Les coûts des Jeux d’hiver de Pyeongchang ont atteint 13 milliards $. Le comité organisateur prétend que l’exercice s’est soldé par un léger surplus de quelques dizaines de millions de dollars, mais ce calcul ne tient pas compte des investissements faramineux consentis dans les infrastructures.

Dire non au mirage olympique

ÉDITORIAL / Calgary aurait eu plusieurs bonnes raisons de présenter une candidature pour les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2026, avec plusieurs infrastructures déjà en place, qui ont grandement besoin d’être remises à neuf. Mais il manquait un élément essentiel pour obtenir le feu vert : la confiance du public. Les citoyens ont préféré ne pas mettre leur bras dans ce tordeur, face à un projet mal ficelé dont le montage financier n’a été révélé qu’à la dernière minute, et au compte-gouttes.

Le conseil municipal lui-même n’y croyait pas. Moins de deux semaines avant le vote, 8 des 15 conseillers s’étaient prononcés en faveur de l’abandon du projet, soit la majorité. Il aurait toutefois fallu 10 voix pour faire avorter le processus, mais le signal n’en était pas moins clair pour autant.

Lors du référendum tenu mardi, la population de la ville albertaine a donc rejeté, dans une proportion sans appel de 56 %, ce projet de candidature.

Les olympiques nous placent devant un paradoxe. Nous investissons de l’argent — et de l’émotion — dans le sport et le développement de nos athlètes, que nous voulons voir rayonner lors des compétitions internationales. Mais nous devenons de plus en plus cyniques envers le plus prestigieux de tous ces rendez-vous.

Calgary n’est que la plus récente ville, parmi une longue liste, qui ont décidé de tourner le dos aux sirènes du CIO. Et le CIO n’a que lui-même à blâmer pour cette crise de confiance. Sion (Suisse), Sapporo (Japon) et Graz (Autriche) ont posé le même geste plus tôt cette année. Quatre villes européennes s’étaient retirées de la course pour les jeux de 2022, et trois villes ont aussi déclaré forfait pour ceux de 2024.

Le Comité international olympique a pourtant mis en place des mesures qui ont eu un impact relatif sur les dépassements de coûts, inévitables dans le contexte actuel, mais il faudrait en faire beaucoup plus pour rétablir un lien de confiance. La démesure a fait son temps, et le public est de moins en moins dupe de la supercherie quand vient le temps d’éponger les coûts de cette grand-messe.

Les coûts des Jeux d’hiver de Pyeongchang ont atteint 13 milliards $. Le comité organisateur prétend que l’exercice s’est soldé par un léger surplus de quelques dizaines de millions de dollars, mais ce calcul ne tient pas compte des investissements faramineux consentis dans les infrastructures. Et de toute façon, il est encore impossible de dénicher les états financiers de l’événement pour vérifier le bien-fondé de ce bilan.

Là repose tout le problème de cette fable olympique. Les milliards de dollars nécessaires aux travaux d’infrastructure viennent gonfler la dette des États et des villes mais ne seront pas épongés par les revenus de l’événement, qui sont éphémères. Oui, il se dépense beaucoup d’argent pour tenir ces Jeux, mais puisqu’on doit s’endetter, cet argent sera-t-il vraiment investi là où c’est nécessaire?

De toute façon, le rejet populaire n’a probablement pas causé de grande déception aux gouvernements provincial et fédéral, qui savent trop bien que les coûts prévus risquent de gonfler en cours de route. Tant Mme Notley que M. Trudeau ont déjà suffisamment de mal à résorber leurs déficits respectifs sans se lancer dans une aventure dont les règles reposent encore beaucoup trop des caprices de l’aristocratie olympique.