminants potentiellement toxiques et cancérogènes dans l’eau potable de 19 municipalités de l’Estrie et du Centre-du-Québec, dont Sherbrooke.

L’étude réalisée sur une période de trois ans a porté sur 70 produits que l’on retrouve dans l’eau de consommation. Elle met au jour la présence de pesticides, de produits pharmaceutiques et de produits chimiques industriels, à diverses concentrations.

Les chercheurs se sont particulièrement intéressés aux municipalités rurales qui tirent leur eau potable de sources souterraines. 

La présence de produits pharmaceutiques dans des échantillons d’eau souterraine (dans 16 % des cas) est particulièrement inquiétante lorsque l’on sait que près de 30 % des foyers québécois s’approvisionnent dans un aquifère.

Cette situation peut sans doute s’observer dans de nombreuses autres régions. 

L’étude confirme également la présence de plusieurs pesticides dans l’eau potable traitée dont certains sont liés à des malformations congénitales ou à des naissances prématurées.

Les chercheurs ont également détecté à plusieurs reprises et dans plusieurs municipalités la présence de cyclophosphamide (dans 16 % des échantillons), un produit pharmaceutique utilisé en chimiothérapie considéré comme cancérogène et un agent génotoxique.

Les chercheurs se basent notamment sur plusieurs études médicales et scientifiques pour appuyer leur dire.

Ces contaminants peuvent provenir de diverses sources : eaux usées, médicaments jetés dans les toilettes, activités agricoles ou industrielles ou encore percolation du contenu de fosses septiques vers la nappe phréatique.

BlueLeaf, qui se définit comme une entreprise privée à vocation sociale, a réalisé cette étude (publiée dans le Water Quality Research Journal de mai 2019) avec la collaboration de cinq chercheurs et professeurs de l’Université de Sherbrooke.

À la lumière des résultats et des impacts possibles sur la santé humaine, les auteurs plaident pour une étude d’évaluation des risques sur les effets combinés et cumulatifs de ces différents contaminants sur la santé.  

Les résultats commandent également une révision des normes sur l’eau potable au Québec.

Actuellement seulement une trentaine de produits sont « normés » dans la province alors que plus de 80 000 substances pharmaceutiques, chimiques et industrielles peuvent se retrouver dans l’environnement.

La situation diffère évidemment selon que les municipalités soient urbaines ou rurales ou encore qu’on y retrouve ou non des activités agricoles ou industrielles.

Barry Husk, président de BlueLeaf inc., parle de deux classes de municipalités : celles de 5000 habitants et plus, où les normes pour l’eau potable et la fréquence des analyses sont plus élevées, et celle de 5000 habitants et moins, qui s’approvisionnent généralement auprès de sources d’eau souterraine et où les exigences sont moins sévères.

La qualité des eaux souterraines est de plus en plus menacée par l’urbanisation, les changements climatiques, l’agriculture intensive et les rejets de toute sorte.

Parallèlement, des produits pharmaceutiques peuvent se retrouver dans les stations d’épuration des eaux usées sans être traités.

Il est donc impératif que le gouvernement s’associe avec les scientifiques pour revoir et resserrer les normes pour l’eau potable autant en milieu urbain que rural.

Car, si les observations des chercheurs de BlueLeaf sont exactes, elles démontrent un réel problème de santé publique qui touche probablement de nombreuses autres municipalités québécoises.