Du concret !

ÉDITORIAL / Le problème des violences sexuelles sur les campus est maintenant connu et documenté de sorte que le gouvernement du Québec doit sans délai garantir aux universités les ressources humaines et financières nécessaires pour leur permettre de lutter contre ce phénomène.
Le rapport « Violences sexuelles en milieu universitaire au Québec », basé sur une enquête effectuée auprès de 9284 répondants dans six universités, rendu public hier, démontre que 36,9 pour cent des répondants ont rapporté avoir été victime de harcèlement, de comportement sexuel non désiré (incluant l'agression ou le viol), de chantage ou de menace depuis leur entrée à l'université.
Plus de deux tiers (71,3 pour cent) des victimes sont des femmes.
Pire, seulement 9,6 pour cent des participants ont signalé la situation à la direction de leur université, soit parce qu'ils estimaient que la situation n'était pas assez grave, par désir de tout oublier ou par crainte de ne pas avoir suffisamment de preuves.
Les chercheurs demandent un plan d'action gouvernemental pour obliger les établissements d'enseignement postsecondaire à lutter contre la violence sexuelle : politique institutionnelle, campagnes de sensibilisation permanentes, mécanisme permettant aux victimes et aux témoins de porter plainte ou de signaler un événement et embauche d'une ressource spécialisée en matière de violence sexuelle.
Il n'est pas normal que les femmes, jeunes ou d'âge mûr, ne se sentent pas en sécurité à l'université.
Ces données, aussi troublantes soient-elles, n'ont pourtant rien de bien nouveau.
L'Enquête sociale générale sur la victimisation de Statistique Canada de 2014 révélait que le taux de dénonciation des agressions sexuelles à la police n'est que de cinq pour cent.
En outre, seulement trois plaintes pour agressions sexuelles sur 1000 se soldent par une condamnation.
Malgré l'évolution des mentalités, le sexisme, le harcèlement et la loi du silence sont encore présents dans la société et dans les institutions aussi respectables que les universités.
Il faut du courage pour dénoncer et parfois encaisser les commentaires désobligeants : par exemple, Alice Paquet, qui a déposé une plainte de viol contre le député libéral Gerry Sklavounos, a vu son passé être scruté à la loupe par certains médias.
Les choses ont commencé à bouger en 2016 alors que le Québec a été secoué par les nombreuses dénonciations de femmes victimes d'agression sexuelle tant sur les campus, dans les forces armées, chez les autochtones, que dans les milieux sportifs ou institutionnels.
La vice-première ministre et ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault, a annoncé en octobre dernier une stratégie gouvernementale de lutte contre les violences sexuelles assortie d'une enveloppe de 44 millions $, dont 26 millions $ de nouveaux crédits.
Elle implique plusieurs ministères, dont celui de la Justice, de l'Éducation et de la Sécurité publique, de même que des organismes communautaires comme les Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel.
Parallèlement, en mars 2016, 16 universités de la province avaient lancé la campagne de sensibilisation « Sans oui, c'est non ».
On ne peut que se réjouir que la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, amorce ce mois-ci une tournée régionale de consultation pour prévenir les violences sexuelles dans les cégeps et les universités.
Mais en sommes-nous encore au temps des consultations ?
Les statistiques sont éloquentes et les actions à privilégier sont connues, il ne reste plus qu'à aller de l'avant.
À cet égard, on peut se demander ce qu'attend le gouvernement Couillard pour réintroduire les cours d'éducation sexuelle du préscolaire au secondaire, disparus depuis une quinzaine d'années. Ce serait là un bon moyen de préparer l'avenir.