Données personnelles : c’est déjà foutu

La catastrophe survenue chez Desjardins concernant les données personnelles fâche bien des gens. La chose se comprend aisément. Je ne peux cependant m’empêcher de penser qu’il y a là un bouc émissaire idéal : il est proche, on le connait bien, il fait pratiquement partie de la famille.

Or, plusieurs des mêmes personnes outrées iront refiler leurs données à un magasin qui offre un rabais alléchant en échange d’un abonnement, à un site web qui vend un t-shirt cool ou encore à une application qui les fait vieillir, fût-elle tenue par un anonyme russe parfaitement inatteignable. 

Sont-ils tous bêtes ? Non. Ils sont la preuve que c’est désormais banal, divulguer ses données personnelles. On ne se rend plus compte, à force de passer son temps à les refiler, à droite et à gauche. Alors, un de plus, qu’est-ce que ça peut bien faire ?

Après tout, le gouvernement fédéral les possède, idem pour le Gouvernement du Québec, pour la ville, l’université, l’école des petits, la banque, la Caisse, le fournisseur Internet, Bell, Hydro, Costco, l’hôpital, le CLSC, la librairie, le garage, etc. Etc. Alors, un de plus ?

Ainsi, sans s’en rendre nécessairement compte, les gens ont capitulé. Ils ont l’impression que ce n’est déjà plus un secret pour personne. Et puis, s’il fallait qu’on les vole, ils savent que les banques sont assurées et rembourseront les pertes.

Bref, il n’y a pas vraiment de panique et il n’y en aura probablement pas. C’est déjà foutu. On peut bien frapper Desjardins de toute sa déception, mais le fait est que les données ne sont plus tellement personnelles. À plus forte raison quand on sait que la Toile est ainsi faite : tout est relié, tout est interconnecté, tout circule. 

Évidemment, cette impression de résignation n’est pas l’attitude idéale à adopter. Elle se comprend, mais ne s’excuse pas. Il est temps de resserrer les mailles du filet et d’exiger plus de sérieux de la part de ceux qui détiennent nos données personnelles, comme il est temps d’exiger plus de sérieux de soi-même. 

Si au moins la catastrophe de Desjardins pouvait servir à ça... 


Cathy Tétreault

Directrice générale

Centre Cyber-aide