Malika Bajjaje

Diversité culturelle, intégration et égalité

Cette semaine, en marge de la Journée internationale des femmes, La Tribune a voulu leur donner la parole. Nous nous sommes demandé quel regard les femmes posent sur elles-mêmes, sur leurs semblables, le monde dans lequel elles vivent et l’époque dans laquelle elles évoluent, invitant du coup quelques Estriennes à partager avec nos lecteurs un texte de leur cru, sans forme ou angle imposé, autour de la femme. Nous concluons aujourd’hui une série de textes qui, nous l’espérons, auront suscité réflexion et discussion.

Je suis une femme immigrante. Femme… Immigrée... Deux mots qui sont plus que jamais dans l’ère du temps!

Pourtant, pour moi, ces deux réalités ne sont pas nouvelles puisque depuis mon arrivée au Québec il y a 21 ans, j’ai fait de la promotion de la diversité culturelle et de l’égalité hommes-femmes mon quotidien!

Originaire du Maroc, j’ai toujours gardé un regard éclairé sur la place des femmes dans notre société. Depuis toute jeune, je me suis impliquée au sein de ma communauté. Pourtant, c’est ma rencontre au Maroc avec mon futur mari québécois qui m’a amenée à envisager une nouvelle vie sur le continent nord-américain. C’est ainsi qu’en 1997, j’ai traversé l’Atlantique, emportant avec moi mes bagages et mes convictions!

En posant le pied sur le sol québécois, je suis devenue une femme immigrante.

Pas facile d’avoir ce statut par les temps qui courent, pourrait-on penser. Mais j’ai tout de suite pu y donner un sens, vu les opportunités qui s’offraient à moi. Sherbrooke est pour moi une pépinière culturelle, un lieu de richesse empreint de multiples possibilités. Dès mon arrivée, j’ai eu le goût de m’intégrer et de m’investir dans ma nouvelle communauté. Et c’est ainsi que j’ai croisé la route du Festival des traditions du monde de Sherbrooke!

L’événement a grandi en même temps que ma nouvelle identité culturelle de femme immigrante.

D’abord bénévole, puis présidente et directrice depuis 2013, tout comme le Festival des traditions du monde de Sherbrooke, j’ai su trouver ma place dans le milieu sherbrookois et québécois.

Le rayonnement de la culture est un moyen qui permet de faire tomber les préjugés et les stéréotypes en favorisant l’épanouissement des femmes immigrantes. Celles-ci peuvent profiter des espaces qui s’ouvrent à elles lors d’un événement tel le Festival des traditions du monde.

Il y a sept ans, j’ai eu le goût de donner encore plus à ma société d’accueil et c’est ainsi qu’en 2011, j’ai poursuivi l’aventure avec le lancement du Festival cinéma du monde de Sherbrooke, en m’entourant de personnes de confiance.

Aujourd’hui, être à la tête de ces deux événements interculturels est un bel aboutissement de mon cheminement de carrière. La promotion des cultures du monde et la place de la femme dans la société sont des causes qui me tiennent tant à cœur. Elles m’ont toujours suivie et elles m’accompagnent encore dans chaque action posée.

Je ne peux alors qu’être fière de mes origines et d’être femme dans une société d’accueil ouverte à la diversité!

Malika Bajjaje
Directrice du Festival des traditions du monde de Sherbrooke
Directrice du Festival cinéma du monde de Sherbrooke

Eve Langelier

Pour la participation et le bien-être des femmes

Aujourd’hui, je célèbre les femmes et les hommes qui s’engagent pour une plus grande participation et un plus grand bien-être des femmes en sciences et en génie.

C’est démontré : il y a plusieurs avantages à avoir des équipes diversifiées en sciences et en génie. La diversité au niveau du genre, de la culture et de la formation, par exemple, favorise la créativité, l’innovation et la performance. Elle favorise aussi la création de produits qui répondent mieux au besoin de la population, elle aussi très diversifiée. Enfin, la diversité permet l’apport de différentes perceptions et préoccupations ainsi que la contribution de davantage de groupes à de grands enjeux comme les changements climatiques, l’utilisation des ressources naturelles et la santé de la population vieillissante.

Pourtant, bien que la société québécoise soit progressiste, les femmes demeurent minoritaires dans plusieurs domaines des sciences et du génie. Elles y progressent aussi moins que les hommes vers des postes décisionnels. Il y a plusieurs pistes pour expliquer cette situation qui comptent notamment le contexte social, les modèles de rôles, les préjugés inconscients, l’éducation, un système basé sur la méritocratie.

Mais aujourd’hui, en ce 8 mars, j’ai envie de regarder la facette positive de la situation et de célébrer celles et ceux qui nous font progresser vers une meilleure inclusion, parce que oui, on progresse. La représentation féminine en sciences et en génie a augmenté légèrement dans les deux dernières décennies. Toutefois, une étude récente réalisée auprès d’ingénieures québécoises démontre que celles-ci aiment leur travail, apprécient leurs tâches et responsabilités et se sentent respectées. Malgré la stagnation des chiffres, le bien-être s’est généralement amélioré. Il reste le domaine de la construction et le milieu universitaire qui demeurent plus difficiles, mais le progrès est en cours.

Alors qui sont les actrices et les acteurs de ce changement? Qui sont les championnes et les champions qui améliorent la situation? Il s’agit de toutes celles et tous ceux qui participent à faire tomber les barrières qui se dressent plus ou moins hautes sur le parcours des femmes, de la petite enfance au marché du travail. Les plus connus font partie de la classe politique. Pensons à Kristy Duncan, ministre fédérale des Sciences, qui a apporté des changements au programme des Chaires de recherche du Canada pour augmenter la diversité et la transparence, ou à Pauline Marois, alors ministre québécoise de l’Éducation, pour ses garderies à 5 $. Julie Payette, gouverneure générale, astronaute, ingénieure, communicatrice scientifique et administratrice de sociétés est aussi une personnalité connue qui a permis d’associer un visage féminin à la science.

Il y a aussi celles et ceux qui sont moins connus, mais qui font une différence dans la vie d’une ou plusieurs femmes. Il y a ces parents qui font des efforts pour briser les stéréotypes ou qui initient leurs filles à la science, ces enseignantes et enseignants qui aiguisent leurs compétences en sciences et technologie pour cultiver l’intérêt des jeunes, ces bénévoles qui partagent leur passion, ces regroupements étudiants qui font la promotion de la diversité, ces employeurs qui mettent sur pied des mesures d’inclusion et d’équité, ces équipes de rédaction des revues scientifiques qui rendent la science accessible, ces équipes de recherche qui étudient des stratégies de recrutement et de progression des femmes en sciences et en génie, ces directions d’organismes subventionnaires qui adaptent les règles de financement pour faciliter la conciliation travail-famille et étude-famille, et j’en passe. À vous tous, je vous dis MERCI!

Oui, il reste du chemin à parcourir, mais, grâce à vous, je suis optimiste! Continuons donc ensemble à nous engager, chacun à notre mesure, pour augmenter la participation et le bien-être des femmes en sciences et en génie.

Eve Langelier
Professeure au Département de génie mécanique
de l’Université de Sherbrooke
Titulaire de la Chaire pour les femmes en sciences