Plusieurs indices laissent croire que le président américain Donald Trump est devenu en quelque sorte une marionnette du président russe Vladimir Poutine, écrit l'analyste Gilles Vandal.

Donald Trump: un président mandchou?

ANALYSE / Le Candidat mandchou est un bestseller de la guerre froide publié en 1959 par Richard Condon. Ce roman devint dès 1962 un classique du cinéma américain, connaissant même une nouvelle adaptation en 2004. Dans ce célèbre thriller politique hollywoodien, les Chinois réussissent à infiltrer l’administration américaine et à placer un pantin comme président.

Depuis plus de deux ans, différents observateurs et analystes de la scène politique américaine s’interrogent à savoir si la fiction n’est pas devenue réalité. Constatant l’interférence des Russes dans l’élection présidentielle américaine, des magazines aussi réputés que The Atlantic, The Huffington Post et Vanity Fair et des journaux non moins célèbres que le New York Times ou le Washington Post notent comment Donald Trump représente un candidat mandchou idéal.

En effet, les liens entre la campagne présidentielle de Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine ont attiré de nombreuses comparaisons avec le célèbre roman. Et ce d’autant plus que ces liens sont corroborés par différentes enquêtes américaines provenant du FBI, des services de renseignements, deux comités du Congrès et Robert Mueller comme avocat spécial.

Ce vieux film fournit donc un prisme très intéressant pour décortiquer et comprendre la présumée collusion entre les sbires de Trump et les services secrets russes afin d’empêcher Hillary Clinton de devenir présidente. Avec Donald Trump, les États-Unis sont-ils victimes de la présence d’un président mandchou? Est-ce que les États-Unis sont devenus sous la gérance de Trump un État fantoche au service du Kremlin?

La politique favorable de Trump à l’égard de la Russie dépasse largement une simple alliance entre deux dirigeants ayant des affinités naturelles et cherchant à concilier les intérêts de leur propre pays. Différents témoignages montrent que Trump a développé cette affinité pour la Russie durant les années 1980 à travers diverses activités commerciales.

En dépit du fait que Trump nie l’existence de tout lien financier personnel avec la Russie, il a toujours refusé de divulguer ses dossiers fiscaux et d’étaler ses avoirs financiers. Ce faisant, il semble corroborer certaines allégations affirmant que la mafia russe aurait utilisé ses entreprises pour blanchir de l’argent. Il porte donc flanc à une possibilité de chantage de la part des Russes.

Depuis 70 ans, les services russes de renseignement ont cherché à influencer les élections européennes et américaines. Ces derniers ont depuis des décennies identifié et soutenu des individus clés pouvant servir leurs intérêts en les manipulant ou en les faisant chanter. Comme Trump s’est démarqué depuis plus de 30 ans comme un éventuel politicien rébarbatif aux valeurs traditionnelles américaines et un adepte des discours populistes, xénophobes et anti-immigration, les Russes avaient donc tout avantage à encourager son émergence.

Or, avec Vladimir Poutine, un ancien officier du KGB, Donald Trump est tombé sous la coupe d’un dirigeant autoritaire parmi les plus rusés du monde. Ce dernier savait non seulement comment flatter l’égo de Trump, mais aussi comment lui apporter la victoire en ordonnant à des milliers d’agents russes de mener une campagne efficace de piratage et de désinformation sur les réseaux sociaux.

Alors que Trump n’hésite pas à bousculer et à intimider les alliés traditionnels des États-Unis, il affiche une affinité personnelle, une admiration sans bornes et un empressement sans limites à travailler avec Vladimir Poutine. Non seulement il dénie l’existence même d’une interférence russe dans l’élection de 2016, mais il refuse de condamner l’aventurisme et le style dictatorial du président russe.

Clairement, Trump se comporte comme si les Russes avaient réussi à placer un cheval de Troie dans le système occidental. Depuis deux ans, Trump a critiqué sans relâche le rôle traditionnel de l’OTAN comme un tampon de sécurité multinationale. Il a même décrit l’organisation comme étant une alliance désuète dont les États-Unis pourraient se passer en développant une collaboration plus étroite avec les Russes dans une multitude de dossiers.

Toutefois, Trump dépasse le caractère du candidat mandchou développé dans le thriller classique de 1959. Non seulement il devient un «dormeur solitaire» cherchant à écarter Hillary Clinton, mais il poursuit une stratégie visant aussi à diviser et à démoraliser le parti républicain. Plus encore, sa stratégie consiste à «faire paraître les fanatiques extrêmes modérés». En ce sens, il menace les fondements mêmes de la démocratie.

Entre-temps, Trump a réussi à museler le parti républicain qui domine le Congrès américain. Non seulement les dirigeants républicains refusent de dénoncer l’interférence russe dans les élections américaines, mais ils endossent les courbettes de leur président devant Poutine. En ce sens, ils deviennent complices d’une vaste opération pour saper une des démocraties les plus vigoureuses du monde.

Mais là où la réalité dépasse la fiction, c’est que sous la gérance de Trump, nous assistons aux États-Unis à l’émergence non seulement d’un président mandchou, mais aussi d’un congrès mandchou et d’un gouvernement fédéral mandchou. En ce sens, nous assistons à un moment politique et historique à la fois unique, bizarre et effrayant.

Avec le sommet d’Helsinki, Vladimir Poutine est donc en mesure de cueillir les fruits d’un long travail d’infiltration. Le président Trump est devenu en quelque sorte une marionnette russe disposée à adoucir les politiques américaines anti-russes et à normaliser les relations entre les deux pays.

Décidément, ce roman classique nous interpelle plus que jamais aujourd’hui, comme si le surréalisme était devenu réalité. À bien des égards, Le Candidat mandchou fournit des repères narratifs presque prophétiques. D’un thriller apparemment absurde, le roman s’est transformé en un docudrame.