Du concret

Éditorial / Lorsque la Ville de Sherbrooke fait un bon coup, il faut le souligner.
L'arrivée d'un consortium privé pour développer le futur quartier des affaires « Well inc., entreprendre ensemble » démontre que ce projet accueilli avec un certain scepticisme lors de son dévoilement en octobre dernier est véritablement sur les rails.
Visiblement, la décision de l'administration Sévigny d'acquérir une série d'immeubles de la rue Wellington Sud en vue de les démolir pour créer un nouvel environnement urbain et donner un second souffle à ce secteur en désuétude était la bonne.
Well inc. avait besoin de cet investissement pour démarrer et se donner une crédibilité : le consortium, formé du fonds immobilier de la FTQ, du Groupe Custeau et de l'entreprise SherWeb, projette de construire un ou deux immeubles totalisant 14 000 mètres carrés, avec une place publique et un stationnement intérieur.
Le groupe a obtenu une entente d'exclusivité d'une période de six mois, sans appel d'offres, pour établir les coûts du projet évalué pour le moment à 50 millions $, ce qui devrait permettre de lancer les travaux de construction en 2018 en vue de l'arrivée des premiers locataires en 2019.
Des organismes voués au développement économique y seront logés, de même que des services de la Ville de Sherbrooke, « si le coût n'est pas trop élevé », prévient le maire Bernard Sévigny.
Jusqu'ici, la Ville, dont on attend toujours le plan d'affaires pour ce projet, a investi 160 000 $ pour une équipe qui accompagnera les promoteurs et assurera la coordination et le suivi. Elle a aussi procédé à la démolition de deux anciens bars de la rue Wellington Sud.
Si tout va comme prévu, le consortium, qui doit mener des études préalables, procédera à la démolition de l'Hôtel Wellington Sud et du stationnement étagé à partir de la fin de l'année.
La formule privilégiée par la Ville a l'avantage de confier l'ensemble du projet à des investisseurs locaux, à l'exception de la FTQ, ce qui permettra sans doute une meilleure concertation.
Deux élus, Hélène Dauphinais et Jean-François Rouleau, émettent toutefois des bémols : d'abord parce que la Ville de Sherbrooke n'a pas procédé par appel d'offres pour ce qui est l'un des plus gros contrats des dernières années, ensuite en raison du manque d'information et du fait qu'on se lance dans des dépenses sans même avoir un plan d'affaires.
« Combien tout cela va-t-il coûter aux contribuables sherbrookois? » demande M. Rouleau, une question légitime qui mérite réponse.
La revitalisation de la rue Wellington Sud, située dans un secteur caractérisé par la pauvreté, les problèmes sociaux, les lots vacants et de nombreux locaux commerciaux inoccupés, est attendue depuis des années et le projet « Well inc. » offre une occasion unique d'y arriver.
Toutefois, ce futur lieu voué à l'innovation et au développement économique devra se faire en tenant compte des particularités du quartier et des besoins de sa population, notamment le très attendu projet de centre de jour pour les personnes en rupture sociale.
Les groupes communautaires, les locataires et les petits commerçants craignent à juste titre de voir le quartier s'embourgeoiser et d'assister à une augmentation des loyers, ce qui les obligerait à le quitter, au risque de créer davantage d'exclusion sociale.
« Well inc. » aura un impact non seulement sur Wellington Sud, mais aussi sur les rues environnantes comme Ball, Gillespie et Brooks, voire de l'autre côté du pont Aylmer.
Les groupes communautaires ont une expertise à partager : il fait les mettre dans le coup afin de s'assurer qu'il y ait une place pour tout le monde et que la vie continue après les heures de bureau.