L’univers de Donald Trump est très simple: il suit littéralement un scénario similaire à celui du film Le Parrain.

Donald Trump, ce prototype d’un parrain de la mafia

CHRONIQUE / Cela peut paraître étrange de comparer le président des États-Unis, Donald Trump, à un parrain de la mafia. Pourtant plusieurs commentateurs américains, y compris beaucoup d’anciens hauts fonctionnaires fédéraux, n’ont pas hésité à franchir le pas. Le rapport Mueller fournit amplement d’informations permettant de tirer une telle conclusion.

Les analogies avec la mafia révèlent des éléments essentiels pour comprendre le leadership et le caractère de Trump. Dans ses premières années comme homme d’affaires, il fut encadré par Roy Cohn, un avocat côtoyant les milieux criminels. Ainsi, il a bâti son empire en cultivant des relations sociales et commerciales avec des malfaiteurs et des escrocs. 

Pendant des décennies, à la manière de la mafia, Trump a su détourner ou limiter les enquêtes fédérales et de l’État de New York concernant ses relations avec le crime organisé, les trafiquants de drogue ou les dirigeants syndicaux corrompus.

À l’instar des familles de la Cosa Nostra, son empire est organisé comme une famille dont il est pour ainsi dire le parrain. Comme le rapport Mueller l’a démontré, sa campagne présidentielle a aussi été bâtie sur ce modèle. Et devenu président, il a tendance à recourir aux mêmes personnes qui l’ont si bien servi à ce jour.

Tout est construit autour de Trump sur des liens familiaux et financiers. Il achète la loyauté inconditionnelle de son cercle restreint par de l’argent, des menaces et des promesses de protection. En retour, il exige de ces derniers le secret absolu, leur demandant de mentir si nécessaire, comme moyens de réaliser ses objectifs. Décidément, l’atteinte des objectifs privilégiés par Trump est « plus importante que toute moralité ou vérité extérieure ».

Loin d’être l’antithèse du gouvernement, la mafia offre un système alternatif. Sa puissance découle de sa capacité à se substituer à l’État lorsque ce dernier est incapable de répondre aux besoins des gens, parce qu’il est soit faible, soit corrompu. Ce fut d’ailleurs le message central de Trump lors de sa campagne présidentielle : les politiciens traditionnels sont incapables de répondre aux besoins des citoyens, parce qu’ils sont paralysés par les lois et les règlements.

En devenant président, Trump promettait pour ainsi dire de se comporter comme un parrain. Il allait se battre pour le peuple, même si cela signifiait de violer les lois et d’enfreindre les règlements. Tous les fonctionnaires refusant d’obéir à ses directives étaient menacés de licenciement.

Choc culturel

Aussi, l’arrivée au pouvoir de Trump représenta un véritable choc culturel à Washington. Non parce qu’il désirait remplir sa promesse de nettoyer le marais washingtonien, mais parce que les hauts fonctionnaires sont habitués d’œuvrer dans un État de droit, de suivre des règles administratives claires. Ils savent pourquoi ces règles existent et comment les appliquer. En un mot, ces hauts fonctionnaires sont « à l’opposé de Trump, un anti-professionnel pour qui les lois doivent être violées ».

Dès sa première rencontre avec James Comey, alors directeur du FBI, Trump lui demanda de lui prêter un serment personnel de loyauté. Ce dernier refusa et choisit plutôt de prendre des notes sur sa rencontre avec le président. 

La même histoire s’est répétée avec Sean Spicer, Reince Priebus, Preet Bharara, Anthony Scramucci, Steve Bannon, etc. La liste est très longue de ceux qui voulaient se protéger en écrivant ou enregistrant leurs conversations avec le président.

Le rapport Mueller révèle qu’avec Donald Trump, tout repose sur un problème de confiance. Contrairement à la version officielle du congédiement de Michael Flynn comme conseiller à la sécurité nationale en février 2017, ce dernier le fut, non pour avoir menti au FBI et au vice-président Pence sur ses contacts avec les responsables russes, mais parce qu’il avait perdu la confiance du parrain.

James Comey qui fut aussi procureur fédéral enquêtant sur la Cosa Nostra, n’a pas hésité à comparer le comportement de Trump à celui d’un parrain de la mafia. Comey note des similitudes frappantes entre les relations de Trump avec son entourage et celles entretenues par les chefs mafieux. 

En utilisant la métaphore du crime organisé pour décrire le style de leadership de Trump, Comey insiste sur l’importance que ce dernier accorde au secret. Il se perçoit personnellement comme un leader autocratique qui est arrivé au sommet justement parce qu’il était un vrai dur à cuire.

Dans la mafia, le parrain est au centre de la famille. Comme homme d’affaires et comme président, Trump se comporte en parrain. Il ne veut pas de collaborateurs compétents pouvant remettre en question ses décisions. Ses adjoints doivent être prêts à obéir aveuglément à ses ordres. 

Devenu président, Trump continue de promettre sa protection à ses anciens collaborateurs, s’ils sont prêts à aller au tapis pour lui. Comme un parrain, il promet de veiller sur leurs familles, de minimiser leurs peines judiciaires, et même de leur octroyer le cas échéant un pardon présidentiel. Cette attitude mafieuse explique pourquoi autant de ses collaborateurs acceptent de mentir pour lui.

L’univers de Trump est très simple: il suit littéralement un scénario similaire à celui du film Le Parrain. D’ailleurs, il reconnait d’emblée que Le Parrain est son film préféré. Son comportement s’apparente clairement à celui d’un gangster. Sa conduite peut se résumer en trois mots : omerta, loyauté et protection. 

La seule différente, c’est que maintenant Trump est le président des États-Unis, non le parrain d’une famille ou d’un empire mafieux.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.